Recherche sur les écovillages

par Philippe Laramée

Une idée intéressante a fait son chemin en moi depuis 2001, une idée que j’ai laissé grandir et qui a donné naissance à mon implication dans le mouvement pour l’émergence des écovillages au Québec, à la création de la revue Aube et par la suite à la concrétisation d’un projet de village écologique assez unique au Mont Radar.

À mesure que mes recherches, mes lectures et mes compréhensions de la question avançaient, celles-ci m’amenaient à avoir une meilleure idée sur la question. Conséquemment avec les multiples rencontres et discussions que je faisais dans ce milieu, une préoccupation revenait sans arrêt m’habiter alors que je m’assoyais à la table avec les autres pionniers de ce mouvement au Québec.

Une préoccupation qui semblait diviser tous ces gens qui pourtant, avaient une vision et des valeurs très similaires, mais qui n’arrivaient pas à s’entendre sur la nature profonde du mot même qui allait constituer le fer de lance de ce mouvement.

Ce même débat refait surface actuellement dans le milieu des gens intéressés par le concept d’écovillage au Québec. En effet, la fameuse définition du terme «écovillage» ou «écocommunauté» se développe actuellement d’une façon plutôt anarchique, sans qu’un réel consensus sur la signification de ce terme relativement nouveau ne soit prononcé.

«Être ou ne pas être un écovillage?» voilà la question! Mais qu’est-ce donc qu’un écovillage au fait?

C’est afin de démystifier ce concept et les différents projets au Québec que cette série d’articles a vu le jour. Nous vous présenterons donc dans les pages qui suivent, ainsi que dans les prochains numéros de Aube, un angle de traitement de la réalité sur la situation écovillageoise actuelle.

Les écovillages selon Wikipédia
Pour les lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec le site Internet wikipedia.org, ce site est une encyclopédie bâtie sur la contribution des internautes, une encyclopédie de consensus social. Cette définition est donc celle du plus grand nombre.

Un écovillage (ou écolieu, écohameau) est une agglomération (généralement rurale) ayant une perspective d’autosuffisance variable d’un projet à l’autre et où la priorité est de redonner une place plus équilibrée à l’humain, en harmonie avec son environnement dans un respect des écosystèmes présents.

Y est déconstruite l’idée d’opposition entre «nature» et «culture» en revisitant le concept d’écosystème où l’humain reprend place parmi les autres éléments. Le respect de la faune, de la flore, et de l’être humain est une des valeurs prépondérantes de la vie en écovillage.

Le mot écovillage est né de la fusion des termes écologie et village. Il s’inscrit dans la vague de modèles de projet de microsociété tel que le cohabitat ou des communautés intentionnelles. Le terme est utilisé indifféremment pour désigner des modèles de communautés éclectiques, ce qui engendre souvent de la confusion dans la distinction des différents types de projet de microsociété.

Certains éléments de base se retrouvent d’un écovillage à l’autre sous trois grandes sphères: environnement, socio-économique, culturel spirituel. Sont intégrés différents aspects touchant de près ou de loin au développement durable, tels que, la permaculture, la construction écologique, la production verte, l’énergie renouvelable, l’agriculture auto-suffisante, la prise de décision collective, le processus de gestion des conflits (…) et plus encore.

La difficulté de rassembler les projets vient du fait qu’aucun des écovillages ne fonctionne de la même manière. Certains ont une vocation politique tandis que d’autres s’attachent surtout à la qualité de vie ou développent la création artistique. (…) C’est pourquoi plusieurs adeptes vont parler d’une communauté intentionnelle, plutôt que d’un écovillage. Le point commun de toutes ces initiatives est un lieu de vie collective, écologique et solidaire.

Les écovillages, une définition relative à chaque projet
Ce terme, aujourd’hui repris par plusieurs projets, tous différents les uns des autres, ne possède pas encore «d’appellation contrôlée» ni d’une définition au sein d’un dictionnaire officiel. D’ailleurs, est-ce possible d’en arriver à définir le concept clairement? Chaque projet y va donc de sa propre interprétation, d’une façon plus ou moins officielle, et adapte le terme, selon la vision de ses fondateurs.

Certains fondateurs l’utilisent d’ailleurs pour désigner un écohameau, d’autre pour une municipalité plus verte que la moyenne, d’autre encore pour une communauté spirituelle plus écologique que les autres. Tandis que pour d’autre, cette agglomération rassemble des gens avec des valeurs similaires à celles que l’on retrouve dans un écovillage, mais dont l’intimité et l’aspect volontaire propre à leur implication communautaire respectent la volonté et la vie privée de chacun.

Certains fondateurs utilisent d’ailleurs le mot écovillage en omettant volontairement de spécifier que leur projet n’est encore… qu’au stade de projet. Parfois, cet écovillage virtuel n’est encore qu’au stade de l’idée en devenir ou d’une sorte de «voeu pieux», mais dans les faits, il n’y a encore rien de vraiment tangible à visiter sur le terrain.

Par ailleurs, certains fondateurs omettent volontairement de parler du statut et de la vocation de zonage réel du terrain qu’ils possèdent, créant ainsi par la suite, une drôle de situation lorsque ceux-ci font une demande de dérogation à la municipalité, à la C.P.T.A.Q. (Commission de Protection du Territoire Agricole du Québec) ou auprès de la M.R.C. (Municipalité Régionale de Comté).

Aube, le recueil de recherche sur les écovillages
Pour les lecteurs qui ont suivi notre périple depuis septembre 2001, début de notre groupe de recherche destiné à bâtir l’encyclopédie Aube, les chercheurs en écovillages que nous étions à l’époque avions l’idée initiale de créer un guide de référence sur la création d’un écovillage. Nous avions commencé à faire la promotion du concept en tant que solution intéressante en terme de laboratoire d’expérimentation. Et maintenant après l’avoir expérimenté sur le terrain par la création d’un village écologique sur le site du Mont Radar, la question qui se pose est: «Est-ce vraiment une solution applicable à plus grande échelle dans notre société ?»

Et que dire des défis énormes au niveau des relations interpersonnelles déjà très difficiles à petite échelle et les moyens financiers considérables qu’occasionne la création de plusieurs infrastructures, que ce soient les routes, les bâtiments, une école, des bâtiments communautaires, etc. nécessaires afin de construire une sorte de microsociété dans la société? L’idée d’occuper la ruralité ou d’y construire une agglomération sur une terre relativement vierge à partir de rien, voire d’infrastructure réduite, est-elle une solution acceptable d’un point de vue écologique? Est-ce que ce concept est viable, d’un point de vue de société? C’est le mandat que nous nous sommes donnés par l’écriture de cette chronique.

Il est bon de rappeler que chaque écovillage, écohameau, écocommunauté, domaine écologique ou écolieu est unique et différent, même s’il porte des valeurs similaires. En effet, ne serait-ce que dans la vision de départ des fondateurs et des pionniers, il existe déjà une multitude de projets. Voilà pourquoi nous traiterons dans cette chronique le sujet des écovillages à partir des types d’écovillages et des formes de communautés.

Les 10 éléments de la vie en écovillage
La définition de Wikipédia constitue une base pour tenter une définition de ce concept. À partir de cette définition de base, et afin de bien cibler les projets et leurs états d’avancement, nous avons ajouté les éléments ci-dessous qui constituent aussi, une définition générale du développement durable. Ces éléments incluant les dimensions sociale, culturelle et spirituelle se retrouvant généralement dans un concept de village écologique.

Dans les prochaines éditions de Aube, notre équipe de chercheurs se rendra sur le terrain, rencontrer les fondateurs de chacun des projets, afin de bien évaluer l’état d’avancement de chacun de ceux-ci. À partir de cette grille de lecture, nous allons être en mesure de faire une courte présentation et de noter ainsi les particularités des projets existants au Québec. Le résultat de cette enquête sera disponible sur le site Internet de Aube avec les photos prises par nos chercheurs et les commentaires à la fois des fondateurs et de nos chercheurs. De plus, le résultat de nos reportages sera disponible en format mp3 sous la forme de minireportage.

Afin de bien comprendre les 10 points qui sous-tendent la vie en écovillage, il faut prendre en considération l’ordre logique d’apparition de chacun de ces aspects dans sa création. Par exemple, sans infrastructure, il n’y a pas d’agriculture et encore moins de communauté. Cette «échelle» pourra par ailleurs servir aux fondateurs pour donner une idée des échelons à gravir afin d’arriver à un résultat tangible et mesurable de l’état d’avancement de leurs travaux.

#1 Création de l’écovillage
Plan d’aménagement et design de l’écovillage
Le mode de prise de décisions
Les méthodes de résolution de conflits
La maîtrise des aspects légaux, les contrats notariés et la vente de terrain
L’aspect entrepreneurial du projet

#2 Infrastructure
Les méthodes de construction et de rénovation écologiques
Les énergies renouvelables,
Les modes de chauffage,
L’usage des technologies vertes
Le traitement des eaux usées
La maîtrise de la gestion de la matière résiduelle
La capacité d’accueil et d’hébergement sur le site
La sécurité du site et le niveau de responsabilité civile

#3 Économie
Le niveau de développement de l’économie locale
Le développement des entreprises écologiques sur le site
Le niveau d’analyses du cycle de vie des produits utilisés
L’usage de monnaie alternative au sein du projet (devise, S.E.L., J.E.U., etc.)
Loisirs et écotourisme

#4 Écologie et science de la nature
Application des principes de l’écoforesterie
La restauration de la biodiversité
Le niveau de protection de la faune et de la flore
Le respect et la protection des zones hydriques

#5 Agriculture et permaculture
Production et consommation de nourriture locale et biologique
Gestion des animaux
Autosuffisance alimentaire
Utilisation et production de produits forestiers non ligneux

#6 Aspect communautaire
Sentiment d’appartenance
Développement de la colle communautaire
Intégration des enfants
Intégration des personnes âgées
Intégration des personnes handicapées
Sports et loisirs en communauté
Aide et support social

#7 Mode de vie sain et écologique
Pratique écologique à la maison
Soins de santé préventifs
Médecine complémentaire
Sécurité et prévention des accidents
Psychologie et santé mentale

#8 Éducation et communication
Éducation à l’environnement
Communication de l’expérience vécue
Éducation des enfants et des résidents

#9 Développement personnel
Développement de son potentiel intellectuel
Développement de pratiques spirituelles
Développement de philosophies de vie

#10 Implication politique et régionale
Résistance à la mondialisation
Implication au niveau politique, régional, municipal
Implication dans la région

Projets, types d’écovillages, formes de communautés

Un projet est une idée en cours de réalisation. Un projet peut prendre la forme d’un site Internet, d’un dépliant ou d’un cahier de présentation, d’une étude de faisabilité ou d’une terre nouvellement acquise dont les travaux sont en cours de réalisation, mais qui n’est pas encore au stade du hameau ou du village. Le terme projet est accompagné du type de projet que ses fondateurs espèrent réaliser, mais constitue généralement une vision ou un espoir.

Un écolieu est un endroit ayant une vocation écologique, une vocation de démonstration, d’éducation à l’environnement ou d’application d’une mission sociale écologique, sans qu’il n’y ait nécessairement l’occupation du territoire par ses habitants sous la forme d’un hameau. Il est à noter qu’il est tout de même possible d’y habiter. Un tel site est généralement structuré autour d’une ancienne ferme, ou d’un bâtiment isolé à la campagne, ayant choisi de suivre les principes de l’écologie, et en mesure d’accueillir des personnes souhaitant y participer ou y séjourner. Un écolieu peut exercer (mais ce n’est pas une condition) une activité économique et lucrative locale, une activité d’autosubsistance, etc. Ex.: L’académie de l’énergie, L’arche écologique de Chateau Richer.

Un écohameau est une agglomération de plusieurs maisons écologiques situées sur un même territoire, qui partage des espaces communs, une vision commune, et qui comporte une structure juridique qui lui est propre. Ex.: Ecohameau de Cap-au-Renard.

Un écovillage voir les définitions ci-haut. Ex.: Findhorn en Ecosse, Crystal Waters en Australie, Earth Haven aux Etas-Unis.

Un domaine écologique est une agglomération de plusieurs terrains notariés situés sur un même territoire et qui peut comporter une charte écologique (politique de vie) qui lie les propriétaires résidents. Ceux-ci décident de partager une vie communautaire, généralement, de façon volontaire. L’administration du domaine peut offrir l’accès à des terrains ou à des bâtiments, mais reste, en général propriétaire de ses infrastructures, assurant ainsi la gestion et la pérennité de ceux-ci tels un parc ou une base de plein air par exemple.

Un cohousing est une forme de communauté intentionnelle. Il s’agit d’un concept d’aménagement immobilier dont la finalité est de faciliter les échanges humains au sein d’un groupe. Les personnes composant ce groupe participent à la conception, à la réalisation et à l’aménagement d’un ensemble d’habitation dont elles sont individuellement et collectivement propriétaires.

Un écoquartier est une agglomération, généralement libre d’accès au public au même titre que n’importe quelle rue d’une municipalité. Celle-ci peut avoir été développée par un promoteur immobilier ou par la municipalité d’accueil ou tout simplement transformée à partir d’un quartier existant afin d’en rajouter des caractéristiques socio-écolomiques. Un écoquartier n’est pas une gated community (voir définition ci-bas). Ex.: BedZed en Angleterre.

Une microsociété est un regroupement généralement plus important qu’un écovillage qui, sans nécessairement être écologique, tente d’inclure tous les aspects d’une société mais en miniature, que ce soit au niveau résidentiel, commercial, industriel, politique, philosophique, scientifique, économique, etc. Une microsociété se développe généralement sur un site ayant des infrastructures importantes (ex. une ancienne municipalité abandonnée, une ancienne base militaire, un ancien camp de vacance, le site d’une ancienne communauté religieuse).

Une Zone Autonome Temporaire (ZAT en anglais TAZ) est la dénomination introduite par Hakim Bey en 1991 dans un livre qui porte le même nom. Ce terme comporte en fait plusieurs formes de microsociété. Historiquement parlant, nous pourrions citer l’exemple des villages pirates dans les Caraïbes au 17ème siècle, les communes hippies des années 70, l’Utopie de Thomas Moore, le livre Écotopie par Ernest Callenbach, ou encore l’île des Gauchers d’Alexandre Jardin, qui sont tous des exemples de TAZ.

Une congrégation religieuse est un groupe de personnes vivant dans une forme de communauté dont les liens sont tissés autour d’une pratique religieuse commune.

Une communauté religieuse est un ensemble de personnes qui poursuivent le même idéal religieux. Ex.: les Quakers, les Amish.

Une communauté spirituelle est une forme de communauté intentionnelle liée par une idéologie spirituelle commune. Parfois, certaines communautés spirituelles s’affichent aussi comme écovillage, car celles-ci possèdent aussi une idéologie de respect de l’environnement (ex. les 20 premières années de Findhorn où ceux-ci étaient orientés vers une pratique spirituelle commune).

Une communauté thérapeutique est une forme de communauté intentionnelle dont l’idéologie et la cible commune sont de nature à donner des soins de santé. Ex.: Gesundheit Institute (À VÉRIFIER)

Une communauté rurale est une forme d’écohameau, mais dont les préoccupations sont davantage orientées vers l’agriculture ou l’autosuffisance que vers l’écologie.

Une commune est une grande maison, un grand appartement ou un grand bâtiment occupé par plusieurs personnes dans une optique de créer une sorte de minicommunauté. Vécues différemment à notre époque que dans les années 70, les préoccupations des communes d’aujourd’hui sont parfois orientées dans une optique économique ou afin de combler un besoin social.

Un squat est une occupation d’un bâtiment illégalement par un groupe de personnes dans une optique de combler un besoin socio-économique ou politique. (Ex. Voir l’article sur le CSA). Il est à noter que les squats sont vécus différemment en Europe.

Une municipalité verte est une ville ou un village ayant une orientation et des préoccupations sociales environnementales évidentes.
Ex. La municipalité de St-Camille

Une gated communitie est un terme provenant des Etats-Unis qui désigne des quartiers dont l’accès est contrôlé et dans lesquels l’espace public (rues, trottoirs, parcs, terrains de jeu…) est privatisé. L’accès en est permis aux résidents et à leurs invités.

Vers une meilleure compréhension du phénomène au Québec

Voici les principales questions que nos chercheurs ont posées à chacun des projets afin de bien en comprendre tous les tenants et aboutissements:

  • Nom du projet?
  • Coordonnées géographiques?
  • Projet situé en zone rurale ou urbaine?
  • Le niveau d’avancement général du projet?
  • Le projet est-il en formation?
  • Quel type de projet ou quelle forme de communauté?
  • Quelle est le statut juridique de l’administration du projet?
  • Quelle est la grandeur du terrain (en acres)?
  • Quelle est l’année de fondation officielle?
  • Quelle est l’année d’achat du terrain?
  • Quelle est l’année d’incorporation?
  • Est-ce que les visiteurs sont acceptés?
  • Nombre d’adultes vivant sur le site?
  • Le projet est-il ouvert à d’autres adultes?
  • Nombre d’enfants vivant sur le site?
  • Le projet est-il ouvert à d’autres enfants?
  • Quelle est la population totale du projet?
  • Quelle est la méthode de prise de décisions?
  • Existe-t-il des frais d’adhésion?
  • Quelle est la façon d’acheter un terrain ou de faire partie du projet?
  • Une implication est-elle nécessaire?
  • Qui possède le terrain et les infrastructures?
  • Quel est le pourcentage de repas en commun?
  • Existe-t-il une diète commune?
  • Comment se fait l’éducation des enfants?
  • À quel niveau d’infrastructure croyez-vous être arrivé?
  • Combien existe-t-il de résidences?
  • Combien existe-t-il de bâtiments communautaires?
  • À quel niveau d’autarcie croyez-vous être arrivé?
  • À quel niveau de vie communautaire croyez-vous être arrivé?
  • À quel niveau de partage des biens?

Une grille d’analyse qui sert à mieux comprendre
En questionnant vous aussi tous les aspects de la création d’un écovillage ou d’une écocommunauté, vous aurez une grille d’analyse pour bien comprendre toute la complexité des projets que vous allez visiter ou qui vous intéressent. Si vous faites partie des fondateurs ou des aspirants fondateurs, vous allez être en mesure de bien cibler votre clientèle et de bien faire la promotion de votre projet, sans en mettre plein la vue, vous attirant ainsi les bonnes personnes et évitant les problèmes qui sous-tendent “les mauvaises rencontres”.

Par exemple, les gens qui recherchent une forme de communauté intentionnelle pour combler un besoin “social” s’abstiendront de se joindre à une communauté spirituelle. Si les fondateurs ou les pionniers d’un projet en démarrage cherchent des bénévoles, parce qu’ils sont rendus à l’étape de construction des infrastructures de base, les écotouristes intéressés par la villégiature éviteront de cogner à leurs portes.

Je crois important ici de mettre l’accent sur le constat suivant: chaque projet d’écovillage ou d’écocommunauté est rendu à un niveau plus ou moins évolué dans chacun des points de la liste ci-dessus. Il est donc mis en évidence ici que la nomenclature “écovillage” est fondamentalement différente selon le niveau de réalisation de chaque projet et qu’il n’existe pas de projet moins “écovillage” ou plus “communauté” que les autres.

Chaque projet a sa façon de faire ou de se gouverner et aucun projet ne possède LA vérité et LA façon de faire.

Les écovillages qui ne sont pas des communautés (et oui ça existe!)
Il existe plusieurs type d’écovillages qui ne se considèrent pas comme étant une communauté intentionnelle et ne veulent donc pas rentrer dans la définition de cette nomenclature. Ces gens ont souvent les deux pieds bien sur terre et cherchent à vivre d’une façon plus saine en partageant leurs valeurs écologiques avec un bon voisinage tout en établissant très clairement les limites de leurs vies privées et de leur intimité.

Il existe aussi des types d’écovillages où les décisions ne sont pas nécessairement prises par la collectivité, mais plutôt par des groupes de travail, par un conseil d’administration efficace et transparent, et des comités exécutifs autonomes et décentralisés. Beaucoup d’aspirants écovillageois, ceux-ci ne veulent pas avoir à se soucier du poids de la responsabilité que la prise de décisions comporte généralement ne veulent donc pas être contraints à assister à de multiples réunions, parfois longues et fastidieuses et font donc confiance aux comités décisionnels et aux groupes de travail.

Il est donc très important de comprendre que le terme “communauté intentionnelle” ou “écovillage” n’appartient pas seulement à ceux qui veulent une gouvernance consensuelle ou horizontale.

 

Indices pour se faire une opinion lucide sur la question
Je crois, pour ma part, qu’il est important, avant de commencer à comparer les projets entre eux, d’accepter chaque projet comme il est, avec l’ouverture d’esprit, le respect pour l’orientation et les défis rencontrés propres à chaque fondateur. Avant de se faire une opinion sur la question, je tiens à souligner que plusieurs facteurs peuvent influencer votre opinion sur un tel projet.

1. L’illusion via Internet

Il est fréquent d’entendre chez les personnes s’intéressant aux diverses formes de communautés, que ceux-ci vont faire la tournée des écovillages au Québec. Malheureusement, cette nouvelle forme d’écotourisme prometteuse s’avère un rapide tour d’horizon du peu de projets réels ayant une capacité d’accueil pour de l’écotourisme en ce moment.

Et souvent, plusieurs écovillages n’existent… que sur l’Internet. Parfois, ces écotouristes sont induits en erreur par des sites tels que le Globlal Écovillage Network (GEN) puisque n’importe qui peut, à partir d’un simple courriel gratuit, s’inscrire sur de tels sites sans que personne ne valide réellement leur inscription par une visite sur le terrain.

2. La réalité selon les médias

On pouvait lire en 2008 dans un numéro spécial du magasine Ulysse (une division du Courrier Internationnale) intitulé l’Atlas de l’écotourisme qu’il existait une dizaine d’écovillages au Québec. Ces mêmes propos, repris par d’autres médias laissaient flotter une certaine aura de réussite et de fait accompli autour du phénomène actuel des écovillages au Québec. Ce magasine comme la plupart des médias n’avaient pas validé les informations par une visite sur le terrain. Parfois, les journalistes ou les recherchistes, prenaient un simple contact téléphonique ou un courriel de la part des fondateurs, pour une vérité. Il faut donc faire preuve de discernement concernant les informations que les gens prétendent sur leurs projets et sur les médias, car parfois la vérité qu’ils veulent bien laisser transparaître est loin de se refléter dans la réalité.

3. L’illusion d’un court séjour

Une fois arrivé sur le site, la distance entre la réalité et la fiction semble se rétrécir quelque peu et les désillusions de nos nouveaux voyageurs de se faire subtilement ressentir. Non, l’utopie n’existe pas… pas encore! Elle se construit chaque jour, tout doucement…Certains voyageurs croyant arriver dans une communauté égalitaire consensuelle, horizontale arrivent parfois dans un écovillage orchestré par un petit groupe aussi appelé “coregroup” ou encore arrivent dans une forme de communauté où les fondateurs sont en fait indélogeables par le même processus démocratique que ceux-ci clamaient haut et fort sur leur site internet. Un écovillage cachait en fait une communauté spirituelle déguisée voire même parfois une secte.

Il faut bien comprendre que dans tout projet d’écovillage, il y a des humains… Et qui dit humain, dit humainerie. Dans tout groupe, il y aura toujours des leaders charismatiques, des gens qui n’ont pas d’opinion personnelle sur une question donnée, des gens mécontents, d’autres que ça ne dérange pas, tandis que d’autres vont suivre en grognant préférant dénigrer en coin que d’affronter l’opinion publique…

C’est le propre de l’humain, et c’est loin d’être différent dans les projets du type village écologique! Il faut donc se méfier des courts séjours et répéter l’expérience plusieurs fois afin de bien valider les premières impressions vécues.

4. Les lunettes roses des nouveaux spécialistes

Depuis quelque temps, le concept étant à la mode et dans l’air du temps, certaines personnes annoncent la tenue de conférences grand public sur la question des écovillages. On voit même l’émergence de nouveaux spécialistes de la question apportant devant le public, leur interprétation personnelle de ce qu’est, ou n’est pas, un écovillage après avoir effectué une courte visite de quelques jours dans un écolieu. Ces nouveaux spécialistes, prétendent connaître les projets visités, assez pour s’en faire les ambassadeurs. Encore une fois, la prudence et la lucidité sont de mise sur la teneur de ces propos et la véracité de leurs dires afin de bien faire preuve de discernement.

Il est aussi très important de bien comprendre la motivation qui anime ces nouveaux conférenciers. Certaines personnes semblent vouloir tirer leur épingle du jeu de la situation, ce qui est naturel dans un créneau à la mode comme celui-ci. Mais de vouloir parler d’un sujet aussi complexe que la création d’un écovillage ne peut se faire après avoir lu quelques livres sur la question ou d’avoir passer quelques jours sur le site de différents projets.

5. L’engouement atteint le milieu universitaire

Depuis peu, l’engouement pour les écovillages s’est aussi transmis dans le milieu de la recherche universitaire dans des domaines aussi variés que la sociologie, l’anthropologie, l’architecture ou les sciences naturelles. Cet engouement positif apporte son lot de chercheurs et d’étudiants qui veulent faire leurs travaux et sujets d’étude sur la question, mais n’ont pas toujours les moyens financiers pour se déplacer sur le terrain pour couvrir les projets situés aux quatre coins du Québec.

À défaut d’avoir un budget de déplacement, certains chercheurs font une sorte de “couper-coller” des travaux précédents, sans contre-vérifier l’information par une visite à jour sur le terrain. Il faut donc prendre encore là bien soin de bien vérifier les sources et la bibliographie de ces chercheurs.

Mais il est aussi très important de reconnaître le travail vital et rigoureux de certains chercheurs qui font avancer la cause des écovillages. Sans recherche, il n’y a pas de développement ni d’innovation!

Même si un budget venait à prévoir un déplacement sur le site, lorsque nous parlons d’un projet de vie tel que la création d’une microsociété écologique, il est très difficile d’arriver à tirer des conclusions… tout au plus, certain de ces nouveaux spécialistes sont-ils habilités à dresser un portrait subjectif sur un très court laps de temps; une sorte de polaroïd éphémère que les écovillageois et les fondateurs ont bien voulu leur montrer.

La réalité est généralement toute autre, car ces projets sont en constante évolution et certains porteurs de projet ont tendance à mettre des lunettes roses pour favoriser leur développement, ce qui est compréhensible d’une certaine façon, mais embellit néanmoins la réalité.

6. Les mouvements et les réseaux écovillageois

Afin de démystifier le concept d’écovillage, de partager les solutions et les défis propres aux fondateurs d’écocommunauté, nous avons, Carole Ricard et moi-même, réalisé jusqu’à présent les trois Rencontres des Écofondateurs au Domaine écologique du Mont Radar. Ces trois rencontres ont donné la possibilité aux principaux porteurs de projets de se réunir pour discuter des questions relatives à la création d’un village écologique. À la lueur des témoignages et des rencontres, nous nous sommes rendus compte de l’ampleur des défis que les artisans de ce mode de vie avaient à surmonter pour arriver à quelque chose de tangible.

Certains avaient des problèmes infrastructurels et financiers de base (construction de routes, de bâtiments, d’énergies) d’autres des problèmes humains (psychologiques, résolutions de conflits), d’autres avec le zonage et les règlements municipaux ou des problèmes environnementaux (impossibilité de mettre en application des principes écologiques de base).

Nous nous sommes rendus compte que peu de fondateurs avaient les moyens de leurs ambitions et qu’il fallait revoir à la baisse nos objectifs à atteindre pour les prochaines années. Force était aussi de constater que plusieurs projets se passaient actuellement autour d’une table ou sur Internet. Les projets modernes au Québec seraient plutôt rendus au stade de communiquer leurs projets efficacement et à s’organiser afin de trouver des participants et les moyens financiers pour y arriver.

Au Québec en 2009, il y a encore très peu de projets fonctionnels pouvant être visités. Ils sont pour la plupart en démarrage donc faits pour des pionniers. Nos fondateurs mettent-ils la barre trop haut et sous-estiment-t-ils la somme d’énergie et d’argent à consacrer à la réalisation de ce type de projet? Un milieu ayant quatre saisons comme le notre, des législations aussi complexes qui ne favorisent pas l’éclosion de projet communautaire du genre et un passé riche en sectes et en communes qui a laissé un préjugé défavorable dans l’esprit de nos contemporains sur les projets apparentés… voilà bien des défis à relever pour les écovillageois du 21è siècle!

Si vous êtes un projet existant ou en démarrage et que vous aimeriez participer à la quatrième édition de la Rencontre des Écofondateurs qui aura lieu au début 2010, nous recueillons actuellement les inscriptions pour la prochaine rencontre (info@laplumedefeu.com).

7. Finalement, la rencontre avec les porteurs de projets

Les initiateurs de ces projets sont souvent des entrepreneurs dans l’âme et des visionnaires lucides sur la situation écologique de notre planète. Parfois, il arrive que certains initiateurs de ce type de projet soient trop idéalistes et que le projet n’arrive jamais à décoller faute d’enracinement et d’une bonne base en entrepreneuriat. Il est certes important de parler… mais il est surtout important d’agir! Un écovillage est plus facile à dire qu’à faire, surtout lorsqu’il y a très peu de référents québécois sur lesquels s’appuyer pour partir du bon pied. Une rapide discussion avec les porteurs de projet donne généralement une bonne idée de l’état d’avancement et de lucidité de ceux-ci sur les étapes de réalisation et les échéanciers propres à leurs projets. Mais rien ne remplace une visite sur le terrain afin d’évaluer par soi-même l’état d’avancement du projet.
Mais l’important…
L’important est ce que chacun des pionniers a réussi à réaliser et qui existe dans la réalité. Car c’est par la réalisation que l’on ouvre le chemin. Et c’est à force d’ouvrir les chemins possibles, à force de détours et d’échecs, de victoires et d’accomplissements, que les pionniers que nous sommes vont trouver la route accessible au plus grand nombre.

Est-ce qu’un promoteur immobilier qui met de l’avant un projet qui s’inscrit dans une logique écovillageoise, peux utiliser ce terme sans se faire jeter des cailloux au dépanneur par le premier puriste venu? Lorsqu’un projet est destiné à des gens fortunés, est-ce nécessaire que celui-ci soit décrié haut et fort par des projets moins bien financés? Le milieu des écovillages est un petit cercle, une famille. Cette famille a-t-elle vraiment besoin que des querelles intestines ou des égos bléssés viennent ternir son essence première, qui est celle de l’union pour un monde meilleur?

En guise de conclusion…
Ce texte est un appel à la solidarité, à la collaboration et surtout à la compréhension entre tous les acteurs de ce domaine ainsi qu’un appel à tous les lecteurs intéressés à supporter ces initiatives, afin de réaliser ensemble le Québec écologique de demain!

Chaque agglomération humaine au monde est différente, mais comporte certaines similitudes et des défis propres à la réalité dans laquelle celle-ci s’inscrit, à son coin de pays et à celle de ses fondateurs… Et c’est probablement mieux ainsi, donnant une multitude de possibilités pour trouver des solutions novatrices pour sauver notre planète à l’agonie.

La vérité n’est pas unique et chaque projet est un microlaboratoire qui lui est propre!

Et si vous n’êtes pas d’accord avec le projet que vous avez visité, de grâce, ne discréditez pas ses initiatives, car ceux-ci tentent, contre vents et marées de trouver des solutions à leurs très nombreux défis, et n’ont pas besoin de votre opinion négative pour avancer. Celle-ci cause parfois beaucoup de tort à l’image même des écovillages du 21e siècle.

Je crois aussi qu’il serait pertinent de réviser nos critères de jugement vis-à-vis des fondateurs, car ceux-ci avancent dans un milieu en émergence où les modèles existants ne sont pas nombreux. Les fondateurs ont besoin de votre encouragement et de votre soutien. Car leurs expérimentations d’aujourd’hui serviront à l’ensemble de la collectivité de demain.

Il est donc important de soutenir chacune des initiatives qui vous entourent, qu’importent sa forme, sa structure, ses essais et ses erreurs, ses bons coups et ses échecs, car chaque projet a, à la base, dans ses fondements, de bonnes intentions, et l’important n’est-il pas de continuer à avancer?

Et la question qui tue: «Mais combien de personnes vivent réellement en écovillage au Québec?»

Et bien je vous invite à vous prendre vous aussi un courriel sur Hotmail et à lancer votre écovillage sur Facebook !

Ou… je vous invite à valider par vous même sur le terrain en vous impliquant solidairement avec les pionniers et les fondateurs de ce mouvement par une visite, un coup de main lors d’une corvée ou en leur apportant votre aide précieuse dans les domaines que vous connaissez.

 

Bibliographie :

Ecovillage Living, restoring the Earth and Her People by Hildur Jackson and Karen Svensson, Green Books Ltd, Gaia Trust, 2002

Vivre autrement par Diana Leafe Christian, édition Écosociété

Les bâtisseurs de l’Aube

Revue Aube 2001 à 2009, numéros et auteurs variés, Les éditions de La Plume de Feu

A propos Philippe Laramée

Éditeur de Aube

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