Alerte climatique!

par Julie Francoeur

Plus de trois mille personnes étaient présentes à la grande Conférence sur les changements climatiques donnée par Hubert Reeves et David Suzuki, le 26 octobre dernier à Montréal. L’effervescence était palpable et enivrante!

Présentée par Équiterre, en partenariat avec l’UQÀM et les Éditions du Boréal, cette conférence était l’événement de clôture de la tournée « Alerte climatique » panquébécoise d’Équiterre.

On le sait – et si on ne le sait pas, c’est qu’on vit la tête dans le sable – la planète connaît un terrible mauvais quart de siècle en ce moment… Que David Suzuki et Hubert Reeves s’associent le temps d’une conférence n’a rien de surprenant, car le message doit se dire plus fort et plus haut, pour ne pas dire plus hurlant!

Depuis quelques décennies, la notion de nature a changé. L’humanité s’est rendu compte que les ressources de la Terre ne sont pas infinies et qu’elles ont des limites. Hubert Reeves en a donné quelques exemples, dont celui du pétrole. Selon lui, on a déjà utilisé la moitié du pétrole disponible sur la Terre et, dans quelques décennies seulement, il sera entièrement épuisé. De même qu’il ne reste que la moitié de la forêt depuis que l’autre a été rasée… et dans ce cas la moitié qui reste est en grande difficulté à l’heure actuelle!

« La nature est fragile et menacée », a proclamé M. Reeves. Et malgré la connaissance de la situation par les scientifiques et les gouvernements, on continue d’exploiter les ressources comme si elles étaient disponibles indéfiniment. Environ mille espèces vivantes disparaissent à chaque année, c’est un chiffre énorme et il augmente sans cesse. C’est une situation dangereuse, car on sait que toutes les espèces sont reliées entre elles, dont l’Homme, même s’il a tendance à l’oublier…

Hubert Reeves n’a pas été que réaliste (déterminé selon lui, pessimiste selon certains), il a aussi été très optimiste en ce qui concerne la survie de la Vie… « La Vie s’adapte à tout, elle est robuste ». Il y a eu plusieurs cycles dans la Vie sur la Terre en six cent millions d’années! Il y a eu d’autres extinctions massives dans le passé. La planète a déjà perdu jusqu’à 90 % de ses espèces vivantes. Nous en sommes à la sixième présentement. Mais la question que pose Hubert Reeves est celle-ci: « Qu’est-ce qui va arrêter la sixième extinction? » La différence entre les extinctions passées et celle qui sévit actuellement, c’est que celle-ci est le fait de l’Homme et de sa convoitise, de son goût pour le pouvoir et la domination. Ce qui risque d’arriver si l’humanité continue comme elle va maintenant, c’est que l’Homme disparaîtra. N’est-il pas lui aussi un animal? La Vie continuera à croître et à prospérer, même si elle n’est que bactéries!

Ce que déplore cet astrophysicien, c’est la perte de tout ce que l’Homme aura eu et fait de bien. L’art, la culture, la musique. Mais aussi la compassion, car l’Homme s’occupe de cette nature malade, il s’occupe du malheur des autres, c’est un protecteur. « Voilà ce que nous devons protéger par-dessus tout », conclut Hubert Reeves.

David Suzuki a, quant à lui, mis l’accent sur la nature humaine. Il se demande comment on peut se sortir de cette « merde ». L’humanité connaît un changement dramatique, mais il ne met pas la faute sur un bouc émissaire quelconque… « Nous sommes des animaux extrêmement destructeurs, dit-il, on ne se soucie pas de ses voisins… »

Il demande à l’auditoire d’imaginer comment était la réalité il y a très longtemps. Les lions, les éléphants, la diversité des couleurs… Comment aurait-on pensé que ce petit animal sans griffes ni dents aurait un jour la suprématie sur toutes les autres races? C’était sans compter sur sa fabuleuse intelligence et sa créativité.

M. Suzuki déplore que les scientifiques nous ont avertis il y a quarante ans des dangers de la surconsommation, de la surproduction, qu’ils savaient, même à l’époque, qu’il y avait un danger, et que malgré tout personne n’ait écouté et agi. Aujourd’hui, on voit mieux ces dangers, mais ce n’est pas encore assez. « Depuis des années, les scientifiques prédisent des catastrophes, il y a quelques mois, certains ont même prédit l’ouragan Katrina« .

Le conférencier donne alors l’exemple de la pizza. Quand on appelle pour commander une pizza, il y a des répercussions sur notre environnement. C’est ce qu’on appelle l’empreinte écologique. Tout d’abord, on se sert du téléphone. Pense-t-on à tout le plastique que cela demande pour fabriquer ces appareils? Les fils, les câbles, l’énergie qu’on a utilisé pour fabriquer cette technologie et la maintenir? Ensuite, pour faire la pizza… il a fallu plus d’énergie, puis de la matière comme du carton pour la transporter. Cela comprend des arbres, mais également de l’eau, des produits chimiques. Tous les gestes ou les choix de consommation que nous effectuons chaque jour a des répercussions dans le monde entier. David Suzuki veut que nous prenions conscience de cette connexion entre tous les écosystèmes. « Il faut se renseigner, se responsabiliser et agir ».

Cette conférence a peut-être ouvert les yeux de certaines personnes, mais a certainement donné le goût de poursuivre leurs gestes conscients aux 3 400 personnes présentes! En posant des gestes quotidiens, ça peut faire une différence. Commençons et les autres suivront!

Pour terminer, voici une phrase qui a fait rire l’assemblée et qui peut-être, vous inspirera:

« Régler les congestions des autoroutes en construisant plus d’autoroutes, c’est comme régler son obésité en achetant une plus grande ceinture ».

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