La Guinguette

par Julie Francoeur

Comme le bois cordé est à l’honneur ce mois-ci, on ne pouvait laisser dans l’ombre cette demeure enchantée. Dire que Michèle Helary, la propriétaire-constructrice, a bâti sa maison avec amour ne serait pas tout à fait juste.  Elle l’a bâtie avec un amour qui respire une magie féerique… et beaucoup d’énergie!

Cette oeuvre d’art a été construite il y a trente ans.  À deux personnes en moyenne, il aura fallu une vingtaine de mois de travail pour terminer la maison (la partie de droite sur la photographie).  La cave, ainsi que tous les murs, sont faits de bois cordé.  Le maximum de matériaux a été récupéré, portes, fenêtres…   Michèle Helary estime qu’à l’époque, ça lui  a coûté environ 35000$, toutes récupérations comptées.  Selon elle, on peut compter le double (voire le triple) pour une construction semblable en 2002.

La base de la Guinguette est de 20 pieds par 20 pieds (400 pi²).  Le solage, construit le premier été avec son professeur, François Chouanière, est fait de bûches de cèdre de 20 pouces de long, isolé entre les bûches avec de la laine minérale et isolé à l’extérieur avec de la créosote et recouvert d’un double plastique.  Toutes les bûches ont été parées de clous aux extrémités, ce qui fortifie le joint de mortier.   Ils montaient les murs de 3 pi maximum à la fois pour assurer un bon séchage.  À la fin de la journée, le travail était recouvert de toiles pour le protéger.

L’été suivant, ce fut le tour de la partie principale (cuisine et chambre).  Avec une amie, elles ont continué “ce grand tricot”.  Elles n’avaient pas de plan initial, discutaient sur le chantier des transformations et se sont laissées aller à “toutes les fantaisies”.  “La seule contrainte […] était de garder les murs bien d’aplomb pour supporter le toit”.  Pour ces murs, des bûches de 16 po de long ont été utilisées.  À l’extérieur, du caulking a été mis autour de chaque bûche, ce qui a pris un automne de travail de plus, mais qui en valait la peine.  Michèle Helary m’a avoué avoir voulu mettre de l’étoupe, mais ça aurait été beaucoup trop long.

Quelques conseils de cette sympathique dame: Commencer petit, avec beaucoup d’ouvertures.  Comme ça, si on veut agrandir par la suite, on peut toujours le faire sans avoir à démolir une partie de mur.  Se renseigner auprès d’Hydro-Québec, ils ont parfois des poteaux de cèdre à bon prix.

La Guinguette est devenue un petit gîte champêtre où on peut aller déguster la cuisine gastronomique de Mme Helary, faite à partir de cultures et d’élevages locaux.  Son cachet mystique en fait un endroit parfait pour tout oublier, à part le bonheur de vivre, de sentir le parfum des fleurs, d’en admirer les couleurs. Sous les couettes duveteuses, les rêves sont doux et romantiques.  Toute la minutie, la patience et l’amour du travail confèrent à cette maison de bois cordé une beauté chaleureuse, mais aussi, impressionnante.

La Guinguette, Crêperie, couette et café
272, chemin St-Léon, Milan (Qc) G0Y 1E0
(819) 657-4749    R.S.V.P.

Référence:
Michel Bergeron et Clôde de Guise,  Maisons originales auto-construites du Québec, éd. L’oiseau moqueur, 1989.

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