Le bois cordé, une solution à l’auto-construction

par Julie Francoeur

Quand on songe à l’auto-construction, on a souvent le sentiment désagréable qu’on n’a pas les connaissances ou les compétences requises.  Dans la société de préfabriqué dans laquelle on vit, il devient inconcevable qu’une famille (femme et enfants compris) bâtisse sa propre maison.  En m’intéressant à l’auto-construction, j’ai constaté qu’il existait des techniques faciles et économiques, à la portée de tout le monde.  Le bois cordé en est une.  Selon François Tanguay, se serait la technique la plus économique au Canada.

On confond souvent construction de bois rond avec construction de bois cordé.  La maison de bois cordé nécessite des bûches et non des billots entiers.  Le mur se monte comme une corde de bois avec un isolant entre les bûches et du mortier aux deux bouts.  Vu de face, il présente les extrémités des bûches.  Un des avantages de cette technique est qu’une fois monté, le mur est terminé; pas de bardeau à poser, pas de peinture à faire.  Et ça donne toujours un aspect rustique et chaleureux.

Ce qui est intéressant, c’est que des cordes de bois, en cherchant bien, on peut toujours en trouver à moindre coût.  La seule condition est qu’il soit TRÈS SEC lors de la construction.  En ce qui concerne le mortier, il se compose de sable, de sciure, de ciment et de chaux.  Il faut tout de même prendre en considération le coût du filage, des tuyaux de plomberie et des autres dépenses relatives à la construction d’une maison. Somme toute, ça demeure une façon de se construire soi-même pour pas trop cher.  Surtout si on récupère les matériaux pour la charpente, les fenêtres, les portes, les comptoirs, lavabos, etc.

Le bois cordé peut être utilisé pour la cave, les murs et pourquoi pas, les planchers.  Pour le toit, par contre, c’est à éviter… Il importe, à l’achat du terrain, de se renseigner sur la densité du sol, certains terrains étant trop mous pour supporter un tel poids.

Préparation
Pour bâtir sa maison, il faut s’y prendre à l’avance.  Au printemps, on inspecte le terrain pour établir où exactement on va s’installer.  On vérifie le drainage naturel, les pentes.  Une fois tout cela fait, on peut installer le chantier et faire la fondation.  Mais auparavant, il est important de se renseigner sur les lois concernant les nouveaux bâtiments, les zonages, faire des plans, discuter, chercher des sous.  Récupérer des matériaux aussi prend du temps, certains s’y prennent même plusieurs années avant d’entreprendre leur projet de construction.  En été, on construit son futur habitat.  En automne, on fait la finition.

Considérant qu’on avance à environ 30 pi² /jour si le travail est fait à deux personnes,  il faudrait compter entre 6 à 8 semaines pour faire une maison de 1000 pi².  Et ce format est amplement suffisant, avec une mézanine, pour un couple ou une petite famille pour un an (en attendant le prochain été pour agrandir).

Le bois
N’importe quelle sorte de bûche fait l’affaire pour le bois cordé.  C’est ce que je trouve merveilleux avec cette technique.  N’importe quelle essence de bois, bûches fendues, non-fendues, rondes, carrées, des poteaux de téléphone, d’électricité, des piquets de cèdre, etc.  La seule condition est qu’il soit TRÈS SEC.  Si une grosse bûche présente une craque, il vaut mieux la fendre en deux ou plusieurs morceaux.  Une fois que la bûche est fendue, elle ne refendra plus.  De plus, les petites bûches se transportent mieux, sont moins lourdes et jouent moins que les grosses une fois le mur terminé. Il est préférable de faire une recherche de bois déjà coupé que de couper des arbres encore en vie.  L’arbre que l’on coupe soi-même prend du temps à sécher…  De toutes manières, vous ne sauverez pas beaucoup d’argent et vous pourrez garder vos énergies pour la construction.

Pour la quantité de bois à prévoir, si vous construisez un carré de 1000 pi² avec des bûches de 16 pouces de long, il vous faut prévoir environ 9 cordes, en tenant compte qu’une corde couvre 96 pi².  Dans ce calcul, les “pertes” sont comptées, c’est-à-dire les ouvertures (portes et fenêtres).  J’ai mentionné 16 pouces de long pour les bûches.  Il n’y a pas de norme en ce qui concerne la longueur, la bûche de 16 po, avec l’isolant équivaut à une isolation de R-20, ce qui est la norme en construction.  De plus, il est à noter que plus les bûches sont longues, plus elles sont lourdes et difficiles à manipuler.  Attention à votre dos!

Le mortier
Le mortier est posé aux extrémités des bûches, environ 4 pouces de mortier à chaque bout.  Le 8 pouces qui reste dans le milieu, on le remplit d’isolant. Chaque constructeur a sa recette de mortier.

Dans Le petit manuel de l’auto-construction, on retrouve une recette de base: 5 portions de sable, avec 4 portions de sciure, avec deux portions de ciment et une portion de chaux.  Faire un mini-projet au printemps  permet d’établir sa propre recette. La sciure étant absorbante, elle empêche le mortier de durcir trop vite, ce qui le ferait craquer par la suite.  Dans le même ordre d’idées, ce durcissement trop rapide, il faut l’éviter.  Il importe donc de  mouiller, le soir venu,  la partie du mur faite dans la journée pour l’humidifier et aussi pour le lisser. En le lissant comme il faut avec un gros pinceau, on le fait bien prendre autour des bûches.

Si un jour apparaît autour des bûches après un certain temps, ne paniquez pas,  il existe des solutions. Le chaulage du mur est une première solution. La chaux remplira les petits trous, créera une paroi “complète”, de façon naturelle. Par contre, la qualité rustique du mur est dissimulée, mais l’extérieur seulement et vous êtes certain d’avoir un mur uniforme.

Une autre solution consiste à recouvrir le mur de stucco. Les amoureux de la mosaïque pourront se laisser aller à leur créativité, alors le stucco perdra de son insignifiance… Le bardeau de cèdre peut aussi être envisagé.

Pour éviter qu’un jour se dessine autour de vos bûches, certaines dispositions s’imposent lors de la construction du mur. Pour que le mortier adhère bien à chaque bûche,  le faire déborder un peu sur celles-ci pendant la construction. On lisse par la suite.  Certains vont même jusqu’à planter des clous autour des extrémités pour bien faire adhérer le mortier. Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que la force du mur est assurée par les joints et le mortier et non pas par les bûches.

L’isolation
Premièrement, une étape cruciale dans l’étanchéité du mur de bois cordé consiste à huiler les bouts des bûches. On trempe les bûches dans l’huile jusqu’à deux pouces de chaque côté.  Francois Tanguay propose cette recette: un volume d’huile à moteur 10/30 neuve (pour la couleur) et un volume d’essence ordinaire sans plomb. Si votre conscience écologique n’adhère pas à l’huile à moteur, il y a toujours l’huile de lin, cependant un peu plus dispendieuse.

Pour l’isolement entre les bûches, c’est l’embarras du choix.  Laine minérale, bran de scie traité à la chaux, Zonolite, billes de styrofoam; tous sont efficaces.  Michel Bergeron, pour sa part, préfère isoler avec de la ripe sèche.  Les matériaux en vrac se glissant mieux dans les cavités que la laine minérale, ils sont le premier choix des auto-constructeurs.

Conseils par-ci, par-là
En faisant les plans de votre maison, pensez véranda vitrée pour le mur du sud.  L’énergie solaire passive est extrêmement appréciable pendant l’hiver.

Construire une charpente avec un toit au départ est une excellente idée, car les intempéries auront moins d’influence sur votre travail et sur votre moral. Le toit pourra servir d’abri pour laisser vos outils et matériaux pendant la nuit et les jours de repos.

On peut passer le filage électrique dans les murs, l’inconvénient est qu’il n’est plus accessible par la suite. On peut tout simplement le faire longer le mur par le plancher et le dissimuler après.

Si vous récupérez des matériaux de construction tels des fenêtres et des portes, pensez-y avant de construire pour faire les plans en conséquence de ces pièces.

Il est extrêmement important de bien être à l’écoute de l’autre, mais aussi de soi dans une telle entreprise. L’auto-construction en couple peut se transformer en divorce. Surtout si un des conjoints a l’impression de ne pas être pris en considération. Faire des plans et des ententes sur papier avant la construction peut être utile.

N’entreprenez pas cette grande entreprise sans avoir lu les livres de François Tanguay

Le petit manuel de l’auto-construction
et  Le petit manuel de l’habitat bio-climatique,

Tous les deux parus aux éditions de Mortagne.


Maisons originales auto-construites du Québec
,
de Michel Bergeron et Clôde de Guise,  par la maison d’édition L’oiseau moqueur.

Voilà!

Êtes-vous prêt à construire avec amour et patience votre havre de paix? 
Si oui, bonne chance et amusez-vous bien!

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