Discours des Arbres de la Forêt

par Héloïse Picard

Le Pacte Silencieux

-L’Aulne : “Nous sommes rassemblés aujourd’hui, mes chers frères et sœurs, pour faire le point à propos de la lutte menée contre les esprits du profit qui ont causé beaucoup de destruction sur nos nations. Le pacte du silence que nous avions passé, nous les  « axis mundis », avec les humains, était la permission d’un usage sage et modéré de la ressource que nous représentons. En tant que vaillant gardien et détenteur de la connaissance, je nomme Le Grand Chêne président de l’assemblée.”

-Le Chêne : “Je voudrais donner la parole, en premier lieu, à grand-père Saule pour son esprit de recueillement et son symbole du passage pour nous éclairer sur la situation de manière concrète et précise.”

-Le Saule : “Merci, pour ce privilège… Eh bien, voici ce qui en est : En 1992, lors de la conférence des Nations-Unies sur l’environnement et le développement, qui s’est tenue au Brésil, le Canada a signé les « Principes relatifs aux forêts ». Suite à cela, il a pris l’initiative de rassembler un groupe d’experts en exploitation écologiquement viable des forêts boréales et tempérées. Suivant cela, il y eut la Convention de Kyoto , la conférence de LaHaye, la Charte de Rio.  Toutes ces manifestations démontrent la bonne volonté des humains, tout de même, à vouloir améliorer leurs techniques d’exploitation.”

-Le Chêne : “Bien. Mais quels sont les réels résultats de toutes ces bonnes résolutions? Y a-t-il vraiment eu progrès?  Je donne la parole à Pommier, toi qui symbolise la connaissance qui doit amener la paix éternelle et la sagesse sur terre.”

-Le Pommier : “Le pourcentage d’aires forestières intégralement protégées dans les écozones a augmenté de 32% depuis 1992, grâce à la convention de Kyoto et la mise sur pied du Groupe de Travail sur les critères et les indicateurs.”

-Le Houx : (Prenant la parole fougueusement) “Voilà une bien faible amélioration alors que l’on sait que les récoltes forestières augmentent régulièrement. Depuis 1994, c’est 1 million d’hectares par année qui est exploité. Plusieurs arbres et plantes de nos forêts sont en voie d’extinction.  Nous devons réagir, nous ne pouvons laisser faire ce massacre.” Un bruit d’approbation se fit entendre dans l’assemblée végétale…

-Le Chêne :  (Tentant de ramener un peu l’ordre) “Bouleau, toi, qu’en penses-tu?”

-Le Bouleau : (Resté jusqu’alors silencieux, il prit une voix solennelle et posée) “Au-delà du Bien et du Mal, du perpétuel cycle des dualités, se trouve la vraie nature des raisons du ravage apparent de Mère Nature. Les procédés de la croissance et du développement prennent  parfois l’allure de la maladie et de la souffrance. Quoi qu’il en soit, il est indispensable d’envisager ces problèmes qui nous touchent tous plutôt comme des défis que des cas de désespoir.”

-Le Noisetier-Coudrier : “Il faut aussi noter que les communiqués fait par l’intermédiaire des scientifiques environnementaux et des artistes sont inutiles pour une grande majorité d’être humains pour qui la prise de conscience ne se fait que par l’expérience vécue. Pour eux, c’est le long cycle des explorations de la vie dans la matière qui est leur guide. Tenter de leur expliquer est vain et inutile.”

– Le pommier : “J’aimerais rappeler, pour ma part, cette loi qui fait que tout ce qu’on vit de l’intérieur doit un jour s’incarner à l’extérieur. Ce que je crains, c’est que nos souffrances intérieures au sein de Mère Nature, finiront par prendre forme concrètement. Notre ébranlement face à l’inconscience de la marche des manœuvres industrielles pourrait produire de violents séismes; notre révolte jusque là réprimée pourrait devenir des explosions volcaniques et notre profonde tristesse s’exprimerait au travers de pluies cycloniques.”

-Le Saule : “Il y eut un temps jadis, où les humains, vouant encore un culte au divin, comprenaient qu’un manque de vertu pouvait entraîner des catastrophes naturelles mais, aujourd’hui, ils n’y comprennent rien avec toutes leurs explications scientifiques. Qu’il y ait une cause physique n’empêche pas qu’il y en ait une spirituelle! Mais bon, leur insouciance actuelle leur amène suffisamment de dégâts et de tracas comme ça, avec les gas à effet de serre , la contamination chimique des ressources aquatiques…”

-Le Noisetier-Coudrier : “C’est vrai, la  justice suprême existe et chacun récolte selon ce qu’il sème. Ainsi, nous devons faire confiance à cette Main Divine qui nous créa tous, car cela serait insulte à son intelligence que de se permettre de lui reprocher les tourments qui nous affligent. Tout a un sens et prend racine dans la Vie elle-même, le bien comme le mal.”

-L’Aulne : “En résumé, il y a place à l’amélioration, mais il ne faut pas s’affliger de ce qui a été fait. Aussi, il est impérieux de prendre le sens du devoir comme un défi. Si la connaissance est mère de la responsabilité, toutefois, il vaut mieux rester ignorant que d’être envenimé par la haine et le désespoir. La Mère Nature et le Père Céleste savent sûrement ce qu’ils font à travers nous, qui sommes leurs créations en perpétuel devenir.”

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