D’un geste festif, donnons vie aux agoras

par Joël Nadeau

Il arrive toujours un moment où nous avons besoin de sentir qu’une mouvance vit. Chaque époque, chaque génération arrive inévitablement à un point où il est essentiel d’exprimer collectivement des préoccupations, accompagnées d’une volonté ferme et sincère.

Il arrive aussi des moments ultimes, issus de contextes complexes où la dérive est une menace. Le dialogue et le rapprochement deviennent presque une question de survie. Réaction naturelle, nous nous organisons, nous construisons des alternatives porteuses de sens, puis l’action solidaire guide nos réflexions.

Heureusement, pour alimenter le tissu social et pour inspirer nos gestes, il y a les artistes. D’une voix colorée dont le langage se réinvente à chaque instant, ils expriment nos aspirations, de manière universelle et rassembleuse.

Nos porte-paroles ont besoin d’agoras: si ces espaces de liberté nous semblent inaccessibles, il est de notre devoir de nous les réapproprier.

Notre culture, c’est notre identité: elle soutient nos mouvances. Lorsque nous nous en éloignons, elle revient, surprenante et bouillonnante. Les exemples de retour fracassant du balancier sont nombreux… Ce sont ces moments où notre culture ne demande qu’à vivre et à être vécue.

L’AgorA FestiF est une des diverses formes que prend ce souffle. Il s’agit d’une nuit se situant quelque part entre la spontanéité et l’intemporel, entre l’instinct et la continuité, entre l’anarchie et le syn-chaos. C’est un laboratoire d’expérimentations multiples à trajectoires imprévisibles.

Ce qui est fabuleux, c’est qu’il existe autant d’interprétations qu’il y a de regards qui s’y posent… À la base, chaque participant(e) est invité(e) à s’approprier l’événement, à influencer son mouvement.

Une multitude d’artistes s’auto-organisent pour animer cette nuit. Par toutes les disciplines, portés par de multiples visions, mais par une volonté partagée, une mise en commun donne forme à une cohabitation forte de sens. C’est par un dialogue transdisciplinaire, transculturel et transgénérationnel que retentit cet appel au dialogue.

Même si elle cherche à redéfinir nos pratiques, l’AgorA FestiF est loin d’être une finalité. C’est en quelque sorte notre utopie qui y est exprimée. Nous vivons, durant un instant, la cohabitation telle que nous la souhaitons. Sans s’accrocher à ce rêve, qui ne cherche qu’à marquer notre imaginaire collectif, nous nous disons, tout simplement, que tout est encore possible.

La couleur que l’on donne à cette agora, c’est celle de la fête. La contestation est et sera toujours incomplète si elle n’est pas accompagnée d’espoir, de positivisme, d’idées, d’alternatives… de festif!

Une première envolée donnait forme à cette folie le 10 mai 2002, dans le sous-sol d’une église. Le 15 mars de l’année suivante, quatre fois plus large mais toujours aussi sincère, l’expérience était renouvelée dans une usine désaffectée. Le 22 mai 2004, cette fois dans un labyrinthe abritant deux arénas, la toile collective se poursuit. À l’été 2005, c’est peut-être un champ qui accueillera une quatrième danse festive.

Ce qui grandit est menacé de récupération? Le jour où quelqu’un osera dire que tout ça est in, notre mouvance sera ailleurs, elle aura pris une nouvelle forme. De toute façon, il y a longtemps – très longtemps – que nous savons que vivre ensemble est possible. Seulement, il y a des jours où nous avons besoin de nous le rappeler…

Les commentaires sont clos.