Écoforesterie: Le travail d’hiver

par Robert Eichenberger

C’est évident que parmi nos lecteurs, des gens qui évoluent vers des vies plus près de la nature, il y a un bon nombre d’amateurs de sports d’hiver en forêt. Comme nos grands mammifères, nous apprécions le climat forestier parce qu’il y a moins de vent et l’hiver parce qu’il n’y a plus de mouches.

En plus, nous, les humains, on peut agrémenter nos chantiers d’un bon campement avec un bon feu parce qu’on n’a jamais entendu parler d’un feu de forêt en hiver. Alors, si vous le pouvez, ajoutez le travail forestier à votre liste d’activités pour renouer avec le froid et la bonne forme physique.

Le bois
Souvent, en campagne, on entend les personnes plus âgées dire que c’est en hiver qu’il faut couper notre bois et même que c’est pendant la lune décroissante du mois de janvier que c’est le mieux.

Ce sont des opinions fondées car en coupant nos arbres durant leur repos végétatif, on évite des problèmes de dégradation et d’altération qu’on retrouve dans le bois d’été à cause de la sève. Le bois d’hiver gardera sa forme. Aussi, l’écorce se détachera plus facilement du bois rond parce qu’il n’y a pas de formation de nouveau bois en dessous.

Un bois plein de sève aura plus tendance à tordre, fendre, cintrer, se voiler  ou se courber en séchant.  Aussi, dans la sève, il y des éléments nutritifs qui rendent le bois bien plus intéressant pour les insectes et les champignons.

Pour des gens comme moi, qui travaillons avec une scie à ruban portative, le bois d’hiver est bien plus facile à travailler. Il y a moins de sève qui vient gommer les guides de lame et les roues avec son suc et ses résines. Et l’écorce est plus propre parce que les bûches ont été traînées dans la neige et non dans la boue qui ruine notre aiguisage au contact avec la lame.

La neige protège aussi la forêt contre les activités humaines.
Il est évident que les chemins forestiers causent des dommages par l’érosion du sol et la compaction au niveau des racines, surtout quand ces chemins sont larges, comme préconisés dans les normes actuelles.

Les chemins d’hiver disparaissent au printemps.  Et même quand il y a un contact avec le sol, il est bien plus difficile d’endommager un sol qui est gelé dur comme du roc.

Avant l’avènement des véhicules motorisés, pour avoir des chemins d’hiver fermes et solides,  on roulait la neige avec des rouleaux tirés par des chevaux.  Mon voisin Jacques s’est fait une gratte qui, tirée derrière sa motoneige, fait des petits trottoirs aussi durs et stables que des petits chemins de fer.

C’est surprenant  de voir les chargements de bois qu’il peut tirer avec son équipement  doux et léger qui passe aisément dans le mètre et demi entre deux arbres. Ses chemins sont aussi très agréables pour la promenade et pour le ski de fond.

La motoneige
Le problème de la motoneige, c’est le maudit moteur deux temps.  Daryl Hoch de Eleva, Wisconsin, a remplacé le moteur de sa Polaris par un moteur trois cylindres de Suzuki Swift. Donc, il a augmenté sa puissance de traction à basse vitesse, réduit sa consommation d’essence de moitié et il pollue au moins cent fois moins.   Je crois qu’il est encore possible d’élaborer une machine idéale pour le transport du bois sur la neige. Inventeurs, à vos crayons et à vos ateliers.

Les chevaux
Le travail avec les chevaux peut être aussi agréable que doux pour la forêt.  On travaillera surtout au début de l’hiver quand la neige n’est pas trop profonde pour le cheval. C’est un travail des plus écologiques, également adapté à la sélection écoforestière de fine pointe.  Mais il faut avoir le tempérament calme et zen. Il faut développer la responsabilité, la considération et  l’amour. Parce que c’est l’humain qui est responsable de la santé et du bonheur de son partenaire animal.

Pour mieux comprendre le travail du cheval, ce n’est pas une mauvaise idée de développer les techniques “à bras”. J’ai déjà traîné des bûches avec un tobaggan et un “crazy carpet”, un genre de petit tapis en plastique très glissant, pour les grouper (buncher) aux endroits propices à être reprises par la motoneige. Encore, il nous reste beaucoup à inventer. Avec des câbles, des cônes, des poulies, des glissoires et d’autres trucs à la limite de nos imaginations, on peut augmenter l’efficacité de notre travail avec un investissement minime.

Même si la recherche officielle ou universitaire est présentement au service du modèle industriel, nous, les inventeurs indépendants qui oeuvrons dans les domaines alternatifs et naturels, avons tous les talents et les outils pour faire évoluer nos techniques vers la qualité et l’harmonie de nos interactions avec la forêt.

Sur ce, je vous laisse avec un truc de Rémi Bourgoin, un homme que j’admire beaucoup et qui mérite d’être apprécié par les humains autant que par les chevaux.

Pendant la semaine, Rémi abattait environ une dizaine d’arbres en laissant les branches à des endroits accessibles près des aires d’hiver des cerfs de Virginie ou ravages de chevreuils.  Les chevreuils étaient tous heureux de venir manger les bourgeons et ramilles des arbres abattus en hiver, quand la nourriture est plus rare.

Alors, Rémi amenait des touristes en ballade en traîneau avec ses magnifiques chevaux canadiens pour voir les chevreuils. Ceux-ci, habitués à ce transport silencieux, continuaient à manger sans s’occuper de leurs observateurs.  De cette façon, Rémi pouvait se gagner un revenu honnête en coupant bien moins d’arbres que quelqu’un qui ne dépend que du prix des billots pour gagner sa vie.

La complexité infinie de la nature nous offre des possibilités sans limites. On n’a qu’à laisser notre imagination faire des liens.

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