Bread & Puppet

par marie-ève

Au creux d’une coupole de vallons verts, un océan de fleurs sauvages, avec à son centre, un théâtre sans mesure. Comme seul décor un vieil autobus peint à la guignole et trois lutrins. Dans les coulisses ouverts au ciel, un étalage ordonné de masques gigantesques, de mains énormes à la peau de papier mâché et toute une panoplie de parcelles de personnages.

Bread & Puppet créé il y a quarante ans par l’initiative visionnaire d’un sculpteur allemand, et l’une des troupes de marionnetistes qui a, de par le monde, le plus suscité de remous et d’enchantement. Véritable phénomène au fil des décénies, cette troupe au discours socio-politique s’est vu grandir autant au niveau visuel, que populaire. Travaillant à la fois les marionnettes traditionnelles, la performance théâtrale, la musique-fanfare et leurs impressionnantes marionnettes géantes, la troupe a réussi à créer un spectacle sans cesse en renouveau, passant du format circus à celui de parade-procession.

Ils utilisent l’espace vaste et généreux de leurs champs et forêt de pins pour créer des décors naturels où les dimensions s’entrelacent, baignant l’humain d’un monde surréaliste et symbolique. L’utilisation des éléments environnementaux donne à leurs représentations une poétique d’envergure.

Ce groupe communautaire, constitué à la base d’une demi-douzaine d’anciens, a depuis plus de vingt-cinq ans, trouvé siège au Vermont sur une magnifique ferme, partageant la création, la culture et l’accueil. Ils eurent coutume, pendant longtemps d’organiser ds représentations-festivals qui pouvaient attirer au-delà de dix mille joyeux fêtards. Maintenant, par soucis d’un plus grand contrôle, leurs prestations à saveur plus modestes, accueillent chaque semaine, des curieux de tous âges, venant visiter leur grange musée et se délecter de leur créativité et de leur légendaire pain de seigle frais.

Fonctionnant avec l’aide de stagiaires, le théâtre se veut à but non-lucratif et une simple donation est suggérée pour les supporter. Leur mandat est celui du “cheap art” où la facture spontanée de leur oeuvre prône l’expression franche et accessible. Avec un langage parfois cru, parfois poétique, et très souvent humoristique, ils arrivent à illustrer leur foi en l’égalité, la conscience humanitaire et écologique et le tout puissant Possible.

Nous fûmes huit des nôtres à aller, par une magnifique fin de semaine de grand soleil, les rencontrer dans leur amphithéâtre naturel. Puisant dans leur générosité et leur esprit de réalisation une grande inspiration nourrissant notre propre vision. Longue vie à la création communautaire en nature.

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