Connaître ou découvrir

par Jean Miville-Deschênes

Il est facile de se laisser porter par les courants de transmission des connaissances acquises, mais l’exploration et la découverte sont bien plus exaltantes.  Ces processus font souvent appel à des séries de déductions logiques, mais dans la majorité des cas, le progrès ne peut se réaliser qu’à travers l’intuition, c’est-à-dire la vision intellectuelle directe du “donné” observé.

Cela peut sembler facile à première vue.  Ne suffit-il pas de garder les yeux ouverts?  Mais, dans cette démarche, on rencontre inévitablement deux écueils : 1) nous avons une tendance très forte à voir plus que ce qu’il y a dans l’objet observé, y rajoutant des représentations émotives (peur, etc.), un savoir acquis, nos propres hypothèses ou théories etc. et 2) aucun objet n’est simple, mais plutôt toute réalité est d’une grande complexité, nous empêchant de la saisir dans tous ses aspects en même temps.

La difficulté d’une telle démarche intuitive objective a amené le philosophe Husserl à développer la méthode phénoménologique, laquelle fut reprise, entre autres, par les philosophes existentialistes, G. Marcel, M. Heidegger, J. P. Sartre, M. Merleau-Ponty.  Cette méthode présente des règles générales de la pensée et demeure bien d’actualité.

La première règle de cette méthode, c’est “d’aller vers les choses elles-mêmes”, le “donné” à observer.  Au niveau de l’observateur, cela suppose une triple réduction ou élimination.  On doit écarter a) tout élément subjectif, b) tout ce qui est théorique, que ce soit des hypothèses ou du savoir acquis, et  c) toute tradition, tout ce qui a pu être enseigné concernant l’objet en question.

Il faut également opérer une double réduction au niveau de l’objet lui-même : 1) il faut laisser de côté la considération de l’existence de la chose et se concentrer sur ce qu’elle est et 2) il faut faire abstraction de tout ce qui y est accessoire pour analyser seulement l’essence de la chose.

À cela s’ajoutent des règles positives.  1) Il faut voir tout le donné, tous ses aspects essentiels, sans en oublier.  2) L’intuition doit être descriptive.

Cette méthode a rencontré une forte opposition chez Sören Kierkegaard et ses disciples.  À ce sujet, on répète souvent la fameuse phrase de Gabriel Marcel : “Je ne suis pas au spectacle”.

Pour ma part, j’ai tenté d’appliquer la méthode phénoménologique dans une étude non encore publiée sur les couleurs musicales et que j’ai intitulée :“Palette d’Euterpe”.

Pour de plus amples renseignements sur la méthode ou sur mon ouvrage, ou pour discuter de tout sujet s’y rapportant, n’hésitez pas à me contacter.

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