Editorial: Introduction au Campement Jeunesse

par Patrick Cadorette

« La solidarité, c’est la force. La solidarité, c’est le progrès, la vie, l’évolution. Et la solidarité est une condition pour que la vie soit. »

Ricardo Flores Magón.

Si les révolutions du passé partaient d’un sentiment d’injustice révélé collectivement, spontanément, parfois violemment, l’actuel mouvement pour une justice globale est parti, lui, d’un modeste élan de solidarité entre les désabusé-e-s du premier monde et les déshérité-e-s du monde d’en bas.

Cet élan, timide, presque gênant, s’est mué en révolution discrète, la confirmation d’une culture politique émergente qui gagne en vitalité. À quoi ressemble ce mouvement en 2005 ? Sa diversité, son ouverture, son inventivité, son panache, son intelligence, sa jeunesse s’affichent aux quatre coins du monde, dans les rues, sur les murs, sur les ondes de la radio pirate, dans les méandres du Web, entre les lignes de cette revue autonome et de milliers d’autres publications similaires.

La jeunesse, c’est bien connu, est à la fois le moteur et la force vive du changement. C’est par la jeunesse que le monde avance et se régénère. Elle n’est pas qu’affaire d’âge ou de raison. Elle est un gage d’énergie créatrice, de dépassement, de folie et d’amour. La garantie de l’imprévisible, du chaos et de l’utopie.

C’est la jeunesse qui chasse la mort et qui jubile dans la vie. C’est par elle que renaît l’espoir et que l’espèce se perpétue.

La tenue du troisième « Campement québécois de la jeunesse » sur le site du futur écovillage du Mont Radar marque un passage pour ce jeune mouvement. C’est le signe d’une lente mais certaine maturation chez une génération politique en formation.

Si le premier campement était l’expression d’un désir commun pour un espace-temps qui nous soit propre, si le second s’affichait à la fois résistant et créatif, cette troisième édition signale l’aspiration de toute une génération à un monde solidaire et durable.

Par la multiplication des espaces autonomes temporaires, nous créerons des ponts, des relais entre nous et entre celles et ceux qui, ailleurs, rêvent les mêmes rêves que nous. Ensemble, la tête haute, nous jetterons à terre les monstres de fureur qui oppriment nos frères et nos sœurs, qui meurtrissent notre Mère et qui piétinent notre propre dignité.

Viendra un temps où nos zones autonomes temporaires se transformeront en confédérations de zones autonomes permanentes, où nos organisations sociales seront égalitaires et viables, où nos rapports avec la politique seront autre chose qu’un théâtre de Guignols et où nos rapports avec la Terre seront autre chose qu’une vaste entreprise de pillage et de démolition.

Nous exporterons la solidarité, nous échangerons la fête, nous consommerons la vie. Nous construirons un monde qui nous ressemble et où nous serons uni-e-s.

Qu’ils nous appellent altermondialistes, anti-trucmachin, utopistes ou petits comiques, nous sommes ce que nous sommes. Nombreux-ses. Déterminé-e-s.

Qu’ils nous raillent dans leurs journaux sordides et dans leurs émissions de télévision chromées. Qu’ils se moquent de nous dans leurs salons capitonnés. Qu’ils continuent à péter dans leurs draps de satin. Leur heure a sonné.

Nous sommes la prochaine génération. Et nous avons le monde entre nos mains.

Au nom de toutes les campeuses et tous les campeurs présent-e-s et à venir, merci aux camarades du Mont Radar pour leur inestimable hospitalité, et merci à Aube pour l’opportunité de propager plus loin la nouvelle sur les mondes autonomes en construction. À plus tard…

Un seul peuple, une seule lutte. Nous sommes partout.

Patrick Cadorette

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