Amour et sexualité, les polarités

par Lydja Salem

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L’amour et la sexualité sont aujourd’hui très souvent dissociés. On pense qu’il est normal d’avoir des relations sexuelles sans amour, et par conséquent on a du mal à savoir si l’on est amoureux. Autrefois, pour parler d’un acte sexuel, il était courant d’utiliser le terme « faire l’Amour », on ne disait pas faire du sexe ou baiser. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’à l’origine, le mot baiser signifie embrasser sur la bouche, sur la main ou ailleurs. D’ailleurs, dans 90 % des cultures du monde, il s’agit d’une marque d’affection ou de respect, ce qui n’est plus le cas dans le sens qu’on lui donne aujourd’hui. Dans l’expression « faire l’amour », il y a une action « faire » liée à un sentiment « l’amour ». Il y a donc un lien très étroit entre l’amour, le sentiment, donc l’invisible, et la sexualité, l’action, donc le visible.

Dans l’univers, il existe un équilibre symbolisé par le yin et le yang ou selon d’autres voies spirituelles et philosophiques, les polarités masculines et féminines. Tout être et tout élément sont constitués de ces deux polarités, mais avec toujours l’une d’entre elles qui est prédominante. On ne parle pas de genre mâle ou de genre femelle, mais bien de polarités, ou, si vous préférez, d’énergie féminine et d’énergie masculine.

Comment en sommes-nous arrivés à dissocier amour, yin (associé au féminin) et sexualité, yang (associé au masculin), alors qu’ils sont si complémentaires ? En effet, par leurs différences, ces énergies s’enrichissent mutuellement et ne sont donc pas opposées.

En fait, dans la spiritualité orientale, on ne connaît pas l’opposition, tout est comme il se doit être, dans un ensemble commun, avec des différences et des complémentarités. C’est ce que symbolise le signe bien connu du Yin et du Yang, où les deux éléments s’unissent sans se mélanger à l’intérieur d’un cercle qui représente le tout et où en chacun d’eux on retrouve une partie de l’autre. Vous remarquerez aussi que ce symbole est dynamique, il semble représenter un mouvement cyclique que l’on pourrait associer à la roue du Dharma, le cycle des vies et donc des « conséquences » de nos choix actuels en terme de vertus, sur nos vies futures.

C’est l’occident qui, par culture et religion, a créé l’opposition, le bien et le mal, le beau et le laid, le féminin et le masculin, et aujourd’hui l’amour et la sexualité, soit l’esprit et le corps. Alors, qu’est-ce qui a amené la dissociation de l’amour et de la sexualité et en même temps la déresponsabilisation entre les êtres ? Une des réponses se trouve dans le fait que nous vivons depuis des siècles dans un monde occidental éminemment masculinisé. Tout ce qui vient de cette polarité a été valorisé jusqu’à penser que l’incarnation de l’humain naît mâle tout en dévalorisant l’humain né femelle, ainsi que tout ce qui est défini comme qualité associée à la femme.

Cette dissociation a aussi créé un déséquilibre au sein de la société où tout le monde cherche sa place par rapport aux autres et à lui-même. Lorsque l’on comprend le lien des polarités entre elles, on comprend alors que c’est une quête de l’une vers l’autre pour retrouver l’équilibre. Ainsi, l’homme et la femme sont en quête d’équilibre et d’approfondissement de leur nature d’être « divin » ; il en est de même pour les homosexuels, étant donné que c’est une quête d’un équilibre de polarités.

La polarité masculine est aussi associée au soleil et le soleil à l’esprit, à l’idée, à l’essence, mais aussi à la lumière et à l’extraversion. En fait, depuis des siècles, on dit que l’homme est naturellement connecté à la source divine, le cosmos. C’est pourquoi on retrouve souvent, entre autres raisons, des prêtres, des guides spirituels ou des avatars de sexe masculin.

Étant en lien avec le Ciel Père, leur rôle est de transmettre le message céleste et les lois universelles. Ils ont très souvent des rôles d’orateurs ou de gardiens des grandes connaissances. Ils communiquent davantage avec la tête, une tête qui doit être équilibrée entre la raison et l’intelligence. Mais ne nous leurrons pas, même si les ondes sont dans l’air, aucun message ne circulera s’il n’y a pas de récepteur, si le corps n’est pas branché et connecté par la conscience. Pour trouver l’équilibre, l’homme devra développer de l’introspection, moins se manifester et être plus à l’écoute de ses émotions et de ses sentiments à travers, entre autres, la méditation.

La polarité féminine, quant à elle, est associée, selon les croyances ou les philosophies, à la Lune, à la nuit, à l’introversion, mais aussi à une matière cosmique qui influence notre Terre. D’ailleurs, la femme est aussi associée à la Terre, elle est la matrice, le lien avec la matière, donc avec la nature minérale, végétale, animale et humaine. C’est pourquoi on retrouve souvent parmi ses représentantes, des femmes humanistes, des oracles, des sorcières ou des guérisseuses, comme celles à l’origine des bons vieux remèdes de grand-mère. Et que dire de toutes ces femmes missionnaires, artistes ou mères qui ont joué un rôle social très important dans tous les pays et qui n’ont pas forcément été médiatisées.

Étant en lien direct avec la Terre-Mère, elles ont la capacité de mieux recevoir et comprendre les messages de la nature. C’est à travers l’intelligence du cœur, quand il y a équilibre des émotions, qu’elles perçoivent la vie et retransmettent leur savoir et leur compréhension. Mais ici, comme dans le cas de l’homme, même si elles sont des récepteurs, il leur faut des ondes à capter et une source d’énergie, un branchement qui se fait lui aussi par la conscience. Le travail vers cette conscience passera pour la femme dans une manifestation, par exemple, à travers les arts ou un travail avec la nature de manière à mettre en action leurs émotions et leurs sentiments.

Bien entendu, rien n’est ni tout blanc, ni tout noir, car en réalité, nous avons tous des capacités liées à la polarité de l’autre sexe. C’est pourquoi il est dit qu’une quête intérieure, avec un éveil de la conscience, peut nous permettre, lorsque nous sommes seuls, de trouver l’éveil ou du moins l’équilibre en nous-mêmes. C’est un chemin ouvert à l’être qui y trouve un sens. D’autres chemins sont aussi à notre disposition pour expérimenter et trouver cette essence de l’autre en nous. L’un d’eux est bien entendu l’amour à travers la sexualité. D’où tout l’intérêt de bien choisir la personne avec qui nous voulons cheminer vers notre centre, notre équilibre.

La polarité est un principe, elle développe en nous des compétences associées à sa nature de « naissance ». Je vais faire une caricature grâce à deux exemples, car bien entendu, les polarités à l’intérieur de chacun d’entre nous ne sont pas si définies. Dans le cas d’une femme dont la polarité masculine sera prédominante, celle-ci se manifestera par une personne attirée par l’action et la représentation. Elle sera par exemple une haute dirigeante d’entreprise (action et représentation), mais étant avant tout de nature féminine, elle aura une approche plus sociale, où les liens relationnels avec ses employés seront importants à ses yeux, et elle sera aussi plus sensible à la qualité de l’environnement de travail. Dans le cas d’un homme qui a une polarité féminine prédominante, il sera plus impliqué dans des carrières touchant davantage aux aspects environnementaux ou aux relations entre les humains, mais étant de nature masculine, il sera très facile pour lui d’être au-devant de la scène et d’être un grand conférencier par exemple.

Ces exemples ne sont bien entendu pas systématiques et servent juste à imager le principe, ainsi qu’à bien vous expliquer qu’il ne s’agit pas de se transformer en l’autre sexe, mais plutôt de développer les qualités associées à l’autre polarité. C’est un peu s’approprier une chanson : les mêmes paroles, la même musique, mais pas la même interprétation. Pour en savoir plus sur ces polarités, je vous invite à faire vos propres recherches. Plusieurs livres et textes ont déjà été écrits sur le sujet à travers les âges, par exemple les polarités vues par la Grèce antique, dans les textes tantriques ou encore dans la médecine chinoise.

Il est important de bien prendre en compte ce lien entre les polarités, car c’est ainsi que l’on comprend l’importance de la relation entre l’amour et la sexualité.

Bien qu’il ne soit pas évident de mettre en surface les qualités d’un être humain en fonction des polarités, il est cependant plus aisé, sexuellement, de comprendre le rôle de chacun, ou plutôt, la quête de chacun d’entre nous. Durant un acte sexuel, il se peut que l’homme soit plus passif et la femme plus active, donc dans une qualité associée à la polarité de l’autre sexe. Lors du coït, en revanche, le corps, lui, ne peut se modifier dans sa nature première, soit la polarité féminine pour la femme et masculine pour l’homme. Dans un rapport entre homosexuels aussi, il y a un moment où l’une des deux personnes prend la nature complémentaire à l’autre.

Ainsi, lorsque l’homme a besoin de se connecter à sa nature féminine, c’est-à-dire d’incarner une pensée, de créer dans la matière ou encore de matérialiser un sentiment (et trop souvent un ressentiment), il recherche la femme qui devient alors le réceptacle, le lieu limité d’un monde illimité qui, de par sa nature, peut transcender (la matrice) ce qu’elle touche et ce qu’elle reçoit. Un échange équilibré voudrait qu’en contrepartie, ou pour équilibrer l’énergie ainsi donnée par l’homme, la femme puisse, de son côté, se connecter au divin en lui, c’est-à-dire au monde désincarné, aux verbes (la parole), aux sentiments, au cœur, à l’amour. Comment ? À travers le baiser, la tendresse et l’amour perçu et reçu.

Pourquoi le baiser ? Les Romains et les Égyptiens qui étaient très en lien avec les lois cosmiques et le divin des choses et des êtres, considéraient la bouche comme le vestibule de l’âme. C’est par là que l’âme s’exprimait à travers les mots ou encore quittait le corps lors du décès ; il fallait donc laisser la bouche ouverte afin que l’âme puisse quitter la matière corporelle. Vous remarquerez encore une fois le lien étroit entre cette âme qui se trouve chez tout être humain le lien au Divin (polarité masculine) et le corps lié au Terrien (polarité féminine). Sans l’un, nous ne pourrions nous manifester sur cette Terre, sans l’autre, nous ne pourrions nous connecter au ciel.

Il est intéressant de voir que souvent, lors d’un acte sexuel sans amour, l’homme et la femme ont du mal à s’embrasser malgré le coït. Je crois que la majorité d’entre nous perçoit les sentiments liés aux baisers et, par conséquent, souhaite, consciemment ou inconsciemment, garder cet acte pour l’être aimé. Il faut d’ailleurs ressentir une forte intimité et complicité avec une personne pour la laisser s’approcher de notre visage.

Je tiens à préciser que la connexion de type masculin au ciel n’est pas meilleure que celle de type féminin à la Terre. Encore une fois, elles ont chacune leur rôle, et dans ce rôle, elles se complètent. Selon la pensée de l’Égypte ancienne, la Terre est le miroir du ciel, elle manifeste dans le visible les lois cosmiques invisibles. Il en est ainsi pour l’homme et la femme qui sont aussi le miroir l’un de l’autre, nos outils de connexion et d’expérimentation étant simplement différents. L’incarnation sur Terre n’est qu’un passage pour expérimenter une partie de l’Être qui, dans son cycle, passera à plusieurs reprises à travers une phase expérimentale dans l’immatériel, avant de revenir approfondir d’autres facettes de son âme à nouveau dans la matière.

Hélas, la plupart des hommes n’en sont pas conscients et essaient de se matérialiser à travers l’objet et la représentativité, pour finir parfois par s’isoler ou manipuler l’autre. Et la femme de son côté, se désincarne à travers des relations néfastes, sans véritables liens ou apports sentimentaux de qualité, et se transforme même parfois en objet. C’est une manière de faire qui peut être dangereuse pour l’Âme qui, à la longue et à travers les expériences, peut même finir par oublier son lien divin en se refermant sous la carapace de l’ego et du corps. Elle peut même oublier le lien divin des personnes qui l’entourent et le respect envers tous les êtres humains, en commençant par ses proches.

C’est pourquoi aucun acte non respectueux de soi et de l’autre ne devrait être commis, car c’est seulement en faisant l’amour, donc en unissant l’acte physique au sentiment, que l’échange et la complémentarité peuvent se faire. « Je t’aime, donc je te permets de te connecter à mes sentiments et à mon âme ; à mon tour, je vais, à travers toi, matérialiser cet amour que tu vas pouvoir recevoir et couver, et je respecterai ce sentiment d’amour que tu me manifestes en acceptant de me recevoir ». Voilà le genre d’échange qui pourrait être partagé.

De cet acte où les polarités se rencontrent et se complètent naît une énergie que certains maîtres tantriques appellent l’enfant d’or. Ce n’est bien entendu pas un enfant de chair, mais le cumul d’énergies divines créées par les polarités féminine et masculine lors de l’acte amoureux. Une énergie puissante et régénératrice, une énergie liée à la fois au Ciel et à la Terre.

Vous comprendrez alors pourquoi souvent lors d’une relation de type « one night », c’est la fille qui s’accroche plus facilement à l’homme, car trop souvent l’homme n’a pas rempli sa part. Il s’est déchargé, relié à la Terre Mère, mais il ne lui a rien offert et ne lui a pas permis de se relier ou de se connecter au Ciel Père. Alors un manque survient, ainsi qu’un sentiment d’inégalité et d’injustice à rééquilibrer.

Ce chemin d’amour s’apprend. Plus on fréquente et aime une personne, plus on ouvre un potentiel de transfert d’énergie qui équilibre les deux êtres. En ne respectant pas ses lois universelles, les actes sexuels sans amour vont uniquement permettre aux hommes de se décharger de leurs émotions du moment et à la femme de ressentir un cours instant de l’intérêt fortuit. Les deux êtres se retrouvent à nouveau seuls et retournent encore et encore à leur quête de l’hôte idéal. Les deux finissent perdants, toujours à la recherche de plus d’exaltation et de passion, car nullement nourris spirituellement. Cette nourriture qui aurait permis d’équilibrer le mental aux sentiments.

Quand on arrive enfin à faire l’équilibre entre notre mental et notre cœur (sentiment), alors la paix du corps et de l’âme est enfin possible et une nouvelle vision du monde s’ouvre à nous.

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