Éco-village ?

par Paulo Leduc

Aube publiais en 2003 la vision de l’écovillage gagnante du concours Millions en poche de Aube no 3 , celle de Paulo Leduc. Félicitations au gagnant et merci pour votre grande participation !

Bonjour. Il me fait plaisir de vous rencontrer aujourd’hui. Il m’est toujours agréable de rencontrer des gens désireux d’en savoir plus sur notre communauté. Que ce soit par intérêt ou par simple curiosité, soyez certains que vous êtes tous les bienvenus. Je vais vous décrire de mon mieux notre groupe et son mode de fonctionnement.

Alors que tous peuvent venir partager notre style de vie, les gens à qui se destine notre collectivité doivent, en comparaison du standard occidental, désirer développer leurs vertus au prix de vivre avec moins de matériel. Moins d’avoir, plus d’être. Nous croyons que les grands maux de l’humanité: guerre, famine, pollution, exploitation, etc. originent d’un manque de vertus.

N’allez pas croire que nous agissons en sacrifice. C’est avant tout pour nous-mêmes et pour ceux que nous aimons que nous souhaitons un monde meilleur. Nos motivations sont bien positives. Quelles sont ces vertus? Vous les connaissez sans doute déjà. L’amour, l’amitié, le pardon, la tempérance, l’honnêteté et le courage en sont quelques unes. Même si, d’une personne à l’autre, les termes et définitions peuvent différer, l’essence en est la même. Elles sont développées grâce à la réflexion, la lecture, des cours de philosophie, la participation à la vie en collectif, l’observation, la méditation, etc.

Les participants de notre groupe ne peuvent se permettre de jouir de voitures, piscines, téléviseurs, ordinateurs personnels, lecteurs DVD/MP3 et autres objets de luxe en aussi grande quantité et variété que la société nord-américaine. Pourquoi? Parce que développer ses vertus demande du temps et du travail, voire une certaine vie spirituelle. Le temps alloué à cette activité n’est pas disponible pour gagner l’argent nécessaire pour se payer ces produits. Conséquemment, mis à part quelques effets personnels, la grande majorité des biens que l’on retrouve au sein de notre regroupement est communautaire.

Ce renoncement à de nombreux objets explique pourquoi on nous considère comme un éco-village. Il est notamment surprenant de constater à quel point écologique peut rimer avec économique. Au lieu de recourir systématiquement à l’automobile, la grande majorité des déplacements sont effectués à pied. Lorsque les distances à parcourir sont plus importantes, la bicyclette est privilégiée. Ce qui ne sert plus, est réemployé pour un autre usage.

L’acquisition d’un nouvel objet n’est effectué que s’il est vraiment nécessaire. Nous avons compris qu’au- delà du coût d’acquisition, les objets nous coûtent aussi en espace de rangement, en entretien et en conversion de réemploi ou en destruction. Notons aussi que, puisque nous respectons la vie, nous considérons de notre devoir de prendre soin avant tout de la nôtre. Il ne sera donc pas honnête avec notre pensée de souiller l’environnement dans lequel nous évoluons, et ultimement, celui que nous partageons avec d’autres.

Tous doivent participer aux activités nécessaires à la vie de la communauté (entretien des bâtiments communs, production de nourriture). Ce travail n’est pas rémunéré. Il accorde le droit de demeurer dans le groupe et de bénéficier des retombées du travail de chacun. Trois ou quatre heures par jour sont demandées, presque à tous les jours. La plupart de ces tâches sont de nature physique et ne demandent pas de compétences particulières. Sans être éreintantes, elles permettent de bien faire bouger le corps et de le maintenir en bonne forme.

Encore une fois, ces pratiques accroissent la conscientisation écologique. Lorsqu’on doit ramasser les ordures des autres et effectuer les tâches pour en disposer, on a tendance à en produire moins une fois chez soi. Notre système d’aqueduc est très simple, réduisant le travail à y investir. Même chose pour la consommation d’énergie domestique.

Les autres heures de la journée sont laissées libres à chacun. Cependant, il est encouragé de développer des passe-temps susceptibles de contribuer à la communauté. Celui qui aime cuisiner sera sollicité pour les fêtes. Pour le participant qui aime l’herboristerie, les autres membres viendront le consulter. L’écrivain pourrait s’occuper de la correspondance, du journal local et/ou de l’enseignement de l’écriture. Même chose pour l’ébéniste. Dans mon cas, jadis je travaillais dans l’industrie du tourisme à titre de guide- accompagnateur.

Même si le troc est encouragé et qu’il existe un système d’échange, il est permis de payer en argent les services et/ou biens échangés. On comprendra que les taux excessifs sont découragés. Notre environnement n’est pas propice à qui veut s’enrichir monétairement. Par contre, le fait de pouvoir gagner un peu de monnaie d’échange permet à chacun d’organiser sa vie selon ses besoins.

La communauté ne vit pas complètement détachée du monde traditionnel. Par exemple, nous payons nos taxes, défrayons les frais de permis nécessaires, etc. Pour obtenir l’argent, nous vendons une partie de notre production et offrons quelques services aux gens de l’extérieur. Certains membres nous font aussi des dons. Quoique cette pratique soit répandue, elle est nullement obligatoire.

Certains seront peut-être surpris de constater à quel point la liste des règles à respecter est longue. Nous vivons en société, pas en anarchie. La liberté est brimée? Peut-être. Cependant, c’est le prix à payer pour vivre harmonieusement ensemble. Ceux qui partagent notre philosophie considèrent que l’application de ces règles est nécessaire.

Ceux qui atteignent une grande sagesse, peuvent rejoindre le conseil. Le conseil assiste le groupe dans ses prises de décisions. Il oriente les membres qui ont de la difficulté, par exemple en les décourageant de pratiquer une activité qui serait préjudiciable ou destructrice pour eux ou pour la communauté. Ils jugent de la pertinence des achats pour la communauté. Si l’apport d’un objet semble nuisible pour la vie du groupe, ils l’indiquent au propriétaire afin qu’il s’en départisse. Vous l’aurez deviné, les membre du conseil ne jouissent pas de privilèges particuliers en raison de leur statut.

Une secte? Je vous laisse juger. Nul n’est retenu contre son gré. Il n’y a pas de demande d’argent. Les comptes de la communauté sont accessibles à tous, en tout temps. Chacun est libre de pratiquer sa religion, en autant que sa pratique soit respectueuse des libertés de chacun.

Maintenant, peut-être vous demandez-vous pourquoi des gens se joignent et demeurent dans ce cadre? Une vie qui demande de la discipline et du travail, qui oblige à vivre en communauté en respectant de nombreuses règles, le tout avec peu de confort et sans espoir de faire de l’argent. Pour avoir la chance de faire ce que l’on désire vraiment, se voir comme on est, devenir un meilleur être humain et donner un sens à sa vie.

Voilà qui devrait vous donner une idée générale de notre groupe. Des questions?

Les commentaires sont clos.