Bagdad Café

par Christian Fleury

«No longer we belong to the car we drive»
Mantra répété durant « The Initiatic Car Wash »

Bon, le réservoir est plein. Le silencieux pétarade comme une mitrailleuse enrayée… En sirotant mon café couleur mazout, je regarde l’autoroute où filent les voitures. Elles sont comme des bouteilles de vitre géantes glissant le long de l’asphalte noir. À l’intérieur des bouteilles, je vois des humains stressés. Et ça tourne lentement sur l’échangeur deux par deux ou bien seul, deux par deux ou bien seul…

Où j’allais déjà? Ah oui, l’écovillage… un monde meilleur… Pourtant, ceux qui dirigent ici les bombardent au Napalm et rien ne semble indiquer que ça va changer.

Vue du ciel, la ville est une immense machine faite de conduits de goudron parcourus de gouttes d’acier qui irriguent des tonnes de magasins, d’appartements et de bureaux. Oui, je suis bien devant le moteur à explosion de la ville. Et ça enterre même le bruit de la télé accrochée au dessus de la tête de la serveuse.

– Comment, vos oeufs?

– Miroir.

Et eux…. Où vont-ils donc tous?

C’est simple pourtant: ils vont, comme chaque matin, produire des produits et des services, plus ou moins utiles, qu’ils vendent pour payer leurs voitures et leurs maisons!

Ils donneront, pendant leur existence, plus de six ans de leur vie active pour payer leurs voitures et plus de onze pour leurs habitations… Pour se distraire pendant le peu de temps qu’il leur reste, ils magasinent les produits et services superflus que les autres ont produit comme eux.

Tiens, justement sur la télé: encore une de ces pubs pour les motiver à acheter.

Normal, ces pubs, puisque pour payer la voiture et la maison des autres il devront travailler encore plus que ces seize années dont j’ai parlé et devront acheter à tout prix le travail des autres. Et ce, même s’ils n’en n’ont pas besoin. C’est une entente tacite… Ce qui, pour la plupart, ne fait pas leur affaire…

Alors autant subir un lavage de cerveau pour ne pas sentir la douleur de ce mal de vivre imposé. Ceux qui n’auront pas la chance de vendre leur travail se retrouveront sur le trottoir à marcher sans but en respirant la pollution des autres.

Tant de temps et de vie perdus pour aller simplement travailler et se protéger du froid? Que faire? Pourquoi ne pas simplement éliminer la maison ou la voiture et ainsi les libérer un peu? La maison, par exemple?

Un monde sans maison
C’est bien le genre de monde qui est imaginé dans Les mange bitume, une bande dessinée de science-fiction des années 70, qui imagine un monde où nous serions toujours sur l’autoroute à tourner en rond 24H/24H dans des «motorhome» avec auto-pilote et à manger dans des «drive-in», se divertissant dans des ciné-parcs…

Dans ce paradis, la presque totalité du territoire est pavée de route et, sur le peu de verdure qui reste, l’agriculture est faite par de gigantesques moissonneuses-batteuses-usines-alimentaires-automatisées….

www.bdoubliees.com/journalpilote/series4/mangebitume.htm

C’est aussi le genre de monde qu’imagine le groupe de discussion alt.pave.the.earth qui se creuse les méninges depuis longtemps pour faire de la terre un paradis pour les voitures. Je vous conseille d’aller faire un tour sur leur site pour rencontrer ces humains qui ne veulent rien de moins que de paver d’asphalte la terre entière!

Une autre alternative est d’éliminer le deuxième gadget: la voiture.

Un monde sans voiture
Je vis dans un pays où on vend plus de 500 voitures par jour: il est aussi difficile de se débarrasser de la voiture que d’arrêter de fumer. Ni Henri Ford, ni les urbanistes n’avaient prévu qu’il y en aurait autant…

Car même si les humains n’ont pas trop de difficulté à partager la route et l’air pollué, ils partagent difficilement leur voiture et le reste…

Peut-être que, comme pour les habitations, les coops sont un début de solution pour s’adapter à la réalité d’un monde où il vaut mieux être (en vie) qu’avoir (et mourir)… Si je veux vraiment diminuer ma consommation de voiture, les méthodes recommandées par le docteur sont généralement le transport en commun, les taxis, le co-voiturage, Allo-Stop, Communauto, le télétravail, et bien sûr le vélo!

Bon assez de discours: je passe à l’action! J’ai fini mon déjeuner et je crois que je vais abandonner ma voiture là et repartir à pied.

De toute façon, c’est définitivement le printemps!

Hum! Malheureusement, mon vélo grogne-grince d’avoir été abandonné tout l’hiver sous la neige.

Il faudrait que je le retape pour pas cher.

Heureusement, pour ça, il y a La Voie Libre, une coop vélo créée par des étudiants de l’université Concordia. Tous les outils professionnels sont là, bien rangés, à ma disposition. On m’aidera même dans la réparation de mon vélo, car il y a toujours des mécaniciens là pour m’aider et me montrer gratuitement comment faire. Et ils semblent aussi habiles pour balancer une roue qu’une planète…

On y entend souvent des conversations savantes sur les problèmes du monde et sur des solutions concrètes. Je peux utiliser des pièces récupérées, gratuites elles aussi, bien classées dans des tiroirs, ou acheter des pièces neuves à prix modique. Je peux aussi laisser sur place mon « work in progress » le temps de finir de l’assembler pour une période maximale de six mois. Je peux même faire un essai gratuit de l’atelier et la cotisation annuelle n’est que de 20 $ http://www.rtm-lvl.org

Par contre, comme je dois encore partager la route avec les voitures, je dois faire attention car selon l’OMS, la pollution due aux voitures tue davantage que les accidents de la route. En attendant que l’humanité ait trouvé une solution pour me protéger, il y a toujours les masques à gaz pour cyclistes…

Le 8 juin il y a le tour de l’île de Montréal. Une journée presque sans voiture. Peut-être un jour il y aura le jour des voitures, puisque tous les autres seront pour les vélos! On peut rêver…

Pour plus d’information sur un monde avec moins de voitures:

http://www.communauto.com/
http://www.allostop.com/

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