Couple et liberté, l’expérience d’un homme sur le polyamour

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Je suis passé par toutes sortes d’états durant ces deux derniers mois.

J’ai connu le fond de l’abîme et la cime des montagnes. Et j’ai plus d’une fois fait le plongeon de l’un vers l’autre.

J’ai épousé la femme de ma vie, nous avons deux enfants ensemble et nous sommes emplis d’amour l’un pour l’autre au point que c’en est parfois presque gênant. Nous avons bien entendu, comme tout le monde j’imagine, des moments de désaccords durant lesquels les mots volent aussi bas que le ton peut monter, mais toujours nous gardons cette conscience évolutive que ce qui se passe est promesse de transformations bienfaitrices.

J’ai la chance de partager la vie de la personne la plus intègre que je connaisse.

Rien ne pourrait augurer que notre relation de couple soit en danger.

Rien. Sinon le besoin de redéfinir la notion même de couple…

Je vous livre ici le témoignage de ma propre expérience en souhaitant qu’elle puisse éclairer certains d’entre vous. Ceci est le récit d’une libération merveilleuse !

En rentrant de voyage, j’eus la surprise d’apprendre que mon épouse chérie avait un nouvel ami. Un grand ami avec lequel elle partageait beaucoup de choses, entre le jeu et l’intimité. Une relation amicale importante pour tous les deux, tant elle leur était prodigue de prises de conscience et de joie. De paix et de liberté, comme ils le disent eux-mêmes.

J’accueillis tout d’abord la nouvelle avec bienveillance, ravi qu’ils puissent tous deux vivre une amitié aussi riche et énergisante. Mais lorsque je compris le caractère d’intimité que cela revêtait, toutes sortes de peurs que j’ignorais porter firent surface. Peur de l’abandon, de la comparaison, peur de la solitude, de ma propre jalousie. Colère aussi de ce que je ressentais comme un manque de respect envers moi. Incompréhension : Qu’a-t-il que je n’ai pas ? Pourquoi risquer notre famille ? Pourquoi la dimension sexuelle, s’il est juste question d’ouverture de cœur ? Et grande tristesse. Souffrance de l’enfant blessé en moi. Perte de ma meilleure amie et de mon coin de paradis personnel.

Nous parlions heureusement beaucoup, partageant tout ce que nous vivions mutuellement.

À chaque compréhension que j’opérais, je me sentais revivre de plus belle, plus fort en mon soleil, plus lumineux et soutenant, jusqu’à la prochaine pelure d’oignon, qui me plongeait encore et encore plus loin à la recherche de mon point de rupture… ou de guérison.

J’ai compris relativement rapidement qu’il ne s’agissait pas ici de trahison. Que ce qui poussait mon épouse à aller rejoindre cet autre homme n’était pas une fuite de notre vie, ni un manque de ce que je pouvais lui prodiguer, mais bien une libération de son être. J’ai compris combien la troisième entité d’une relation amoureuse, celle du « couple », pouvait être figée, contraignante, prompte à contrôler et à juger, et combien elle pouvait devenir lourde au point d’étouffer les deux individualités qui la composent. J’ai mieux compris aussi pourquoi je voyais tant de femmes se libérer de la sorte autour de moi, tant de couples exploser, sans raison apparente. Et j’ai compris aussi combien cela était un cadeau qui m’était offert.

Je ne perdais pas ma femme. Au contraire, elle me revenait rafraîchie, plus belle et amoureuse encore qu’auparavant. Plus complète aussi. Elle était réellement dans une dimension d’expansion vis-à-vis d’elle et, paradoxalement, de moi, car en s’offrant cette liberté, elle m’offrait tacitement la mienne.

Nous en avons beaucoup parlé, et force me fut de constater combien elle avait raison, combien la notion de couple, si elle s’empêtre dans son propre poids de convenances sociales, peut nous éloigner du monde.

J’ai bien dû admettre que je ne me permettais plus de tomber en amitié profonde et sincère avec qui que ce soit (surtout envers une femme) depuis que nous étions ensemble. Que le fait même de soutenir le regard de quelqu’un plus longtemps qu’il n’est « convenable » me poussait à mettre une limite. La règle du « ne pas déranger pour ne pas déranger » était inconsciemment à l’œuvre. Vive l’évolution à reculons !

La prise de conscience de ce cadeau a mis un certain temps à venir. Le temps en fait que je me permette moi aussi la possibilité de tomber à nouveau en amitié avec moi-même à travers quelqu’un d’autre. Le temps que je me détache de ces valeurs bourgeoises et bien-pensantes que j’acceptais sans sourciller.

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J’ai eu le temps de constater combien le mental et les projections que je pouvais me faire étaient mon seul adversaire. Combien il est facile en fait de se poser en victime, de rechercher ce réconfort vain et artificiel du consolé, et combien cela n’arrange rien. J’ai eu la chance de me faire accompagner dans ce processus par la Vie et ses multiples voix, qui toutes me recommandaient de ne pas laisser passer la chance de me tenir debout une bonne fois pour toutes, de laisser les vieux habits avec les vieilles croyances et d’embrasser le cadeau que je pouvais autant offrir au monde que recevoir : celui d’honorer la liberté totale de chacun, en confiance et humilité.

Mon « couple » n’était pas en danger. Il ne l’a jamais été, même s’il aura fallu que, l’un et l’autre, nous allions dans notre processus de libération de l’Être au point de le remettre lui aussi en question… et de se choisir à nouveau. Nous vivons à présent avec cette vérité, cette liberté totale offerte librement l’un à l’autre, sans contrôle ni contrainte, dans l’humilité de ce qui est à l’œuvre et qui nous dépasse peut-être, et dans la confiance que quoi qu’il puisse se passer pour l’autre, il/elle restera dans son espace sacré de l’ouverture du cœur. Comprenez bien la nuance. Il ne s’agit pas d’union libre et de flirt à tout vent. Nous n’avons ni elle ni moi le besoin ni l’envie d’aller voir ailleurs. Par contre, si une amitié se présente dans tout son déploiement, nous nous permettrons de la vivre complètement, sachant qu’en honorant l’instant sacré, c’est non seulement nous, mais aussi l’autre que nous honorons.

Qui peut dire de quoi demain sera fait ? Il va de soi que notre priorité commune reste notre famille, dans laquelle nous nous sentons si bien mutuellement. Nous savons que nous restons des partenaires d’évolution privilégiés l’un de l’autre, et que l’amour que nous avons l’un pour l’autre ne va faire qu’aller croissant au travers de cela, grâce à l’écoute que nous conservons l’un pour l’autre. Et peut-être qu’un jour nous trouverons cette liberté tellement intense que nous choisirons un autre mode de liberté, celle de se choisir exclusivement… tout est possible.

Pour le moment, ces trois concepts m’accompagnent quotidiennement. Si vous passez vous aussi par ce genre d’expérience, peut-être le feront-ils aussi pour vous : Humilité – Bienveillance – Moment présent.

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