Deux ermites! (partie 2)

par Jasmine Dumas                            

C’était la relâche et j’avais le goût de revoir mes deux très bons amis … Autour d’une table, nous avons parlé des choses de la vie,  de celles qui sont peu visibles, mais pourtant si importantes….

Amélie m’a confié chérir l’idéal de toujours avoir du plaisir à vivre dans le bois. Elle ne voudrait surtout pas que les tâches ne deviennent trop lourdes à effectuer. Elle se voit avec plein d’animaux, chats, chiens et chèvres. Elle aspire à un mode de vie qui s’appareillerait à une micro-société ou à un écovillage. Guillaume, lui, aspire à améliorer de beaucoup sa capacité à s’adapter aux grands froids hivernals, à l’intense chaleur de l’été et au travail. Il voudrait se documenter et vivre plus au rythme de la vie, s’inspirer des Amérindiens tant au point de vue du milieu naturel que spirituel.

Comment vivez-vous votre solitude?

AMÉLIE (A) : La seule façon de se divertir, c’est la radio. On passe aussi au mode pratique. En théorie, on voit comment on devrait, voudrait, pourrait se comporter. Dans la forêt, on le pratique, on vit chaque émotion à fond. Peu de gens font l’expérience d’être couché et d’entendre de l’autre côté du mur, une meute de loups. C’était un soir où je m’étais couchée tôt et mon chien qui dormait à l’extérieur jappait. J’ai entendu tout à coup plein de hurlements et de bruits. Je me suis donc levée pour aller voir de quoi il s’agissait. Aussitôt la porte ouverte, mon chien court à l’intérieur. C’étaient bel et bien des loups…

GUILLAUME (G) : Évidemment, il faut soi-même régler nos problèmes et contrôler nos  downs. En société, on peut se changer les idées par la tonne de divertissements qu’il y a partout. Dans le bois, tu dois créer ton divertissement et t’en réjouir.

Et maintenant, parlez-nous de vos peurs et appréhensions!

A : Je suis rarement effrayée. Les bruits de la forêt me sont assez familiers pour ne plus me  faire prendre par surprise. J’aime beaucoup le silence, quoique j’apprécie bien de voir des motoneiges, de temps à autre, tourner comme des toupies sur le lac pour s’en aller par la suite; ça me confirme que je ne suis pas seule en Abitibi.

G. Quand j’ai déménagé pour de bon au lac, je n’avais jamais couché seul dans les bois. Je me suis adapté aux bruits « naturels ». Je me sens certainement moins seul depuis que ma sœur est venue s’installer. Quand on voit du monde, ce n’est pas toujours facile de se « reseuler » par la suite en retournant en ermite! J’avoue que l’été, c’est nettement plus facile moralement, on sent plus la nature et c’est plus divertissant, toutes les belles couleurs! Je dois dire  que la chose qui me préoccupe le plus, ce sont les ours, mais seulement en été, bien sûr!

Depuis combien de temps vivez-vous retirés de la société?

A : Bientôt neuf mois.

G : En mai, ça fera deux ans!

Quel est le moment le plus surprenant que vous avez vécu?

A :C’est un moment triste. Ça s’est produit environ deux semaines après mon arrivée sur ma terre. J’avais emmené mon chien Balou, un beau Husky, tout jeune. J’avais construit une belle niche au lac. Je voulais bien sûr  que mon chien soit bien! Pendant une promenade de ski de fond, j’avais Balou à mes côtés, puis je l’ai perdu de vue. Guillaume et moi sommes partis à sa recherche seulement après une demi-heure. Nous l’avons retrouvé dans un état lamentable. Il était pris dans un collet mal installé par un chasseur. Étant mal nouée, la corde a laissé souffrir l’animal au lieu de l’étrangler rapidement.

Guillaume a donc pris son courage à deux mains ainsi qu’un bâton pour achever la pauvre bête qui se lamentait. Le lendemain, au même endroit, il y avait déjà un autre collet…

Quels sont vos plans à long terme?

A : Je ne planifie pas grand chose plus d’un an à l’avance. Je suis très ouverte à tout, je pourrais partir n’importe où, n’importe quand. Pour l’instant, je veux améliorer ma maison, apporter de la finition à l’intérieur. Pour l’an prochain, je voudrais un petit chien avec qui jouer, un téléphone cellulaire (pour les cas d’urgence seulement) et peut-être une motoneige. Je vais avoir une nouvelle voisine, Jasmine!

G : De mon côté, je vais me reconstruire, ce sera une belle grande maison en bois rond! Les arbres que j’ai plantés sur mon terrain seront devenus hauts! Je veux avoir des animaux tels que des chèvres et des poules qui me donneront du fumier pour des fins horticoles. En parlant de jardin, je vais travailler pour que le prochain soit plus grand, mieux organisé et qu’il soit conçu selon les principes de la biodynamie**. Je vais me lancer, lors des périodes libres, dans des expéditions de canot. Peut-être qu’un jour je pagaierai jusqu’aux Grands Lacs!

Un rêve ultime?

A : Voyager dans une calèche en jouant de l’accordéon!

G : Rencontrer des peuples Métis au Manitoba!

Comment vivez-vous votre célibat dans les bois?

A : Je le vis assez bien, quoique je vivrais très bien avec quelqu’un qui irait selon les principes de la vie dans les bois! Quelqu’un qui aime la nature, la tranquilité, les fêtes et peut-être même,  la mécanique et la construction!!

G : Je me suis toujours dit que je ne resterais pas célibataire à cause que je reste retiré. Je suis beaucoup plus sélectif quant aux rencontres que je fais. J’ai bien de la difficulté à écouter des discussions vides, qui ne sont que pour remplir les silences. Il y a ce proverbe qui provient d’un peuple du désert qui dit ceci : « Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi! »

Qu’est-ce que cette vie d’ermite a profondément changé dans votre vie?

A : Je dirais que je suis plus respectueuse face à la différence. Quand je vois du monde après une semaine de solitude, je suis très contente de voir les gens! J’apprécie plus la présence des autres.

G : Je me ballade entre les extrêmes, je peux aussi bien parler pendant quelques heures à raconter mes plans, mes péripéties, comme je peux aussi bien être muet et écouter les autres parler!

C’était bien sûr un autre très beau moment que j’ai passé en leur compagnie! Comme l’article ci-présent est le dernier, je vous invite à imaginer une suite à leur vie, ou peut-être mieux, vivez des expériences hors du commun! Sortez de la norme établie! Faites votre propre chemin, il est certain que ça demande beaucoup plus d’énergie que de suivre la société, mais c’est tellement plus satisfaisant! Avez-vous déjà pensé à prendre une année sabbatique après vos 12 ans de scolarité?

**Biodynamie : L’agriculture bio-dynamique est une agriculture assurant la santé du sol et des plantes pour procurer une alimentation saine aux animaux et aux hommes. Elle se base sur une profonde compréhension des lois du « vivant » acquise par une vision qualitative-globale de la nature. Elle considère que la nature est actuellement tellement dégradée qu’elle n’est plus capable de se guérir elle-même et qu’il est nécessaire de redonner au sol sa vitalité féconde indispensable à la santé des plantes, des animaux et des hommes grâce à des procédés thérapeutiques. »

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