Deux ermites ! (partie 1)

par Jasmine Dumas                            

Je suis allée chez moi en terre abitibienne pendant le congé des Fêtes. J’ai rencontré, à trois kilomètres de la route asphaltée, à dix kilomètres d’un petit village, sans eau ni électricité, de très bons amis qui vivent à la dure. J’ai passé quelques jours en leur compagnie.

Ils sont, en fait, frère et sœur. Lui, vit en ermite depuis bientôt deux ans et elle, depuis presque six mois. Guillaume a commencé par se construire une petite maison qui était à peine plus grande qu’une salle de bain d’étage au cégep. Dans ce loft (ça le fait bien rire quand je nomme son bâtiment ainsi), il a un poêle à bois, un comptoir de cuisine, un lit et une toilette. En vivant dans si petit, je peux vous dire qu’il a appris à s’endurer!

Il a, depuis peu, construit une rallonge en bois rond qu’il a lui-même isolée avec de la mousse provenant du lac situé juste en face de sa maison.

À l’âge de 23 ans, il a l’air d’être le gars le plus heureux du monde! Il me racontait qu’ayant terminé deux années au collégial en lutherie, Guillaume en avait plus que marre de toute forme de scolarisation conventionnelle et il voulait ainsi s’en remettre à l’école de la vie. Il est tout de même resté très actif intellectuellement.

Lisant beaucoup, il met le nez autant dans des œuvres littéraires qui feraient partie du programme scolaire que dans des ouvrages d’artisanat, de jardinage ou de techniques de construction.. Il coud, travaille le cuir, prend soin de son jardin. Il préfère de beaucoup quand la neige est fondue(c’est-à-dire entre les mois de mai et d’octobre), car il peut faire du canot et il prévoit même se lancer dans la culture de riz sauvage pour son usage personnel. Vous devriez voir les paniers qu’il tresse avec de l’écorce de bouleau!

Amélie, sa sœur, est de trois ans sa cadette. Elle est donc âgée de 20 ans. Elle m’expliquait que ce qui l’avait incitée à vivre seule et à devenir responsable d’une terre, c’est qu’elle avait fait deux ans au collégial, comme son frère. Elle trouvait qu’en arts plastiques, elle se voyait soumise à trop de contraintes. Amélie trouvait aussi qu’elle devait trop se conformer à la masse afin de rejoindre les objectifs du programme qui n’allaient pas toujours dans le même sens que ses convictions.

Elle parle avec une telle passion du silence qui émane de sa maison! Elle peut, chaque soir, entendre les oiseaux danser d’une branche à l’autre. De sa grande vitrine, on peut voir les longues branches des conifères chatouiller les fenêtres de sa maison.

Après réflexion, Amélie et moi en sommes venues à la conclusion que ce qui rendait le silence si pur était l’absence de réfrigérateur qui est devenu avec le temps, un bruit  familier. Amélie me fait remarquer que depuis le début, c’est-à-dire que depuis 3 mois, elle se trouve plus tolérante et plus à l’aise face à la solitude.

Amélie et Guillaume savent très bien qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre en cas de besoin ou lorsque l’envie se fait sentir de voir quelqu’un afin de lui raconter tout ce que tu as réussis à faire entre le lever du soleil et son coucher! À ce que je peux remarquer, ils semblent avoir une relation très fraternelle de support moral. C’est très beau de les voir resserrer les liens familiaux au fil des jours!

À travers de longues discussions traitant de sujets très variés, je remarque la beauté qu’a la lenteur et le calme des choses. Il n’y a pas de sonnerie de téléphone. C’est très paisible et ce qui m’impressionne le plus dans tout ça, c’est de voir l’habitude qu’ils se sont créée. Ils se lèvent et chacun dans leur maison respective, commencent la journée en allumant leur poêle. Dès que le soleil se lève, ils se mettent à l’ouvrage en améliorant leur maison et leur terrain, en bref, leur sort.

Ils transportent leur bois à l’aide de traîneaux, s’approvisionnent en eau en parcourant une distance d’environ 5 kilomètres qu’ils font en raquettes, font de la cuisine, lisent des bouquins desquels ils avaient mis la lecture en suspens lors de leur fréquentation de l’école, etc.

Auprès de ces deux phénomènes, une journée passe très rapidement, car ils sont de très bons vivants et on ne peut s’ennuyer quand on gravite autour d’eux! Des activités telles que rentrer du bois, étant faites au rythme de Guillaume et Amélie, ne sont vraiment pas exigeantes au niveau mental, car on peut voir des effets directs; si le bois n’est pas rentré, le poêle allumé, l’eau transportée… La soif et le froid se feraient vitement sentir s’ils préféraient passer tout leur temps à se prélasser au soleil!

Amélie me racontait que souvent les gens du village les regardaient d’un air assez intrigué. Ils ne savent pas trop, ces villageois, s’ils sont frère et sœur, ou s’ils sont mariés! Ils trouvent la situation assez cocasse! Guillaume et Amélie se décrivent tout simplement comme de bons voisins de terrain et ne se gêneraient pas à aller emprunter une tasse de sucre à l’autre!

Pendant les vacances, je me suis adonnée à lire un livre intitulé Walden ou l’art de vivre dans les bois qui a été écrit en 1939 par l’auteur Henry David Thoreau qui fut lui-même anachorète pendant deux ans.

Une parole célèbre de l’auteur a été : “Si un homme ne marche pas au même pas que ses compagnons, peut-être est-ce parce qu’il n’entend pas le même joueur de tambour que les autres !”

Alors au risque de paraître moraliste, je vous dirais de faire ce que vous croyez être bon pour vous de faire, peu importe si ce n’est pas dans le même sens que la norme établie par la société!

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