La co-création d’une communauté sur le plan social et relationnel

par François Tremblay

Ayant un goût marqué pour l’étude des relations humaines et habitant un nouveau village à tendance écologique et multiculturelle en Gaspésie depuis près de trois ans déjà, je vais vous partager le fruit de mes observations portant sur le plan social et relationnel lors de la formation de nouvelles communautés.

À ce sujet, un point important auquel nous n’apportons pas assez d’attention est le temps, le rythme. C’est-à-dire que le temps nécessaire à la maturation globale des relations au sein d’une communauté est plus long, en proportion du nombre et de la diversité de ses habitants, que la maturation des relations entre deux individus ou groupe d’amis ayant les mêmes origines ou affinités. L’harmonisation sociale et relationnelle dans une communauté naissante où les gens proviennent de différents milieux et cultures, devient un défi fort intéressant à relever.

Au sein de la communauté naissante, les relations humaines passent généralement par certains stades qui se succèdent dans un ordre précis. Premièrement, lors de l’arrivée de nouvelles personnes désirant participer à l’émancipation de la communauté, la majorité sinon la totalité des gens habitant déjà au village sont heureux et enthousiastes de ce fait et ne remarquent que les qualités et les avantages reliés à ces nouvelles présences. Puis, après quelques semaines ou mois, les « anciens » commencent à noter les défauts et les désavantages dûs à la présence de ces mêmes arrivants car ceux-ci ne peuvent pas toujours montrer que leurs beaux côtés comme nous le faisons d’instinct dans nos relations sociales superficielles.

Un mouvement de fermeture accompagné d’un sentiment de peur et de trahison peut se sentir à ce moment entre les anciens et les nouveaux habitants. C’est l’étape de la désillusion. L’amour et l’humilité sont les deux clés requises pour dépasser ce stade et arriver à s’accepter soi-même et les autres tels que nous sommes. Ce n’est pas tout le monde qui passe ce « test du miroir » et qui arrive à développer tout l’amour qu’il faut pour accepter ce reflet de soi et de l’humanité. Ceux qui passent ce «test de réalité et d’intégrité» entreprennent généralement des démarches, pas forcément fructueuses, pour s’installer dans la communauté embryonnaire. Les autres la quittent. C’est à ce stade que des relations harmonieuses et durables peuvent se développer réellement et que la vie sociale en communauté atteint un degré de maturité qui permet d’entrer vraiment en relation tous ensemble.

Tout ce cheminement personnel et de groupe est long et difficile, contrairement au rêve en dentelle d’une communauté où tout devrait être facile et plein d’amour. Car, il ne faut pas l’oublier, nous provenons pratiquement tous de milieux qui ne nous ont pas enseigné adéquatement l’amour et l’acceptation nécessaire au développement d’une vie sociale saine et  équilibrée en communauté. Il faut considérer aussi le fait que nous sommes des êtres séparés, distincts. C’est cela qui crée la beauté de la diversité mais aussi les frictions dues aux frontières normales qui font de nous des êtres uniques et libres. Nous devons faire de notre mieux pour reconnaître et respecter ces limites (les nôtres et celles des autres). Les efforts fournis au cours de ces démarches de maturation personnelle et de groupe en valent pourtant la chandelle…

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