Chronique du Ti-Tamis: Spécial Voyage

par Sarah Maria

Que de temps s’est écoulé depuis la dernière chronique sur les plantes adaptogènes !

Je suis vraiment contente de recommencer à vous partager mon amour des habitantes de la Nation Verte. Dans ces deux dernières années, je me suis promenée dans différents pays : le Mexique, l’Inde, puis la Californie. Dans ces endroits, j’ai rencontré plusieurs vieilles connaissances et je me suis fait des nouvelles amies végétales. De voir ces plantes pousser dans leur milieu naturel m’a inspirée à mieux les connaître et les utiliser pour moi-même et mes proches. Laissez-moi vous en présenter quelques-unes.

Mexique, hiver-printemps 07
Les bougainvilliers, les lamiacées du sud, et les hibiscus honorent les chemins de leur beauté. Les poules qui courent de tous les bords et les couchers de soleil sur la Mermehita me font sourire. Plusieurs vieilles connaissances, comme la menthe, la fougère à l’aigle, l’aloès et même un plant de tomate indigène (caché dans un détour de Mazunte !) me rappellent leur existence.

Hibiscus (Hibiscus sabdariffa)
Cette jolie dame originaire d’Afrique est sans contredit une des plantes les plus bues au Mexique, on fait un breuvage froid ou chaud avec ses fleurs infusées qu’on appelle Agua de Jamaïca. Connaissant son goût, sa vitamine C et la belle couleur rouge qu’elle donne aux tisanes, quelle ne fut pas aussi ma surprise d’apprendre qu’elle était émolliente (c’est une malvacée, comme la mauve et la guimauve), donc très intéressante en externe pour blessures ou brûlures en cataplasme, et en interne pour les systèmes respiratoires et digestifs irrités. Antispasmodique, anti-inflammatoire, relaxante musculaire (particulièrement du système respiratoire), elle me semble parfaite pour les bronchites, quintes de toux et maux de gorge. Mesdames, ceci est pour vous, hibiscus agit aussi comme tonique utérin et oestrogénique, ce qui en fait une alliée particulièrement dans la deuxième moitié du cycle. On la dit aussi hypotensive, diurétique et sudorifique. Finalement, elle est antioxydante, grâce aux anthocyanes qui lui donnent sa couleur rouge. Ah , la vie nous réserve toujours des surprises…

Damiane (Turnera diffusa)
Chère Damiane, qui me fascine depuis bien longtemps. Je l’ai fumée comme tabac avec joie pendant des années et j’ai préparé avec elle des potions aphrodisiaques pour mes beaux miroirs masculins. Les mayas l’utilisaient d’ailleurs pour cette raison, et les autochtones du Brésil l’utilisent depuis toujours comme tonique. En fait, on la dit même psychoactive… elle est bien mystérieuse… ce qui est certain c’est qu’à fort dosage ses alcaloïdes peuvent avoir des effets surprenants, mais en faisant travailler trop fort notre petit foie si précieux. Mentionnons ici qu’elle peut devenir purgative! Chers messieurs, elle active la circulation, amène un afflux aux organes génitaux effacé bis , est relaxante et bien sûr tonique…elle s’avère donc très utile lors de dysfonctions masculines. Diurétique, elle est aussi antiseptique, on l’utilisera donc en cas d’infections urinaires légères. Son goût est particulier, apprivoisez-la lentement en infusion.

Liqueur pétillante à la Damiane
Faire macérer 30 g de Damiane dans un demi-litre de vodka pendant 5 jours, avec des pelures d’oranges et un peu de stévia (facultatif). Filtrer, et mélanger la damiane avec 125 ml d’eau minérale pétillante, filtrer serré et mélanger les deux liquides. Chandelles, chocolat noir et huîtres en option.

Inde, hiver-printemps 08
Me voilà enfin dans le giron de la Mama India, avec tout ses paradoxes : l’abondance et la misère, les couleurs vives et la grisaille, les paysages incroyables et la pollution qui les habite, la puissance mystique et le kitch quétaine, les odeurs, la musique, les rencontres, le travail intérieur. J’ai aperçu du chanvre pousser sur le bord des routes en allant vers Dharamsala, accompagné de chardons et de molène. J’ai même vu et goûté de l’ortie et du mouron des oiseaux dans les Himalayas ! Mes proches amies ne me quittent jamais …

Ashwagandha (Withania Somnifera)
Ce nom aux consonances étranges veut dire en hindi: odeur de cheval. Une plante pour les étalons: elle contient un constituant proche des hormones stéroïdiennes humaines!

Toute la plante est utilisée en ayurveda depuis toujours, particulièrement par les hommes et les personnes âgées pour rester jeune et en bonne santé. La racine de la Withania est tonique et adaptogène : elle aide à résister aux infections en modulant le système immunitaire et calme l’organisme en cas de stress et de surmenage. On l’utilise actuellement en traitement expérimental contre le VIH à cause de son potentiel anti-cancérigène déjà testé sur des souris atteintes de tumeurs cancéreuses. Elle accroît les capacités mentales et amène une clarté d’esprit. À utiliser en décoction ou en poudre mélangée aux smoothies.

Shatavari (Asparagus racemosus)
Ce nom aux consonances étranges veut dire en hindi : femme aux mille maris. Une plante pour les lionnes: elle lubrifie les ardeurs, nous invite à la sensualité et encourage la fertilité. En fait, elle amène l’eau à venir habiter tous les endroits secs de notre corps. Elle est oestrogénique, donc utile en prélunes et pout tout débalancement hormonal féminin, et même galactagogue, c’est-à-dire qu’elle augmente la production de lait maternel. Tonique féminin, elle s’avère aussi une alliée lors de la ménopause. Comme son alter ego masculin l’ashwaganda, elle possède des propriétés adaptogènes et immunomodulatrices. Elle nourrit les os et calme les excès de chaleur. En ayurveda, on mélange une cuillérée à thé de sa poudre à du lait tiède et un peu d’eau de rose…c’est délicieux et efficace !

Californie (Été-automne 2008)
Terre de feu, la Californie porte aussi son lot de paradoxes. Créative, extravagante, avant-gardiste, abondante, elle a nourri mon inspiration à plusieurs niveaux. Elle m’a aussi projetée dans les dédales de mon labyrinthe émotionnel, tout en ouvrant les paramètres de mon chemin spirituel. J’y ai aperçu des molènes, de l’éphédra et beaucoup de carotte sauvage. L’herboristerie y est très dynamique, et les herboristes inspirantes et éclatées !

Osha ( Ligusticum Poteri)
Aussi appelée Chuchupate ce qui veut dire médicine d’ours en aztèque parce qu’elle attire les ours comme la cataire attire les chats: les mâles s’en servent même comme cadeau pour faire la cour aux femelles ! Autrefois utilisée par les autochtones pour lutter contre les grippes et les infections du système respiratoire, elle est effectivement stimulante immunitaire, antivirale, diaphorétique et décongestionnante. Prise en décoction ou en teinture, elle aide à évacuer les toxines et surmonter la maladie. On en fera un sirop pour la toux avec sa poudre mélangée à du miel puis filtrée. Elle nous aidera lors d’ulcères d’estomacs et d’intestins. Je l’ai portée comme plante de pouvoir (très Yang) et de protection, attachée en collier (grâce à mon amie Patchane, merci!), et j’ai vraiment apprécié ses effets de bouclier énergétique. On l’utilise depuis longtemps en fumigation pour lier le quotidien au monde du rêve, et voir clair dans la noirceur. Sauvage, elle supporte mal la culture donc assurons-nous de protéger sa pérennité lorsqu’on la récolte ou qu’on l’achète.

J’espère vous avoir fait voyager un peu avec moi dans cette chronique, voyage qui ne fait que commencer et recommencer… à bientôt pour une prochaine chronique épicée et sucrée !

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