Arbres et forêts dans la cosmogonie universelle

par Marie Guay

Symbolique spirituelle universelle 

Arbres et forêts constituent des symboles sacrés présents dans l’histoire de toutes les civilisations et peuples de la terre. Indispensables à l’évolution culturelle, les images de ces emprunts métaphoriques universels enrichirent profondément la psychée humaine.

Dans les récits bibliques de la Genèse, Dieu dit que les arbres sont avant tout destinés à nourrir le couple humain créé à son image le sixième jour. Ces arbres poussaient aussi dans le jardin d’Eden, où Dieu avait fait apparaître toutes sortes d’espèces variées, agréables à voir et à manger. Adam et Ève y cotoyaient aussi l’arbre de la connaissance du bien et du mal, le seul dont ils ne pouvaient consommer les fruits. Arbre tabou dont se servit Satan, sous forme de serpent flatteur et sournois, abusant de la curiosité innée de la première femme du monde, qu’il fit succomber aux fruits interdits. Le châtiment du Père fut terrible: bannissement éternel pour les êtres humains par le travail, la pudeur, la souffrance et la mort.

L’arbre de vie est au coeur de la culture Essenienne car il représente le contact avec les forces angéliques invisibles, source d’énergie et de pouvoir, soutenant la vie de l’homme. Ce peuple vécut de 300 ans av. J.-C. à 100 ans ap. J.-C., principalement en Palestine et en Egypte. D’après d’anciens manuscrits trouvés dans les archives du Vatican, Jésus aurait été un maître Essenien. Ces peuples végétariens, très respectueux de la nature maîtrisaient l’agriculture et l’arboriculture, ce qui leur permettait de subvenir à leurs besoins avec un minimum d’efforts. Ils consommaient leurs aliments principalement crus et pratiquaient le jeûne pour se guérir et se purifier.

Les sept racines de l’arbre de vie représentent les forces terrestres: l’ange de la joie, de la vie, de la terre, de l’air, de l’eau, du soleil et la terre-mère nourricière, et ses sept branches représentent les forces cosmiques: l’ange de la paix, de la force, de l’amour, de la sagesse, de la vie éternelle, du travail créatif et le père céleste. Un homme est assis au centre de l’arbre en position de méditation, entouré d’un champ magnétique, la moitié supérieure de son corps étant liée aux forces célestes, l’autre aux forces de la terre.

Les premières coupes massives dateraient de 2700 ans av. J.-C. en Mésopotamie. Le récit mythique intitulé  » l’épopée de Gilgamesh » raconte que le roi de Babylone fut un tyran sanguinaire qui voulait conquérir toute la terre. Il commenca à abattre des forêts entières de cèdres pour construire et développer sa grande cité, la première à être définie par des murailles, nommée Uruk, et qui devint plus tard Babylone. Cet événement sépara l’histoire de la préhistoire, la culture de la nature et la forêt de l’homme. Tout puissant qu’il fut, Gilgamesh s’ennuyait et décida de partir à la recherche du sens de la vie et en même temps d’agrandir son territoire en supprimant Humbaba, le gardien de la forêt.

Durant la période pré-hellénique, autour de 2500 av. J.-C., on pratiquait assidûment des rites d’adoration des arbres destinés à faire tomber la pluie fécondante et à favoriser la croissance des plantes par des chants, invocations et danses extatiques souvent adressés à Dionysos, fils de Zeus, célébré en tant que Dendrite ou dieu tutélaire des arbres.

Aux Indes, l’arbre représente un jalon essentiel dans la voie de la libération de l’âme. Que ce soit Siddharta Gautama, sanctifié sous le figuier sacré de l’éveil ou Sakyamuni, illuminé sous le pommier rose, le Bouddha, ayant renoncé à son individualité souffrante et transitoire, ainsi réunifié avec l’univers entier, devint un avec l’arbre cosmique sous lequel il méditait assidûment. Dans les croyances hindoues, le contact avec l’arbre suffisait à éveiller dans la conscience de celui qui s’en approchait la mémoire endormie de ses existences antérieures. C’est par l’arbre qu’on venait à la vie, par lui que l’on redécouvrait ses origines, par lui aussi que, les ayant retrouvées, l’on parvenait à l’immortalité.

Dans le mythe fondateur des peuples scandinaves, il est question d’ Yggdrasil, l’arbre originel, un frêne immense dont les branches s’étendent au-dessus de tous les mondes, atteignant le ciel. Il a trois racines le maintenant droit; l’une plonge dans le monde supérieur des dieux, la deuxième dans celui des géants (ancêtres des humains) et l’autre rejoint les morts où, étrangement, surgit aussi une source sacrée dispensatrice de fécondité et une autre de sagesse et de connaissance. La légende raconte que l’arbre cosmique, axe du monde et métaphore de l’univers vivant, était menacé par un gigantesque serpent qui rongeait la racine, source de sagesse.

Métaphore issue de l’iconographie kabbalistique juive, l’arbre des Séphirots, fait de trois triangles superposés et de son sommet, illustre les 10 attributs spirituels de Dieu manifestés dans la matière. Cette quête spirituelle s’accomplit par étapes et par degrés, en escaliers, selon le niveau de compréhension du chercheur de vérité. L’aspirant qui parvient à déchiffrer ces énigmes saisit la vraie nature du tout-puissant.

La première forme de divinité adorée par les humains le fut pendant plus de 30 000 ans. On l’appelait la Grande Mère ou la Déesse-Mère. Elle évoquait la forêt et les arbres, source première de toute nourriture et maîtresse de toute végétation. Beaucoup de lieux lui étaient consacrés: grottes, forêts, lacs, sources et montagnes, où les humains se rendaient pour invoquer sa protection ou demander la fertilité pour leur terre ou pour eux-mêmes. Les différentes représentations de la Déesse-Mère ancestrale n’ont fait que changer de nom selon les époques: la célèbre statuette préhistorique de la Fat Lady, Mahadevi (femme de Shiva), Sémiramis (reine de Babylone), Isis en Egypte, Rhéa en grèce, Vénus (déesse de l’amour et de la fertilité), Dioné (mère de Dionysos) devient Artémis (en Grèce plus récente), Diane (déesse romaine de la nature sauvage), Cérès, Déméter et même Marie.

Le culte et la croyance en la Déesse-Mère souveraine ont pris fin avec l’apparition, dans l’arène spirituelle, de la terre des dieux mâles et héros justiciers souverains. On assista alors au début d’une histoire linéaire, trop souvent sanguinaire et destructrice de la nature par la culture, la loi du plus fort devenant la règle universelle. La forêt originelle fut déboisée, les clairières agrandies, et désormais, l’homme tirerait sa nourriture des champs au lieu de simplement la cueillir aux arbres.

Ce sont les colonisateurs chrétiens et leurs descendants qui, partout dans le monde, ont été et sont encore les plus voraces au point de vue énergétique et écologique. On « civilise » au nom du prétendu progrès ou de la science pour mieux dissimuler l’appât du gain et la soif de pouvoir de ceux qui ordonnent d’anéantir les derniers refuges sauvages de la planète pour des motifs futiles et temporaires.

Faudrait-il dorénavant consacrer beaucoup plus d’efforts à l’enseignement des merveilles que renferme la nature sauvage et de l’importance de la conservation des quelques forêts naturelles qu’il nous reste ?

Précieuses et irremplacables, elles constituent le poumon de notre terre-mère ainsi que notre habitat naturel par excellence.

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