Matériaux sains pour une vie saine

par André Fauteux

Comme c’est souvent le cas, les constructeurs canadiens sont devenus les meilleurs au monde d’abord en faisant les choses à l’envers. Un quart de siècle après la crise du pétrole de 1973, il est devenu évident qu’il faut se doter de matériaux non polluants et d’une excellente ventilation mécanique avant même de penser aux mesures d’économie d’énergie. «Quatre-vingt pour cent des maisons abritent une personne allergique, asthmatique ou souffrant d’autres problèmes respiratoires, qui comptent pour 20 % de la population», souligne l’ingénieur Jim White, sommité en qualité de l’air intérieur et ancien chercheur à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Les études de la SCHL ont d’ailleurs permis l’adoption de critères de matériaux sains par les programmes de construction de maisons saines certifiées R-2000 et Novoclimat, par l’Agence de l’efficacité énergétique du Québec.

Un matériau sain dégage peu ou pas de fibres et de vapeurs chimiques (dites composés organiques volatils ou « COV »). Par contre, l’utilisation qu’on en fait peut être malsaine. Par exemple, appliquer une peinture au latex par temps humide l’empêche de sécher – et donc de se dégazer – rapidement, tandis que le bois non protégé contre l’humidité sera vulnérable aux moisissures toxiques.

Ce dossier présente les principaux produits utilisés dans deux maisons qui ont remporté le concours des maisons saines de la SCHL, l’une située à Vancouver et l’autre à Toronto, une maison modèle pour personnes hypersensibles érigée par la SCHL à Ottawa, ainsi que son guide Matériaux de construction pour les logements des personnes hypersensibles.

Choisissez avec un soin particulier les matériaux qui couvrent une grande surface, tels les couvre-planchers et les peintures. Plus la superficie est grande, plus seront grandes aussi les émanations chimiques.

L’extérieur
En ce qui a trait aux toitures, le très abordable bardeau d’asphalte est non recyclable, d’une durabilité moyenne, et il dégage des odeurs incommodant certaines personnes. Le bois (pin, mélèze, cèdre, etc.), le toit végétal, les divers métaux, le fibrociment, les pneus et le plastique recyclés sont plus écologiques.

Comme parements extérieurs la maçonnerie, dont la brique d’argile, est la plus durable à tous points de vue, tandis que le crépi de sable et d’argile ainsi que le bois recouvert en usine d’une teinture à base d’eau opaque (tel le Maibec) ou recouvert après coup d’une teinture hydrosoluble semi-opaque (Sansin) ou le fini à l’huile de lin (Extraleum des Artisans du meuble québécois) sont aussi très verts.

Structure
Du côté de la charpente, sachez que le bois de résineux séché au four (« S-DRY ») résiste le mieux à la moisissure et qu’il n’a pas à être traité aux fongicides comme c’est le cas du bois vert (S-GRN) couramment utilisé. Bien qu’il coûte environ 20 % plus cher, le bois séché au four permet une économise d’au moins 1000 $ de réparations dans la première année: il n’abîme pas les murs car il ne rétrécit pas.

L’ossature d’acier est plus droite et plus résistante, mais elle doit être isolée de l’extérieur car elle conduit davantage la chaleur. De plus, elle est recouverte de résidus huileux qui incommodent les hypersensibles et doit donc être lavée au détergent peu toxique. Les solives, contreplaqués et panneaux d’aggloméré collés à l’aide de phénol formol (tels les solives Trus Joist et les contreplaqués de type extérieur) émettent peu ou pas de formaldéhyde irritant et cancérigène et sont très bien tolérés. Les solives sans aucune colle sont préférables si elles doivent servir à l’intérieur de l’aire habitable.

Pour les fondations, la Société de la Couronne recommande d’opter pour du béton sans adjuvant ni cendres volantes et de recourir à un agent de décoffrage peu toxique: WR Meadows en fabrique un à base d’eau et certaines personnes utilisent de l’huile végétale ou un savon à vaisselle. On peut sceller le béton exposé à l’aide d’un bouche-pores à base d’eau pour éviter des émissions continuelles de poussière de chaux, un irritant provoquant de l’asthme et l’emphysème.

En ce qui a trait aux pare-air, la membrane de polyoléfine filée-liée (Tyvek ou Typar) est plus acceptable que le papier de construction imprégné de bitume, dont les odeurs irritantes peuvent s’infiltrer à l’intérieur. Dans une maison bien ventilée dotée d’une peinture pare-vapeur à base d’eau, cette membrane pare-air posée à l’extérieur (bien sceller tous les joints au ruban gommé) permet de remplacer le pare-vapeur de polyéthylène par un papier kraft.

Peu importe le type d’isolant que vous utilisez, portez un masque en le posant et fermez vos murs le plus vite possible. Surtout, assurez-vous de la continuité et de l’herméticité du pare-air, afin d’empêcher l’infiltration de contaminants dans l’aire habitable.

Facilement disponibles dans le commerce, la cellulose (Igloo ou Benolec) et la laine de roche (Roxul) sont les isolants de choix des concepteurs de maisons écologiques. La fibre cellulosique est fabriquée de papier journal traité contre le feu, les moisissures et la corrosion. Injectée à haute densité, elle résiste très bien au passage de l’air. Posée en vrac au grenier, les installateurs en soufflent quelques pouces de plus en prévision du tassement inévitable, qui ne se produit pas dans les murs où la cellulose est retenue par une membrane ou giclée avec de la colle.

Fabriquée en Ontario, la laine de roche Roxul est pour sa part faite de pierre volcanique et de scories d’acier recyclées. Elle résiste mieux au passage de l’air, au feu et à l’humidité que la fibre de verre.

Le polyuréthane à faible coefficient d’expansion est l’isolant de choix pour sceller les cadres de portes et fenêtres tout en évitant une expansion trop importante qui les abîmerait. Pour le reste de l’enveloppe du bâtiment, les fabricants Demilec et BASF fabriquent du polyuréthane qui se dégaze en quelques jours et même en 24 heures dans le cas du Walltite de BASF. Ces deux fabricants produisent même un polyuréthane gonflé à l’eau qui convient aux personnes hypersensibles.

Pour les fondations et sous la dalle de sous-sol, la laine de roche haute densité (RXL de Roxul) est très efficace et écologique. Le polystyrène expansé (blanc, vert ou rose) est aussi très efficace et préférable à son cousin extrudé (bleu ou rose) gonflé aux HCFC qui rongent la couche d’ozone. Comme les isolants plastiques sont combustibles, il faut les recouvrir d’un gypse coupe-feu sans délai et éloigner les sources de chaleur intense. Si vous prévoyez poser un poêle à bois, la pose du polystyrène par l’extérieur des fondations élimine ce risque et protège aussi les fondations contre l’humidité. De plus, si vous laissez le mur de béton intérieur exposé, il pourra servir de masse thermique qui emmagasine la chaleur et l’irradie en soirée.

Finis intérieurs
Du côté des couvre-planchers, les matériaux durs comme les minéraux (céramique, granit, béton poli, etc.) ainsi que le bois massif et le bambou (prévernis ou avec verni à base d’eau) sont les moins polluants. Les carpettes en fibre naturelle (laine, coton, etc.) ou en nylon de qualité, sans endos au latex, ni colle, ni traitement chimique, sont généralement acceptables à condition de limiter leur superficie et de bien les entretenir. Recourir au liège ou au linoléum (à base d’huile de lin et de liège) permet d’éviter l’important dégagement d’émissions volatiles du vinyle (dont les carreaux sont moins polluants que les feuilles). Par contre, le linoléum craint l’humidité et son odeur peut incommoder les hypersensibles.

Éviter les populaires planchers « flottants » à moins qu’ils ne portent la certification E-1 pour leurs très faibles émissions de formaldéhyde: ils sont montés sur des panneaux de fibres de bois collés à l’urée-formol.

Par ailleurs, la SCHL recommande les colles naturelles solubles dans l’eau, telle la colle blanche et de caséine. Le fabricant de linoléum Forbo fabrique une telle colle virtuellement sans odeur.

Parmi les mortiers sans additifs, les experts de la SCHL ont choisi les produits Kerabond et Ultraflex, de la compagnie lavalloise Mapei.

Les nouvelles peintures et teintures à l’eau sont presque aussi performantes que celles à l’alkyde, très polluantes. Optez pour une peinture sans émissions de composés organiques volatils (« Zero-COV »), telles la EcoSpec de Benjamin Moore et les Paint Café MT2 et VT2 de Peinture Laurentide.

Pour ce qui est des calfeutrants, évitez ceux contenant des fongicides. La SCHL a utilisé un silicone neutre, tel le GE Silicone II pour fenêtres et, pour les salles de bains, le CSL Silicone 343. Toujours bien ventiler (échanger l’air intérieur et extérieur) la salle de bains pour la déshumidifier et ainsi éviter la croissance de moisissures.)

Pour sceller les murs de gypse d’une maison de personne hypersensible, la SCHL recommande les composés à joints en poudre à gâcher, tels le Rapid 90, Gyproc 45 ou Durabond 90, disponibles chez les marchands spécialisés. Ces produits contiennent beaucoup moins d’agents de préservation et de fongicides que le composé prêt à l’emploi.

Les armoires de cuisine présentent un dilemme car les panneaux de fibre de bois MDF (Medium Density Fiberboard) sont abordables mais polluants, car la fibre est collée au formol. La SCHL recommande le bois massif (bouleau, érable ou tilleul d’Amérique), les contreplaqués ou panneaux MDF sans émissions de formaldéhyde, tels le Medex et le Woodstalk (en fibre de paille), distribués par Goodfellow.

Enfin, la SCHL recommande de minimiser les sources de champs électromagnétiques, soupçonnés de favoriser le cancer et d’autres maladies.

Références: 

SCHL
www.schl.gc.ca

Magazine La Maison du 21e siècle
https://maisonsaine.ca

 

Les commentaires sont clos.