Les conséquences environnementales de nos choix alimentaires

par Maheshvari

L’agro-alimentaire figure parmi les industries les plus dévastatrices pour l’environnement: pesticides, herbicides, épandage de fumier, résidus d’antibiotiques et d’hormones, déforestation, usines de transformation et d’emballage, déchets non biodégradables, etc. En plus des conséquences environnementales, l’agriculture moderne a aussi de lourdes conséquences politiques et sociales: par exemple, la plupart des pays du Sud se sont faits déposséder de leurs meilleures terres par les multinationales qui exploitent leurs habitants ou les forcent à fuir dans les bidonvilles.

Certes il faut manger, mais il est possible de le faire en ne contribuant pas à la destruction environnementale et à l’exploitation des pays du Sud. C’est à ce défi que Laure Waridel a consacré son dernier livre: L’envers de l’assiette et quelques idées pour la remettre à l’endroit.

Elle y révèle ainsi que «À l’heure actuelle, un habitant de l’Amérique du Nord consomme autant que 12 habitants du Sud. Si tous les êtres humains consommaient à la manière d’un Nord-Américain, il nous faudrait de trois à cinq planètes comme la nôtre pour pouvoir vivre».

Pour modifier nos habitudes de surconsommation, l’auteure y propose les 3N-J: nu, non-loin, naturel et juste.

Nu, c’est-à-dire non emballé, car l’emballage, même recyclé, entraîne beaucoup de pollution. À cause de leur mode de vie effréné passé à l’extérieur, les gens n’ont plus le temps de cuisiner. Ils achètent donc de plus en plus d’aliments prêts-à-manger dont les emballages finissent dans les poubelles.

Selon L’envers de l’assiette, nous fabriquons aujourd’hui 80 % plus d’emballages qu’en 1960 et la fabrication des emballages eux-mêmes, qu’ils soient de plastique, de carton, de styromousse ou de métal, est très polluante: extraction des matières premières ou déforestation, transport à l’usine de transformation (pétrole), transformation et fabrication des emballages, puis transport jusqu’à l’industrie, emballage des produits, transport vers le grossiste, le détaillant, le consommateur puis les centres d’enfouissement.

Ceux-ci ne répondent plus à la demande et contaminent le sol et la nappe phréatique en permanence pendant que les incinérateurs dégagent des gaz toxiques qui contribuent au smog et au réchauffement climatique.

Comment diminuer, voire éliminer les emballages de notre quotidien? Acheter en vrac, traîner sa tasse avec soi, apporter son lunch au travail, éviter d’aller dans les restos qui servent dans du styromousse et du plastique, cuisiner plus et acheter moins de prêt-à-manger et, en dernier recours, recycler.

Non loin, pour diminuer la consommation de pétrole liée au transport. La mondialisation des marchés a vu les importations et exportations de denrées alimentaires augmenter exponentiellement ces dernières années. Ce phénomène entraîne des situations pour le moins ridicules.

Par exemple, au mois d’août, il est de plus en plus difficile, voire impossible, de trouver des bleuets du Lac St-Jean qui sont presque tous exportés aux États-Unis pendant que nous en importons de Californie!

Autre exemple cité dans L’envers de l’assiette: «au cours de l’année 2000, le Québec a exporté plus de 7000 tonnes de pommes fraîches et en a importé presque le double».

Très souvent, pour toutes sortes de raisons causées par la loi du marché, il arrive même que les produits importés soient moins chers que les produits locaux! Pourtant, nous aurions assez de terre au Québec pour nous auto-suffire. Au lieu de cela le gouvernement finance, avec notre argent, la construction de porcheries qui, en plus de contaminer nos nappes phréatiques et de détruire la flore et la faune, ne vont servir en grande partie qu’à l’exportation.

Il est pourtant possible de s’approvisionner plus près de chez nous: acheter la pomme du Québec plutôt que celle de la Nouvelle-Zélande, même si elle est un peu plus chère ; aller au marché public pour avoir accès aux petits producteurs de viande, de produits laitiers, de fruits et légumes et de produits du terroir; manger selon les saisons; aller faire de la cueillette de fruits; avoir son jardin; participer au programme A.S.C. (Agriculture Soutenue par la Communauté – voir lien à la fin), qui met en contact les agriculteurs locaux et les citadins.

Naturel, pour ne pas participer à la dégradation environnementale causée par l’agriculture industrielle et pour éviter d’être empoisonnés par les produits chimiques, toujours plus nombreux, qui contaminent nos assiettes: O.G.M., colorants, préservatifs, résidus de pesticides, d’hormones et d’antibiotiques…

Ces produits auraient, selon L’envers de l’assiette, de graves conséquences sur la santé humaine: perturbation de l’équilibre hormonal, du système reproducteur, du système immunitaire, des facultés intellectuelles, cancers, troubles de comportement, etc. La meilleure façon de manger naturel c’est d’acheter le plus possible des aliments bio et non transformés, de lire les étiquettes, d’avoir son jardin et de ne pas encourager les monocultures ni les fermes d’élevage.

Juste, pour éviter qu’un paysan ne se fasse exploiter dans un pays du Sud. De nombreux pays du Sud, pour payer leur dette, sont forcés par la Banque mondiale d’exporter la plupart de leur nourriture et à en produire toujours plus pour toujours moins d’argent.

C’est ainsi que leurs meilleures terres appartiennent à une poignée de multinationales et servent à nourrir les marchés des pays riches plutôt qu’à alimenter les populations locales. L’envers de l’assiette illustre ce fait par les exemples suivants: «le Brésil est le pays qui exporte le plus de viande, alors que 25 % de sa population n’a pas les moyens d’en manger une fois par semaine… Moins de 2 % du prix d’une banane vendue au supermarché revient à celui qui l’a cultivée et cueillie». Il en est de même pour le café, la canne à sucre, certains fruits, etc. Ce sont souvent les paysans du Sud qui font les frais de nos bas prix.

Pour une alimentation juste, s’informer d’où viennent les aliments que nous consommons, éviter d’acheter les marques des multinationales même si elles sont moins chères et encourager le commerce équitable.

Diminuer la consommation de viande
Laure Waridel écrit dans son ouvrage: «Plus du tiers de la production mondiale de grains actuelle sert à nourrir du bétail plutôt que des gens. Si toutes ces céréales étaient directement destinées à l’alimentation humaine, on pourrait nourrir près du double de la population mondiale actuelle… la production de viande requiert de 10 à 20 fois plus d’énergie que la production de céréales ».

Selon d’autres sources, le bétail des pays riches mange autant de céréales que tous les Indiens et les Chinois réunis! Un cheptel de 100 000 bovins en Californie consomme chaque jour 850 tonnes de maïs, de quoi nourrir 1,7 millions d’Africains.

Chaque minute, 50 hectares de forêt tropicale humide disparaissent du globe pour faire de la viande et chaque boulette de viande pour hamburger fait disparaître 5 mètres carrés de forêt tropicale!

Un petit mot sur les sacs de plastique: saviez-vous que les Québécois rapportent chaque semaine à la maison 36 millions de sacs de plastique qui prennent plus d’un siècle à se décomposer dans l’environnement? Pourquoi ne pas apporter son sac de coton quand on va faire l’épicerie?

 

Références: 

Laure Waridel, L’envers de l’assiette et quelques idées pour la remettre à l’endroit, Écosociété, 2003.

Agriculture soutenue par la communauté: www.equiterre.qc.ca

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