Chronique du Ti-Tamis: L’herboristerie traditionnelle

par Sarah Maria

Waouw les fleurs s`ouvrent et les bourgeons laissent tranquillement place aux feuilles, on sent la terre devenir amoureuse et le soleil plus charmeur… les plantes médicinales commencent leur voyage vers leur plein épanouissement. Ce mois-ci, prenons une pause de recettes herbales pour parler de quelque chose qui me tient beaucoup à cœur : la situation actuelle de l’herboristerie traditionnelle.

Les herboristes sont là depuis que les plantes existent, et à travers le temps nous avons vécu différentes phases de reconnaissance ou de non-reconnaissance. Nous avons été honoréEs comme pourchassÉes et brûlÉes. Puis on a peu a peu oublié ou nié les plantes médicinales et leurs vertus, tout comme on a oublié les personnes qui les utilisaient. Depuis quelques années, les gens se préoccupent de plus en plus de leur santé et de celle de la Terre, et l’herboristerie traditionnelle connaît un regain. Toutes les pharmacies vendent maintenant des capsules de ginkgo, de millepertuis, d’ail…même si je doute fortement de la qualité de ces herbes et des extraits pharmaceutiques de plantes, il reste que M. et Mme toutlemonde peuvent se les procurer et entendre le nom de ces plantes pour la première fois. Plusieurs recherches scientifiques ont validé et quantifié ce que les herboristes savaient depuis la nuit des temps. La connaissance ancestrale qui se transmettait de génération en génération est maintenant reconnue par une partie du corps médical et est accessible facilement dans plusieurs livres de qualité.

Autrefois, puisque les plantes n’étaient pas prises au sérieux, il n’y avait pas de réglementation encadrant l’herboristerie traditionnelle. Nous pouvions vendre nos produits et nos herbes dans les boutiques sans avoir besoin d’obtenir une licence, sans qu’ils soient vérifiés, etc. Depuis 1996, les choses ont changé. Les herboristeries ont reçu en 1996 un avis de Santé Canada leur demandant d’obtenir une licence pour l’année d’après, chose bien sûr impossible ! Évidemment, les herboristes ont réagi, pétition, manifestation, actions à travers le Canada. Un moratoire fut alors décrété. Depuis ce temps, des représentantes de la Guilde ont travaillé très fort, je dois le dire, avec la direction des Produits de Santé Naturels pour représenter la situation de l’herboristerie traditionnelle et rendre cette loi un peu plus réaliste pour nous. En ce moment la loi est telle que nous ne pouvons plus fabriquer, emballer, distribuer nos produits sans obtenir de licence pour chacun de nos produits, ce qui implique des recherches administratives, des analyses, beaucoup de paperasse et surtout, des coûts. Nous devons démontrer que le produit est efficace et sans danger.

Cette loi va évidemment permettre aux consommateurs d’avoir plus confiance aux produits d’herboristerie, dans ce monde où tout doit être prouvé de façon rationnelle. Personnellement, je crois en la consommation responsable, sans avoir besoin de tierce partie pour approuver ou désapprouver un produit. Par contre, la plupart des herboristeries traditionnelles ne pourront pas s’y conformer, vu les coûts impliqués ou ne voudront pas, vu les paperasses compliquées. Et en bout de ligne, les produits coûteront plus chers car ça sera au client de payer la note.

Bon. Je vois du positif quand même, dans la mesure où ça va permettre à l’herboristerie de se faire connaître, d’être valorisée par le côté Yang, carré, scientifique, valeurs valorisées dans notre société actuelle quoi, donc d’être plus accessible pour la population en général. C’est probablement une adaptation nécessaire.

Est-ce que l’herboristerie traditionnelle, est-ce que la sorcière du fond des bois sont vouées à disparaître ? Non, elle est de plus en plus vivante. À nous de la faire connaître et de la faire évoluer, tout en la gardant bien enracinée dans l’humus de nos belles forêts. Il existe une association d’herboristes appelé La Guilde des herboristes, dont je fais fièrement partie, qui regroupe les amoureuses et les amoureux des plantes, qu’ils les utilisent simplement dans leur vie ou qu’ils soient fabricants, détaillants ou thérapeutes. Nous avons comme mission de propager l’herboristerie traditionnelle et de la rendre accessible.

Je vous invite à aller voir notre site au www.guildedesherboristes.org et à devenir membre si vous vous sentez proche des ces merveilleuses alliées. Plus nous serons nombreusEs, plus notre voix sera forte et puissante comme le grondement de la terre et douce et mélodieuse comme le chant du ruisseau. C’est un appel que je vous lance, amoureux et amoureuses des plantes, où et qui que vous soyez ! Unissons-nous pour préserver la vie et le droit à nos pratiques ancestrales.

Nous organisons le 29 mai prochain la journée de la plante médicinale. Cette année nous célébrons le pissenlit. Participez, soyez créatives et créatifs ! Dans chaque région, des représentantEs organiseront des activités. Consultez notre site pour avoir des idées et les contacts des représentantEs en région. À bientôt !

Pour commentaires sur la chronique ou pour connaître Les Produits de fée, herboristerie artisanale, écrivez-moi !
Références: 

Comité action politique : www.guildedesherboristes.org/forum
Comité relations publiques (comment propager l’herboristerie!) : pr@guildedesherboristes.org
Direction des Produits de Santé Naturels : www.hc-sc.gc.ca/hpfb-dgpsa/nhpd-dpsn/index_f.html
Table filière sur les plantes médicinales biologiques : www.plantesmedicinales.qc.ca

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