Le polyamour ou l’art de la relation

par Gaëlle Tanguy

Le polyamour n’est pas un concept de tous les jours, car, bien que très personnelle à chaque pratiquant, la polygamie mérite d’être démystifiée, connue et soutenue.

Être en relation multiple est un choix qui peut sembler très excitant pour certains et impensable pour d’autres.

Considérez la possibilité d’être en relation avec de multiples amoureux : c’est excitant non ? Effrayant ? Attirant, normal, compliqué, émotionnel, fantasmagorique ? Et la jalousie, dites-vous !? De toute façon, l’amour libre n’est-il pas une excuse pour une sexualité superficielle, irresponsable et sans fidélité ?

Sommes-nous polyamoureux à vie ? Sommes-nous polyamoureux un soir ? Sommes-nous honnêtes et francs envers nous-mêmes et ceux que l’on aime ? Faut-il sortir du placard pour annoncer nos préférences sexuelles ?

Comment faire face à la résistance culturelle et génétique qui nous suggère fortement de trouver notre âme sœur et de la garder comme la prunelle de notre vie ? Et si je trouvais simultanément plusieurs personnes qui allument en moi l’amour et le dévouement, la joie de vivre et le rêve de construire ensemble ? Comment soutenir le choix de vivre l’un avec l’autre plutôt que l’un sans l’autre ?

Nous aurons tous des raisons différentes qui ne conviendront pas à tout le monde. Il n’existe pas de code de conduite du polyamoureux. Il n’y a que des points de référence personnelle qui grandissent et évoluent avec l’expérience.

Personnellement, je choisis la relation multiple comme méthode de perfectionnement, comme yoga du contact vrai et authentique, comme médium pour mon art, l’amour. J’assume ma pulsion intérieure, j’accepte ma particularité amoureuse et sexuelle, même sans parade annuelle et sans village pour moi et mes semblables (pas encore du moins). J’embarque dans cette aventure sur mon radeau, à contre-courant, et je pars équipée de communication active et de ma transparence.

Il est indispensable que nous parlions du fait que le circuit est ouvert et qu’il faut créer ensemble, au travers de discussions honnêtes, le cadre pour un échange vrai qui soutient une vulnérabilité humaine et précieuse. Ces discussions sont comme les longues respirations qui nous détendent dans une posture de yoga. On prend le temps de se découvrir dans cette nouvelle position, de découvrir l’autre et surtout de s’y accueillir l’un et l’autre. La relation multiple peut ainsi devenir un terrain de soutien pour notre croissance, car chaque personne incluse apporte ses expériences, son énergie et ses émotions. Chacun est responsable de son expérience et de son vécu, mais il peut être entendu profondément.

Rien ne diffère de la relation monogame, me direz-vous, sauf le fait qu’il y a un apport de données plus grand, un stimulus accentué et la reprogrammation d’une longue lignée générationnelle qui nous indique un code de conduite très différent, ce qui éveillera donc sans doute nos peurs relationnelles habituelles, mais amplifiées : peur, abandon, jalousie, sentiment de trahison et autres.

Quel terrain parfait pour faire face à ces petits monstres relationnels, terrain où l’on ne peut plus les utiliser comme levier ou comme outils de dictature relationnelle. Oui chéri, c’est vrai que tu as peur que je t’abandonne et comme tu vois, je reviens, même si je t’aime. ET j’aime l’autre, je reviens. Ton sentiment d’abandon est bien vivant, mais il n’est pas basé sur notre expérience du moment présent, il vient d’une programmation personnelle du passé. Je l’entends, je t’aime.

Une grande respiration nous permet d’aller encore plus loin dans la position, de nous détendre dans cet élan. J’inspire, j’écoute, j’expire, je relâche ; mes orteils se rapprochent de mon nez sans effort, sans douleur, et mon cœur du tien. Il y a maintenant plus d’espace dans mon corps et plus d’espace dans mon esprit pour que l’énergie vitale circule.

Une enseignante-praticienne de guérison énergétique a dit un jour que nous pouvions comparer la santé à de la fluidité, qu’un corps malade est un corps qui vit avec des blocages et que la guérison se produit lorsque l’on enlève ces blocages.

J’aime l’idée de la fluidité, d’être un circuit ouvert où l’énergie (l’oxygène et l’amour) peut circuler sans gêne et pleinement. La relation intime avec autrui n’est pas une possession, mais la proximité de deux êtres qui laissent l’énergie d’amour circuler entre eux comme deux contenants qui partagent le même nectar.

Ce sentiment de mouvement intérieur peut être partagé avec beaucoup de personnes. C’est là que naît la relation intime avec certains, où nous sentons un petit plus, où il y a quelque chose à apprendre et à partager.

À partir du moment où nous ressentons ces petits monstres de peurs (jalousie, trahison…), nous pouvons les voir dans le corps comme des blocs qui créent la maladie, de simples nœuds de croyances et d’habitudes, des moments du passé figés et préconçus. Je ne tiens pas à dire qu’il faut s’en défaire comme une tumeur cancéreuse, mais qu’il faut plutôt les observer, s’observer avec ces cicatrices sur notre tissu relationnel et utiliser la relation pour réapprendre.

La fidélité a toujours sa place dans la relation polyamoureuse, je dirais même qu’elle devient raffinée. À qui ou à quoi sommes-nous fidèles ? À la personne, à son amour, à sa force, à sa sexualité, à son cœur, aux habitudes de vie qui nous rapprochent.

Nous avons tous déjà vu un couple qui se considère fidèle, c’est-à-dire qui ne partage pas son lit et ne se permet pas de ressentir un amour profond pour quelqu’un d’autre, mais qui ne s’attarde pas non plus aux détails de l’échange quotidien, qui n’est pas fidèle aux chansons quotidiennes du cœur de l’autre, qui ne soutient pas les changements de vies, les explorations mutuelles, qui n’est donc pas fidèle au processus de croissance de l’être. Je dirais même que dans certains cas, la fidélité de ce couple inclut l’image gelée de leur conjoint : ils sont fidèles à leur première impression.

En raffinant notre concept de la fidélité, nous pouvons y trouver ces différents terrains de jeux.

L’amour et la sexualité vont très bien ensemble, mais peuvent vivre indépendamment l’un de l’autre. Dans ma vision des choses, les deux se rejoignent. Là où je me permets de vivre pleinement et avec respect, là où ni vivre l’amour, ni faire l’amour ne devient mort, répétition et vide du jus qu’est la vie, mais plutôt un endroit rempli de ma conscience et de ma croissance. Je vise un corps (physique, émotionnel, mental et spirituel) conscient et proactif dans sa libération des mouvements inconscients et des blocages.

Il est donc important de nous questionner sur nos intentions polyamoureuses et de bien comprendre que nous sommes maîtres de notre moralité et créateurs de nos valeurs. Il est important de trouver des personnes qui comprennent nos choix et de ne pas les imposer aux autres dans la vérité ou le mensonge.

Le polyamour est pour moi une manifestation de ma valorisation du mouvement fluide de l’amour et de ma vision de notre réalité comme un échange constant d’énergie entre moi et mon environnement. La structure que je choisis n’est pas un code de conduite externe, ni une forme relationnelle préconçue par mes aînés qui agit comme un contenant fermé à l’apparence sécuritaire, mais un espace alerte et présent aux différentes possibilités.

Est-ce que mon choix est un symptôme de névrose, un fantasme spirituel, une façon de remplir un besoin affectif que nous partageons tous ou la relation des générations à venir ? Il n’y a pas de réponse à ces questions à part des opinions variées. Je m’assure que mes deux amoureux soient heureux respectivement. Mon amour pour eux n’est pas un amour qu’ils partagent entre eux et cela nous convient aujourd’hui. Il existe une multitude de possibilités de vivre le polyamour et je vous invite à y rêver. Imaginez la prochaine fois que vous devrez faire un choix entre deux belles personnes qui vous touchent intérieurement ; ce choix sera peut-être différent, et la question ne sera peut-être plus « laquelle choisir ? », mais « comment inclure les deux dans ma vie ? » Et peut-être un jour les trois !

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