Campement mondialiste ?

par Justin Moisan

La mondialisation, dans le contexte contemporain, semble le moteur de beaucoup de réflexions. Peu importe la ligne de pensée, ce sujet est au cœur des débats politiques. Dans l’optique d’une justice égalitaire, non discriminatoire et respectueuse de l’environnement, les alternatives au système capitaliste naissent d’un bout à l’autre de la planète. Plusieurs groupes altermondialistes se sont d’ailleurs formés au cours de la dernière décennie, notamment ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions Financières pour l’Aide aux Citoyens), qui a débuté en France en 1998 et qui compte maintenant un réseau mondial de cellules. Outre ces types d’organismes à but non lucratif, les réactions alternatives ont amené la création d’espaces de réflexion, cependant limités dans un cadre spatiotemporel précis, ayant pour but de trouver des idées et des solutions aux problèmes liés à la mondialisation capitaliste.

C’est dans ce mouvement que s’inscrit le Campement québécois de la jeunesse. Suivant la mouvance des luttes altermondialistes et anticapitalistes, le Campement trouve ses racines dans les divers forums mondiaux, économiques et sociaux. Il faut également noter que cette initiative québécoise fait suite au Campement intercontinental de la jeunesse de Porto Alegre.

Altermondialisme et anticapitalisme
Les origines de la mondialisation sont solidement ancrées dans notre passé. Il est erroné de penser que ce sujet est strictement lié à l’époque actuelle. On connaît tous les desseins des empereurs romains face à la constitution d’un territoire unifié, sur le pourtour de la mer Méditerranée. On se souvient également de l’épopée d’Alexandre le Grand, célèbre Macédonien de la Grèce antique, qui fut l’initiateur d’un tel désir d’unification. Au fil des âges, quelques aspects demeurèrent présents. Tout d’abord, l’idée de mondialisation, palpable dans le temps, fut entreprise de manière surtout autoritaire, par certains groupes ou certains individus, générant ainsi des réactions parfois violentes de la part des opposant-e-s. Les populations étaient donc souvent des otages du pouvoir. On désigne par le terme « altermondialistes » ceux et celles qui se sont opposés aux pouvoirs autoritaires et qui ont proposé, à toutes les époques, diverses alternatives à ce problème. Dans la Rome antique, nous connaissons l’épisode des frères Gracchus qui, au deuxième siècle avant J.-C., luttèrent pour obtenir des réformes agraires afin de fournir de la nourriture à tous les habitants de Rome. De nos jours, la mondialisation est dirigée par le système capitaliste, qui mise d’abord et avant tout sur le capital et non sur les droits humains. La lutte actuelle vise donc à contrer non pas la mondialisation en son sens pur, mais bien la mondialisation capitaliste. L’ouverture entre les cultures est sans aucun doute avantageuse. Cependant, le respect mutuel entre les peuples et envers la nature doit être une prémisse avant toute relation. L’altermondialisme actuel est donc également, pour plusieurs personnes, anticapitaliste et vise à trouver des solutions à ce problème. C’est donc dans cette optique que différents espaces de réflexion furent mis en place un peu partout sur la planète.

Forums mondiaux économiques et sociaux
Les espaces de discussion sur la mondialisation sont maintenant nombreux, tant du côté capitaliste que du côté anticapitaliste. L’un des premiers espaces fut le Forum économique mondial qui a lieu tous les ans à Davos, en Suisse, depuis 1971. C’est suite à une première rencontre en 1970 entre les grandEs économistes, riches propriétaires et dirigeants, que ce forum de discussion sur l’avenir économique mondial fut créé1. Il est clair que ce cercle était et demeure toujours un espace fermé et réservé à une élite qui possède les moyens économiques lui permettant de tenir les populations sous son joug. Aujourd’hui, il en coûte 40 000 $ pour participer à ce Forum, ce qui représente plus que le revenu moyen d’un citoyen canadien2. Cet espace est donc réservé strictement aux gens riches. La réponse à cette initiative capitaliste tarda à arriver, mais trente ans plus tard, un forum social fut créé par la mise en commun d’idées et d’efforts de plusieurs groupes sociaux. C’est à Porto Alegre, en 2001, que s’est tenu le premier Forum social mondial (FSM). Ce forum se veut non confessionnel, non gouvernemental et non partisan. C’est un espace d’articulation décentralisé et réseauté entre les groupes engagés, qui vise à trouver des alternatives à la mondialisation néolibérale et capitaliste3. Depuis, ce type de forum s’étend tranquillement un peu partout sur le globe terrestre. La plupart ne sont encore que des projets, comme à Bamako en Afrique, mais certains ont déjà eu lieu, notamment en Estrie (au Québec) et en Europe. Cependant, on trouve facilement des limites à ce concept. Il est évidemment très intéressant de réfléchir et de trouver des solutions aux grands problèmes, mais l’accent sur la mise en pratique de toutes ces bonnes idées est plutôt minime, ce qui limite la portée de tels forums.

Campements de la jeunesse
La réflexion sur les alternatives à la mondialisation a donc suscité la création d’espaces réservés à la mise en commun des expériences vécues par divers individus provenant de toutes les parties de la planète, afin de trouver des solutions aux problèmes liés au capitalisme. Le Forum social mondial est un exemple majeur de cette nouveauté. Cependant, certains individus ont considéré que ces lieux de discussion demeuraient trop élitistes, en plus de considérer la mise en pratique des alternatives trop limitée. C’est dans cette perspective que fut créé le Campement international de la jeunesse (CIJ)4, parallèlement au FSM. C’est donc à Porto Alegre que s’est tenu en 2001 le premier CIJ, comme ce fut le cas pour le FSM. Le campement se définit plutôt comme lieu de convergence des acteurs et actrices de changements sociaux. C’est en mettant en pratique certains principes tels l’autogestion participative, la responsabilisation, la non-discrimination et la solidarité, que le campement trouve ses fondements. Un des principaux objectifs du CIJ est la création d’un réseau de solidarité global. En 2003, quelques Québécois-es se sont retrouvé-e-s à ce campement et ont pris l’initiative de recréer un Campement de la jeunesse au Québec. Donc, depuis l’été 2003, les jeunes et les plus âgés, mais jeunes dans leurs idéaux, se mobilisent chaque année afin de recréer le Campement québécois de la jeunesse5.

Ainsi, le mouvement altermondialiste et anticapitaliste est de plus en plus présent dans le monde. Par le biais de la création des divers espaces de réflexion, on peut certainement percevoir que, partout sur la planète, la résistance face aux politiques capitalistes se fait de plus en plus forte. On penche de plus en plus vers les alternatives à apporter sur les bases d’une structure, c’est-à-dire le capitalisme, qui est de plus en plus critiqué. La création d’un réseau de solidarité globale semble donc un moyen très pertinent de créer des liens qui permettront à nos voix de mieux se faire entendre.

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