Construction en cob: habiter un château de sable

par Hélène Cadieux

Le cob est une forme de construction qui exploite comme matériaux premiers la terre brute et la force humaine. L’histoire du cob remonte à des temps immémoriaux et est quasi universelle. Puisqu’on peut facilement lire sur la chose (voir les références en fin d’article), je propose donc, dans les paragraphes qui suivent, de sculpter mes impressions de la construction en cob, ainsi que de partager les informations techniques tirées de mes expériences personnelles et directes avec ce matériau de construction, acquises lors de visites au Vermont, chez Jim et Erin qui construisent eux-mêmes leur maison. Il y a un un « feeling » du cob bien spécial – un certain charisme – et j’espère pouvoir vous le transmettre, car d’après moi, c’est sa plus grande qualité, bien qu’il en ait plusieurs autres qui, pour certains, s’avéreront encore plus importantes.

Première impression
Aube silencieuse, j’arrive chez Esther, que je trouve pliée en deux, besognant à remplir le coffre de la voiture, son aura rose répétée comme les notes d’une même mélodie par les stries au ciel du petit matin. Commence ainsi le périple qui nous mène au Vermont, chez Jim et Erin. Là, un flanc de montagne en pente où se bercent les hautes herbes. Au loin, nous entendons des voix, des rires d’enfants, des aboiements de chiens – et une musique? Des sourires nous accueillent à une scène magnifique: une dizaine d’hommes et de femmes s’affairent autour d’une structure ovale en devenir. Les uns, pieds nus, piétinent et mélangent un tas d’argile et de paille, d’autres en empilent sur les murs à moitié construits. Des bambins nus s’amusent dans l’argile mise à tremper, des chiens gambadent joyeusement tout autour. D’autres encore relaxent et conversent, partagent un repas frugal. Tous s’amusent et rient. Et voilà presque tout ce qu’il y a à dire sur le cob! Scène première révélatrice. Nous, arrivant devant celle-ci, délaçons nos souliers, et sautons de bon coeur et de bon pied dans cette joie qui tapissera les murs de la future demeure pour des années à venir. May the joy ingrained in the walls of your house be diffused over years and years to come.

Pourquoi le cob?

Voici quelques raisons qui font que le cob me tient à coeur. Il faut entendre que les catégories se recoupent toutes à plusieurs niveaux:

Écologique

– Matériaux biodégradables et recyclés

– Habitation qui peut durer des siècles

– Matériaux locaux

– L’énergie utilisée est la nourriture pour alimenter les travailleurs

– Ne requiert que des outils simples

Politique

– N’encourage pas les corporations de matériaux de construction et de coupe de bois

– Alternative à la déforestation, la pollution et l’exploitation minière

– Autoconstruction – Power to the people!

Social-Humain-Communauté

– Encourage la communauté, le travail d’équipe et le partage

– Matériaux non nocifs pour la santé (l’argile est même très bonne!)

– Les enfants peuvent participer; c’est pour toute la famille!

– Techniques de construction simples et accessibles à tous

Économique

– Matériaux de construction très abordables – argile, sable et paille

– Investissement de TEMPS. Au lieu de travailler pendant 20 ou 30 ans pour payer une maison, on travaille à construire. On oublie les hypothèques!

Spirituel

– Acte créateur et créatif

– La construction sera imprégnée de l’énergie positive et de l’amour des amis qui auront aidé à construire

– Expérience sensorielle et artistique

Et cætera!

Côté technique

Construire en cob peut se comparer à l’acte de se sculpter une maison, et ceci à cause des matériaux utilisés, et de la liberté avec laquelle peut s’exprimer la créativité. Alors, notez bien la recette, qui peut s’exprimer en proportions différentes selon la nature du sol en question. Ingrédients: argile, sable, eau et paille, amis enthousiastes. Sur une grande bâche, combiner sable et argile préalablement trempée. Bien mélanger avec les pieds nus, en dansant si possible, jusqu’à obtention d’une pâte homogène. Ajouter de l’eau si nécessaire. Incorporer un peu de paille. Voilà le cob est fait! Chez Jim et Erin, on mélangeait 2 parties de sable pour 1 partie d’argile… Ils habiteront un château de sable! Le cob est ensuite placé sur les murs, qui ont jusqu’à 2 pieds de largeur, et est travaillé en l’enfonçant pour l’incorporer à la masse et ainsi former une structure monolithique. Il est facile d’y incruster et ajouter toutes sortes de matériaux recyclés tels des fenêtres. Les murs chez Jim et Erin contiennent des bouteilles et autres trésors qu’on y enfouit à mesure qu’on construit: à l’honneur d’une génération prochaine!

Principes

Voici quelques principes physiques qui ont trait au cob:

Bottes et chapeau

Combien de fois le château de sable que j’avais construit se faisait-il lessiver par les vagues ou la pluie? Ne pas s’inquiéter: le cob, à cause de sa nature poreuse, est résistant à la pluie et au froid. On construit en adoptant la stratégie bottes et chapeau: un toit qui dépasse largement les murs et une fondation adéquate.

Masse thermique

Avec 2 pieds de largeur, les murs constituent une masse thermique importante et fournissent ainsi l’isolation, ceux-ci accumulant et ensuite, dégageant la chaleur. Le cob est idéalement jumelé à un design solaire passif. Le climat intérieur est donc tempéré dans les cycles journaliers et saisonniers – frais en été et chaud en hiver.

Force, forme et structure

Aucune charpente n’est requise pour soutenir la maison en cob: les murs larges sont assez forts pour ce faire. Ainsi libérés, ils peuvent donc être courbes, comprendre des arches et des niches. La maison de Jim et Erin est de forme ovale; les coins sont arrondis pour permettre une structure plus stable. La dureté du cob sec est comparable à celle du ciment et est dûe en majorité à la composante sable du mélange. L’argile, quant à elle, fait office de colle et la paille donne la force de tension aux murs.

Finale

En fin de compte, de voir ce que nous avons construit et érigé chez Jim et Erin – une maison! – produit un sentiment de fierté, mais encore plus, un sentiment de profond respect devant la force grandiose des actions collectives et la beauté de la force humaine en harmonie avec la nature et l’esprit.

Le cob pour moi: une expérience de communauté et de spiritualité intense – une beauté, une authenticité et une puissance sans nom, comme les vestiges immuables d’un château de sable à l’abandon sur la rive rosée des matins d’enfance.

En définitive, il faut se mettre la main à la pâte et le pied à l’argile – c’est ainsi qu’on se souvient comment manier et aimer le cob, ce savoir qui nous appartient tous depuis très longtemps et qui fait partie intégrale de notre histoire humaine.

Références: 

Beckie Bee, The Cober’s Handbook

Micheal Smith, The Cober’s Companion

Ianto Evans, Micheal Smith, Lynda Smiley, The Handsculpted House – A Practical and Philosophical Guide to Building a Cob Cottage

The Cob Cottage Company
www.deatech.com/cobcottage

Cob Works
www.cobworks.com

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