Mouvements sectaires, les écovillages?

par Julie Francoeur 

Depuis que nous parlons d’écovillages, depuis que nous publions la revue Aube, qui semble marginale si on la compare aux autres revues sur le marché, on nous demande souvent si tout cela est relié à une secte ou à quelque mouvement religieux… Drôle de question, mais qui se révèle être, tout de même, pertinente.

Tout d’abord, définissions ce qu’est un écovillage. “Un écovillage est une communauté de personnes allant vers un but commun, basé sur des valeurs écologiques. Il tend à maintenir un équilibre global en respectant le principe de ne pas prendre à la terre plus que ce qu’on peut lui retourner” (voir Aube #4 pour une description complète du concept d’écovillage). Ces objectifs se situent autant aux niveaux de l’environnement que des personnes. Biodiversité naturelle à maintenir, utilisation efficace de l’énergie, de l’eau et des matériaux choisis pour la construction des bâtiments. Pour les gens, il vise à obtenir une meilleure qualité de vie basée sur la satisfaction des besoins fondamentaux, créer un environnement propice à l’épanouissement intellectuel, affectif et spirituel. Là où la critique sociale s’insinue, je crois, est lorsque nous prononçons le mot spirituel. Mot qui réfère à l’esprit et qui est utilisé par certaines religions.

Une secte, quant à elle, est aussi une communauté, mais qui est généralement régie par un seul individu (qu’on nomme le plus souvent guru). Les personnes qui font partie d’une secte suivent une personne charismatique, une doctrine. Normalement, les sectes promettent quelque chose, souvent une connaissance particulière. Sur le site d’Info-Sectes, on peut lire cette définition: “Mouvement qui exploite ses membres par la manipulation pouvant causer des dommages psychologiques, physiques ou financiers.”

Où se situent les ressemblances…
La  vie communautaire est la principale ressemblance entre la secte et l’écovillage. Toutefois, dans une secte, la vie communautaire est souvent imposée – c’est-à-dire que les espaces dédiés à l’intimité sont restreints, voire inexistants. Dans l’écovillage, on peut voir la communauté comme la vie de village d’antan; chacun a sa maison, mais on s’entraide régulièrement.

La promesse d’une vie meilleure, plus enrichissante est aussi un argument utilisé par les sectes et les écovillages. En écovillage, on tend à s’épanouir en travaillant moins, à vivre plus, à s’entraider et à collaborer, tous ensemble, en respectant les autres dans leurs différences. Les sectes, quant à elles, recherchent des individus qui ont besoin d’une reconnaissance sociale, qui revendiquent un sentiment d’appartenance ou qui cherchent des réponses précises. Leur vie pourra leur sembler meilleure en appartenant à un groupe, mais leur bonheur ne sera que superficiel, compte tenu que la secte veillera à ne jamais assouvir l’individu pour le pousser à rester en groupe.

Où se situent les différences…
Comme dit précédemment, une secte est dirigée, la plupart du temps, par un leader charismatique, ce qui est totalement exclu d’un écovillage. L’écovillage fonctionne par le groupe. La majorité des écovillages dans le monde prennent leurs décisions en groupe, par concensus.  En milieu sectaire, très souvent, les individus sont très vite amenés à se couper du monde extérieur à la secte, qui est montré comme néfaste. La personne est amenée à rompre avec ses parents, amis, avec sa vie passée. En écovillage, les gens sont libres de travailler à l’extérieur ou de donner du temps pour les travaux communautaires, d’inviter ou d’aller visiter leur famille ou amis. L’ouverture de l’écovillage est totalement opposée à la fermeture d’une secte.

Dans l’histoire recensée des sectes dans le monde, plusieurs témoignages font état d’abus de toutes sortes. Abus monétaires, psychologiques, sexuels… De domination par le guru, que ce soit par la manipulation, la violence pysique ou psychologique. De nombreuses personnes ont avoué avoir énormément de difficulté à revivre dans la société après avoir vécu à l’intérieur d’une secte, ou simplement, de prendre la décision d’en sortir.

Comment savoir si un groupe est sectaire?
Au niveau du recrutement, y a-t-il eu insistance? Les promesses faites ont-elles été tenues? Le groupe a-t-il des références – textes et/ou un maître absolu? Y a-t-il un vocabulaire particulier utilisé ? Attention à la manipulation et à l’exploitation! Le temps de sommeil est-il régi? Par qui? La nourriture est-elle la même pour tout le monde? Existe-il des jeûnes obligatoires? À quelle fréquence? Donne-t-on des remèdes ou des boissons particulières? Y a-t-il des prières ou exercices répétitifs? Le groupe favorise-t-il l’observation et la délation d’autres membres? Est-ce que les comportements dans le groupe sont stéréotypés ou semblables pour tout le monde? Y a-t-il encouragement de relations sexuelles avec le maître?

Comment sont prises les critiques ou les prises de distance? Avec indifférence ou comme une trahison? Comment sont perçus les dirigeants… avec critique, respect, loyauté, vénération ou culte? L’accès à l’extérieur ou à l’information est-il restreint? Doit-on verser des sommes d’argent? À quelle fréquence? Qui en dispose?

Comment sont considérés les gens extérieurs au groupe? Est-il recommandé de faire de la publicité pour le groupe auprès des amis, famille ou auprès d’institutions ou d’autres groupes? Le groupe pousse-t-il à la rupture avec les amis, la famille? Les membres en arrivent-ils à critiquer leur ancien mode de vie?

Notez que peu de groupes rencontrent tous ces points. Certains peuvent apparaître dans des groupes qui ne sont pas sectaires. C’est la coexistence de plusieurs points qui doit inciter à la méfiance.

Comme vous pouvez le constater, les sectes usent de procédés qui ne sont hélas, que trop souvent trompeurs, mesquins et même, dangereux pour les membres. Alors qu’en écovillage, le but à atteindre est d’ête heureux avec son environnement, avec les gens qui y vivent. Il n’y a aucune doctrine qui régit le groupe et tous les écovillages du monde (il y en a environ 500), sont différents. Certains ont une vision plus spirituelle, et d’autres n’ont pour but que respecter la nature, l’écologie.

 

Références:

Si vous désirez en savoir plus sur les écovillages, je vous invite à lire les livres suivants:

• Ecovillage living, édité par Hildur Jackson et Karen Svensson

• Creating a life together, Diana Leafe Christian, éd. New Society Publishers, 2003

• Les bâtisseurs de l’Aube, Corinne McLaughlin et Gordon Davidson, éd. Le Souffle d’or, 1985

 

Si vous désirez en savoir plus sur les sectes:

• Les sectes, Jean Vernette, éd. Que sais-je?
Presses universitaires de France, 1990

• Les sectes, Centre Roger-Ikor,
Éd. Les essentiels, Milan, 1996

• Sectes, les manipulations mentales
Max Bouderligne, 1990

• Le phénomène des sectes – l’étude du fonctionnement des groupes, Mike Kroveld et Marie-Andrée Pelland, publié par Info-Sectes

• Centre de consultation des Nouvelles Religions www.religion.qc.ca

 

Romans lus traitant de la thématiques sectaire:

• Death du Jour
Kathy Reichs, Éd. Robert Laffont, 1999

•Le bien des autres,
Jean-Jacques Pelletier, Éd. Alire, 2004

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