Patch Adams, Médecin et Clown

par Emmanuelle Dennie-Filion

À l’entendre parler en ce 24 novembre 2003, j’ai presque envie de le surnommer: “guérisseur social”. Ses mots résonnent dans mes oreilles comme un message que l’on devrait tous entendre régulièrement pour qu’individuellement et collectivement on arrive à transformer la souffrance en amour. Je vous partage aujourd’hui le message que nous a offert Patch Adams dans l’auditorium de la Faculté de Médecine de l’Université de Sherbrooke.

Patch Adams est un grand bonhomme, loin du Robins Williams qui l’a interprété dans le film. Il a de longs cheveux bleus, une boucle d’oreille et il est habillé en clown. À le croiser dans la rue on ne pourrait le croire médecin; certains le croiraient peut-être même fou…

Patch Adams se présente comme médecin et clown en prenant le soin de préciser que ces deux professions ont pris autant de temps à apprendre l’une que l’autre. Il a créé après ses études en médecine où, précise-t-il, le mot compassion ne fut  jamais mentionné, un centre nommé le Gesundheit Institute.

Un centre créé par 20 adultes et 6 enfants qui en 1972 se sont donné comme mission d’utiliser la médecine comme véhicule de changement social et de créer un modèle de soins qui vise tous les problèmes ; de la tristesse, de l’alcoolisme, au simple rhume.

Un centre qui durant 12 ans, allait accueillir 500-1000 personnes par mois et 5-50 personnes pour y dormir à chaque nuit!

Un centre qui en fait est beaucoup plus que ça. Le bon mot serait en fait communauté car, en plus d’offrir des soins médicaux de base, le Gesundheit Institute utilisait les arts, la musique, le travail dans ses jardins biologiques pour guérir les gens.

Jamais dans leur histoire n’acceptèrent-ils de l’argent en échange de leurs services, autres que les dons qui leurs semblaient inconditionnels. Ils n’avaient pas d’assurance-responsabilité et ils ne furent jamais actionnés.

Durant les douze premières années, pas un petit dollar ne leur fut offert en don. Alors, plusieurs des adultes fondateurs durent travailler à l’extérieur pour permettre à la communauté de survivre.

En plus, l’espace était très restreint dans le centre et toute notion de vie privée quasi-abolie… Malgré tous ces obstacles, durant les neufs premières années, pas une des personnes fondatrices ne plia bagage.


“C’était une expérience extra-ordinaire, ça valait

la peine de payer pour faire cela…”

Patch Adams

Alors qu’est-ce que ça voulait dire être un patient au Gesundheit Institute?
Eh bien, patient voulait avant tout dire personne. Lorsqu’une personne arrivait, on lui demandait d’amener toute sa famille avec elle pour passer quelque temps dans la communauté. Patch ou une autre personne s’assoyait tranquillement avec cette personne pour la première entrevue. Il rapporte qu’en moyenne cette première entrevue durait toujours 3 à 4 heures! (Et non 3 minutes et demi!) Il passait ce temps à écouter simplement l’histoire de la vie qui se trouvait devant lui. Il a remarqué avec le temps que bien souvent, la moitié de ce temps était consacré spontanément à la vie amoureuse. Les échecs, les déboires, les grandes joie de l’amour…

Au Gesundheit Institute, pas de questionnaire rigide (sur une échelle de 1 à 10 comment noteriez-vous vos symptômes!) que les vraies questions: Qu’est-ce que tu veux pour toi dans ta vie? C’est quoi ta philosophie sur l’amour et comment la vis-tu au jour le jour?…

“Je vous demande pardon?” Une bonne partie des gens n’avaient à peu près aucune idée de quoi il voulait parler lorsqu’il leur posait ces questions, lorsqu’il leur demandait de parler de l’amour, des gens qu’ils aimaient. Et encore moins lorsqu’il leur demandait s’ils aimaient la vie!

Alors voilà ce que Patch Adams et le Gesundheit Institute ont décidé enseigner: apprendre à aimer la vie! Aimer et découvrir la vie par les arts, l’agriculture, le service à la communauté. En s’occupant d’un chat, d’une plante, d’une autre personne. En leur montrant à ces gens, qu’en eux existe la joie et qu’il existe en ce monde un lien entre tout ce qui vit.

C’est avec cette mission en tête que le Gesundheit Institute est devenu le premier “silly hospital” dans l’histoire des États-Unis. Un hôpital où tous les thérapeutes sont égaux, du musico-thérapeute au médecin, au clown. Plus de camp: “ah! les méchants médecins”, ou “ah! ces charlatans d’herboristes”. Un seul et unique camp: celui de la solidarité, de l’amour et de l’humour.

Un hôpital où la notion de distance professionnelle n’existe pas. Oublions ici le concept qui dit que le professionel de la santé doit se protéger en maintenant une certaine distance entre lui et son client. Patch souhaite plutôt que chacun de ses patients devienne un ami et il a passé à plusieurs reprises des heures en ligne à serrer dans ses bras une personne en pleurs jusqu’à ce que le chagrin se termine, pour de bon. Une seule et unique règle au Gesundheit Institue: pas de violence. Pour le reste, chaque personne peut-être aussi folle qu’elle désire.

“Parfois on se réveillait la nuit et il y avait un patient atteint de troubles psychiatriques qui criait debout sur la table de la salle à dîner. Pas de problème, on le décorait et on chantait autour de lui.”

Patch Adams

 

Qu’advient-il au Gesundheit Institute depuis ce temps?
L’hôpital en tant que tel est fermé depuis un certain nombre d’années, mais la communauté existe toujours. L’hôpital devrait rouvrir ses portes sous peu grâce aux fonds obtenus par le succès du film Patch Adams. Ce dernier est en fait une version très romancée à la Hollywood de la vraie histoire. Il a été créé dans le but d’obtenir les fonds nécessaires à la survie du centre et de la communauté sans les dettes financières qui rendaient leur existence difficile dans le passé.

Même si l’hôpital est présentement fermé, la vision de Patch Adams et du Gesundheit Institute ne se perd pas, elle se multiplie plutôt. Il passe présentement beaucoup de temps à voyager à travers le monde en compagnie d’autres clowns pour apporter des sourires et parfois de l’équipement médical là où il y a un besoin.

Il fait aussi plusieurs conférences pour partager sa vision de la médecine et il répond à chacune de ses correspondances à la main! La communauté, de son côté, accueille diverses activités sur ses terres de la Virginie.

De cet homme se dégage un enthousiasme et un amour contagieux. Il porte dans tout son être le message que chacun d’entre nous a le pouvoir de guérir par de petits gestes, par le sourire.

Et de demander à son auditoire: “Comment l’humanité a-t-elle fait pour arriver au point où on ne sait plus ce qu’est la compassion?” Qui sait? Mais il est temps d’enclencher sur cette révolution de l’amour et de l’humour.

Pour le présent et le futur, Patch Adams souhaite que nous marchions ensemble vers la souffrance de ce monde, que nous créions une épidémie d’amour, que le système soit basé sur la générosité et la compassion et non sur l’argent et le pouvoir.

Il souhaite que l’on puisse apprendre des outils pour aimer la vie et qu’on cesse de respirer l’ignorance et l’aliénation. Et il souhaite surtout que médecine soit synonyme d’amour pour les gens.

Et c’est ainsi que l’histoire se termine ou continue… Merci à Maxime qui a eu l’audace de rêver et de travailler pour que les étudiants et la population de Sherbrooke rencontrent Patch Adams. Et pour résumer ces 3 heures en quelques mots:

“Life is my favourite game – La vie est mon jeu préféré”.

Patch adams

Pour plus d’information:
www.patchadams.org

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