Chronique du Ti-Tamis: Spécial adaptogènes 

par Sarah Maria

Depuis les débuts de la revue Aube, la Chronique du Ti-Tamis s’est efforcée de parler le plus souvent des plantes accessibles à tous et toutes dans la nature. Aube évolue et grandit, et l’auteure des chroniques aussi… tout en gardant en tête une idée d’autonomie face à l’économie de marché, j’ouvre maintenant les portes aux plantes de toute la planète, lorsqu’elles me demanderont de vous être présentées. Je reste tout de même adepte de l’idée que ce qui pousse dans notre environnement proche convient mieux à notre corps, mais la Terre nous offre tant de médecines extraordinaires, adaptées à ce que traverse l’humanité présentement… qu’il serait têtu de ne choisir que celles de chez nous ! Le tout, c’est de faire ses propres expériences avec les plantes, puisqu’elles travaillent différemment avec chacun-e de nous.

Les adaptogènes
Il existe une catégorie de plantes encore méconnue du public, des plantes qui peuvent changer le cours d’une vie. Ce seront elles nos alliées en ces temps de grands changements, pour rester centré-e-s et ne pas perdre pied : les adaptogènes. Le terme « adaptogène » a été inventé dans les années 50 par un Russe, Lazarev. Mais en fait, les Chinois connaissaient les plantes adaptogènes depuis longtemps, qu’ils décrivaient comme toniques supérieurs. Que veut dire le terme « adaptogène » ? En gros résumé, ce sont des plantes qui aident le corps à s’adapter aux différents stress environnementaux, psychologiques et physiques. En plus précis, ces plantes agissent sur différents systèmes, n’ont pas d’actions trop spécifiques sur le corps. Elles augmentent la force vitale et protègent le corps. Elles ne présentent pas d’effets secondaires. Elles équilibrent l’émotionnel et le psychique, et aident au centrage. Elles ont bon goût et peuvent la plupart du temps s’utiliser en cuisine. Elles sont toniques pour le corps et amènent à une santé optimale. Scientifiquement parlant, elles soutiennent les surrénales, augmentent l’énergie et la régénération de nos cellules, aident à nous débarrasser de nos déchets métaboliques, amènent l’oxygène dans nos cellules, et aident à maintenir l’homéostasie.

Les phases de réaction face au stress
Selon le physiologiste Hans Seyle, il y aurait trois phases de réaction face au stress : la phase d’alarme, la phase de résistance et la phase d’épuisement.

La phase d’alarme, c’est notre première réaction, quand notre corps nous alerte que quelque chose ne va pas. Il active la sécrétion d’hormones de survie comme l’épinéphrine et la norépinéphrine. Comme à l’époque où l’on chassait pour survivre. Palpitations, respiration accélérée, troubles digestifs, anxiété, insomnie, système nerveux en alerte, sensation de pouvoir et d’efficacité… (tiens, il y a un breuvage utilisé mondialement qui cause ça aussi…). Si on se repose, la tension s’en va et on ne ressent pas trop les conséquences.

MAIS… ce qui se passe la plupart du temps, c’est qu’on continue dans ce beat de stress: on entre dans la phase de résistance. Alors notre corps s’adapte au stress et on ne ressent plus ces signaux d’alarme aussi intensément, on pense que tout va bien et qu’on est donc « ben toff ». Mais les hormones de stress, elles, continuent d’être sécrétées en petites quantités. Elles dépriment notre système immunitaire, diminuent les fonctions mentales (comme la mémoire, la capacité de faire des liens, etc.), diminuent la force des os, ainsi que notre taux d’énergie. On peut alors se sentir irritable, avoir des maux de tête, des tensions dans notre nuque et notre dos… la plupart d’entre nous constatent alors qu’ils ou elles ont besoin d’un break.

Mais pour ceux et celles qui n’ont pas encore compris la patente, commence alors la phase d’épuisement. Les symptômes de cette phase ressemblent à la phase d’alarme, mais la personne n’a plus les réserves d’énergie nécessaires pour y faire face, après des semaines, mois ou années de non-écoute de son corps. C’est là qu’apparaissent souvent les burn-out et dépressions, les coups de vieux, les maladies dégénératives et auto-immunes. On peut encore à ce stade nier l’état de fatigue avec les stimulants, mais le corps commence à se détraquer.

Ce qu’il faut le plus dans tout ça, c’est bien sûr respirer, bien manger et dormir. Mais les plantes adaptogènes augmentent la résistance aux différentes phases, nous donnent du lousse, diminuent les dommages à l’organisme et nous amènent à nous recentrer et prendre soin de nous. On découvre à chaque année d‘autres plantes dites adaptogènes; certains auteurs et thérapeutes parlent d’adaptogènes primaires, secondaires, tertiaires… il reste beaucoup de recherches à faire pour mieux définir cette nouvelle catégorie de plantes, mais on en sait assez pour commencer à les utiliser de façon consciente ! Je vous parlerai donc dans cette chronique de mes quelques plantes adaptogènes préférées…

L’astragale (astragalus membranaceus)
J’ai souvent parlé de cette plante merveilleuse. Il y a 200 espèces d’astragales à travers le monde, dont certaines indigènes d’ici, mais c’est la membraceus qu’on connaît pour ses vertus. Originaire du nord de la Chine, c’est le ginseng des jeunes. Tonique générale et immunitaire, elle réchauffe l’organisme et l’aide à s’adapter au froid. Parfaite pour l’automne et l’hiver, elle stimule et tonifie les défenses immunitaires en profondeur et prévient les rhumes et les virus. Elle augmente notre énergie vitale et notre yang: elle nous remonte lors de la fatigue et du surmenage. Connue des Chinois depuis longtemps, c’est une des plantes d’Asie les plus étudiées scientifiquement en ce moment. Elle est de plus en plus utilisée en association avec la chimiothérapie, pour les cas de cancer. Elle est antioxydante, protège le foie, tonifie la rate, utile en cas d’asthme, de faiblesse, de fatigue, d’ulcérations infectieuses. On fait bouillir cette racine en décoction, une lanière pour deux tasses environ, de 30 minutes à deux heures. J’en mets aussi parfois dans mes infusions, en déchiquetant les lanières. Elle est utilisée traditionnellement dans les bouillons. Voir recette de soupe d’hiver de la Shakti home dans l’agenda Aube 2005-2006. On peut aussi la mâchouiller comme une gomme, elle est sucrée et délicieuse, en recrachant les fibres.

Le reishi (ganoderma lucidum)
Ce champignon fait partie des polypores, les champignons qui poussent sur l’écorce des arbres. Il pousse en abondance en Asie, mais il pousse aussi dans les forêts de chez nous ! Il est considéré comme la médecine de longue vie par les Asiatiques; il figure dans tous les livres de médecine tibétains comme une panacée. « C’est un protecteur suprême autant physique, qu’immunologique, que mental ou que spirituel. Il change notre perception de la vie ! 1 » Le reishi est à la fois adaptogène et tonique immun profond, c’est-à-dire que non seulement il encourage les différents agents du système immunitaire à bien faire leur travail et les protège, mais il stimule aussi la formation des globules blancs et de l’hémoglobine, et la synthèse même de l’ADN.

En ce sens, on va l’utiliser souvent en cas de maladies dégénératives comme le cancer et les maladies auto-immunes, il module l’immunité naturelle de notre corps. Il protège nos cellules de l’oxydation et tue les bactéries et les virus. C’est un champi intelligent : il s’adapte aux besoins de notre corps. Il réduit le taux de cholestérol, fluidifie le sang, abaisse la tension artérielle lors d’hypertension. Il protège et régénère les bronches : il travaille bien avec les asthmatiques. Il protège le foie des toxines, il régularise la glycémie. Il aide les fatigués chroniques à récupérer et à parvenir enfin à dormir. Il calme le système nerveux agité. Mais au-delà de ces qualités thérapeutiques, le ganoderma lucidum rend lucide ! Il aide à avoir la vision de l’aigle, à se détacher de l’extérieur et à se ramener au centre. En travaillant exclusivement avec le reishi pendant des mois, j’ai fait tout un voyage : au début, j’avais tant de lucidité face à moi-même que c’était presque insoutenable, et ça me rendait réactive. Mais une fois traversé ce passage initiatique, je me suis recentrée et adaptée à cet état d’être que m’amenait ce nouvel allié, et il m’a ouvert des portes de sagesse insoupçonnées en moi. Quand je disais une panacée…

L’ortie (urtica dioïca)
La merveilleuse ortie… Je vous en ai parlé quelque fois, de cette charmante amie, même si ses poils de feu nous rebutent à cause de leur acide formique, mais quand on sait comment la cueillir et l’apprécier, elle a tellement à nous offrir ! Comme on le sait, elle a de grandes propriétés comme altérative, pour aider notre corps à éliminer ce qui n’est plus nécessaire, sans déminéraliser. Au contraire, elle est tellement nutritive (vitamines, chlorophylle, minéraux, oligo-éléments) qu’on peut en faire un super aliment énergétique. D’ailleurs, en cas d’anémie, c’est l’ortie ! Elle alcalinise aussi notre sang, c’est la plante parfaite pour les fatigué-e-s stressé-e-s. Quand on est dans un cycle moins enraciné, elle nous amène à prendre soin de nous en nous donnant le goût de bien manger, de prendre du temps pour soi, en nous donnant de l’énergie sans stimuler notre système nerveux. Elle équilibre le système endocrinien. Entre autres, elle inhibe les effets de l’adrénaline, l’hormone qui nous rend efficaces en grugeant de notre énergie vitale – et elle tonifie nos surrénales. Comme les autres adaptogènes, elle est une tonique générale de notre organisme.

En général, on utilise ses feuilles en infusion ou en jus vert, qui sont délicieuses aussi cuites en soupe. Ses graines (elle en a tellement à donner!) et ses racines serviront aussi à des usages spécifiques. Les graines vont protéger les poumons et les bronches et régénérer le tissu des reins et tonifier la vessie: je les utilise dans un mélange pour les infections urinaires chroniques et les pisse-minute. Les racines sont utilisées pour les cas d’hypertrophie de la prostate. Elle a des vertus contre l’arthrite et les rhumatismes, les allergies, pour tonifier le système reproducteur féminin, favoriser la montée de lait. D’ailleurs, je la vois comme une green mama qui porte en elle le lait de la terre J’aime tellement cette amie verte : elle m’aide à m’enraciner et me centrer, elle me redonne du pep, elle est toujours d’une grande aide, dans les moments difficiles comme dans ma vie de tous les jours. Je souhaite à toutes et tous de devenir chum avec elle !

La schizandra (schisandra chinensis)
C’est ma nouvelle amie de cette année ! Je ne l’ai pas encore vue pousser, car elle ne pousse pas par chez nous… pas encore… mais j’ai un contact empirique très fort avec elle. Elle est utilisée par les athlètes depuis toujours, car elle augmente l’endurance physique. Elle est antibactérienne, antioxydante, elle protège et régénère le foie. Elle protège aussi les poumons et les reins. Elle est très astringente, elle sera utile en cas de diarrhées. Elle calme les palpitations et le mental agité. À long terme, elle aide les insomniaques chroniques à retrouver le sommeil. Comme toutes les adaptogènes, elle donne beaucoup d’énergie et une grande tolérance aux périodes de stress et de fatigue. Une autre de ses vertus que j’ai éprouvées : elle est euphorisante et augmente considérablement la libido! On utilise ses baies, délicieuses d’ailleurs : elles sont à la fois salées et sucrées, amères, sûres et piquantes. En poudre, on peut la mettre dans des potions d’énergie ou des frappés. Quant aux baies entières, on les prépare en décoction. On peut garder la décoction et la boire en jus froid avec du miel, c’est franchement délicieux ! Quelle découverte !

Alors puisqu’il y en a tant à écrire sur ces alliées précieuses, donnons-nous rendez-vous pour la deuxième partie des plantes du futur, dans laquelle je vous ferai découvrir d’autres adaptogènes et vous donnerai des recettes de potions.

À bientôt et bonnes expérimentations de santé optimale !!!

 

Références: 

1 Materia Medica 2002-2003, Caroline Gagnon et Valérie Lanctôt-Bédard

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