Guérir en liberté !

par Raphaël Zummo

Dernièrement, j’ai absorbé en profondeur le contenu du livre d’un médecin anthroposophe nommé Dr. Mees, soit: La maladie, une bénédiction… La guérison, un devoir…. La fusion de ce que m’apporte ce bouquin, qui donne vraiment de l’intelligibilité aux questions de la maladie, du traitement et de la guérison, et de mes observations des rapports entre humains, animaux, plantes et terre sur la ferme où je travaille, m’éclaire sur le sens de la vie. Voici donc le fruit de mes vertes méditations…

D’abord, j’ai le vif sentiment d’être, à l’égard du terrain cultivé, dans la même relation de responsabilité et de créativité qu’avec mon propre organisme. Créer un jardin c’est en quelque sorte s’inspirer de l’enseignement qui transparaît dans la nature pour ensuite entamer un processus de création d’un monde. La qualité de l’écosystème créé repose sur la qualité de l’esprit de l’agriculteur et des actions qui en découlent.

Ainsi, avant la création d’un jardin, l’humain contemple et perce de sa force connaissante les secrets des êtres qui ont animé la nature hier, qui l’animent aujourd’hui, où se manifestent leur puissance, leur sagesse et leur beauté dans le monde. C’est en quelque sorte la fleur de leurs oeuvres, la fin d’un cycle qui se dépose en nous lorsque nous pensons l’harmonie de l’univers. Puis, lorsque l’impulsion de création apparaît dans nos mains, au moment où l’humain grave la face de la Terre à partir de sa propre volonté originale, de son enthousiasme moral, alors commence à germer la graine du devenir d’un monde, la semence qui s’élance vers l’avenir. Nous sommes les fondateurs du monde à venir.

Maintenant je voudrais faire un parallèle entre la médecine et l’agriculture, pour mettre en lumière notre immense devoir face à la santé du monde entier, devoir d’une compréhension nouvelle de ce qu’est une véritable guérison, dont les domaines concernés ont tant besoin.

Le Dr. Mees explique clairement le sens de la maladie, dans son livre. En gros, il dit que l’apparition de symptômes est l’incorporation physique d’une déformation logée dans le corps de forces constructrices (corps éthérique), découlant de disharmonies au niveau de l’âme, laquelle déformation deviendrait sinon, inhibiteur pour l’évolution de l’être humain.

Ainsi l’homme, par son caractère, ses habitudes, son tempérament, par tous les traits de sa nature, possède des prédispositions pour diverses maladies, de la même manière qu’il possède des talents pour tel ou tel art, des affinités avec tel type de personne. L’apparition d’un trouble physique est donc un signal d’alarme précis qui indique un déséquilibre dans les forces de l’âme et qui entame un processus de libération de la cause obstructrice, lequel processus ne peut être complété que par une pleine responsabilisation de l’humain vis-à-vis son propre être. Accepter cette idée comme vraie nous pousse à reconnaître la déroute de la pensée scientifique moderne, qui ne recherche aucunement les secrets du langage se manifestant dans la maladie.

Le traitement symptomatique, c’est-à-dire l’élimination des manifestations corporelles de la déformation par la force de substances biochimiques, est le centre des recherches et des traitements offerts par la médecine allopathique.

On ne veut pas entendre et comprendre le rôle vital que joue la maladie (permettre aux troubles de l’âme d’être reconnus dans leur vêtement physique pour que l’humain les expulse consciemment de son propre être), donc on cherche à « guérir » le physique par le physique. On traite les maladies d’une façon unilatérale, considérant qu’elles ne devraient pas être (sans signification).

J’ai d’ailleurs eu l’occasion de discuter avec des jeunes qui se sont fait dire, par un de leur professeur en sciences au Cégep, que le seul moyen de libérer l’humanité du virus du sida serait de brûler tous les humains qui en sont affectés, puis ces jeunes répétaient cela avec approbation. Il serait équivalent de dire: « Les mains de plusieurs hommes commettent des crimes, nous allons donc couper celles de tous ceux qui semblent susceptibles de faire du mal avec leurs mains. »

Dans la veine de recherches de remèdes miracles pour vaincre la maladie, j’ai lu une publicité choquante, créée par une fondation recueillant des dons pour la recherche de traitements anti- sida. On y disait: le sida tue nos amis, nos parents, nos enfants, nos artistes, etc., etc., etc. – tuons le sida.

Or la pensée scientifique moderne est tellement ankylosée qu’elle ne remarque même pas que ses démarches elles-mêmes, qui proposent le combatde la maladie, fortifient les causes spirituelles agissantes.

D’ailleurs, le fait que les humains ne se rendent pas compte de comment se forment leurs pensées et de comment elles agissent en retour dans la conscience, dans la pratique et dans le corps, constitue la raison première de l’emprise qu’a la maladie sur l’homme. Tant que celui-ci combat les symptômes qui apparaissent comme une grâce prophétique dans son organisme, la partie caractérielle, morale, autonome, créatrice de son être demeure inchangée; elle dépérit même, ainsi aucune guérison réelle n’est possible.

Or dès que l’on apprend à lire ce qui se passe entre les lignes des événements, on acquiert la conviction que la nature même de la maladie, qui est en réalité symptôme d’un déséquilibre dans l’âme, est outil de croissance spirituelle. Il faut d’abord vouloir grandir dans ce sens.

Pour dépeindre clairement la contradiction inhérente à l’approche allopathique citée plus haut (vouloir supprimer la maladie mais vivre dans un mode de pensées et d’investigations qui est un élément capital de l’origine des maladies dégénératives comme le cancer), autant en médecine qu’en agriculture modernes, je ferai appel à l’expérience, à la sagesse du docteur Mees.

M. Mees décrit les maladies inflammatoires et les maladies paralysantes, dégénératives comme deux polarités. Les premières apparaissent durant la jeunesse, elles étaient plus fréquentes dans le passé (épidémies au Moyen Âge), elles se manifestent par la chaleur, elles tendent à libérer, à guérir d’une prédisposition. Les autres atteignent plutôt la vieillesse, elles sévissent sévèrement dans les temps modernes (cancer, maladies cardio-vasculaires, paralysie, etc.), elles sont stagnantes et froides et tendent vraiment à détruire l’organisme physique (maladie incurable).

Ainsi, lorsque quelqu’un a un cancer, l’apparition de maladies inflammatoires représente réellement l’implication de forces guérisseuses, qui cherchent à ôter de la densité à l’action paralysante qu’a le cancer sur les fonctions du corps de vie. Mais les médecins, trop souvent, dans cette situation, disent: « On ne peut rien faire pour guérir la tumeur, mais on a tout de même les antibiotiques qui peuvent réduire les douleurs de l’inflammation »

De cette manière, bien que l’action du médecin soit faite dans le désir d’aider, les chances de guérison par incorporation d’une chaleur naturelle s’amoindrissent et l’étouffement du corps malade s’agrandit. Il ressort de ceci qu’il faut adopter une attitude différente face à chaque forme de maladie.

Si la douleur contribue à la vraie guérison, il faudra acquérir en tant qu’humains le courage de se réapproprier nos propres forces de guérison et de réalisation en comprenant et en surmontant les difficultés qui se présentent sur notre route, à tous les niveaux. Combattre les maladies (déficiences), qui en réalité nous appartiennent, signifie carrément se battre pour ne pas écouter ce qui nous incite à nous transformer là où c’est difficile de le faire, en imaginant que le mal a sa cause hors de nous.

Pour revenir à mes réflexions sur l’agriculture, je veux simplement dire ce qui suit. De la même manière que le cancer, la monoculture chimique est en soi une maladie dégénérative. Les sols qui sont cultivés ainsi deviennent réellement impuissants et pauvres; leur vitalité bactériologique est presque nulle.

L’apparition d’insectes « non-désirés », comparable à l’apparition de maladies inflammatoires dans l’organisme humain, est bien évidemment une forme de langage qu’il faut apprendre à lire pour comprendre ce qu’il faut transformer dans notre approche de l’agriculture. C’est l’incorporation d’une déformation qui indique qu’il y a faiblesse dans le sol, dans l’organisme vivant qu’est le jardin.

La seule façon d’arriver à une guérison réelle est de saisir le message que portent en elles les bestioles ou herbes envahissantes et de travailler à toujours reconstruire la santé du sol lui-même, avec dévouement et constance. Car un terrain traité aux pesticides, herbicides et fertilisants est fondamentalement inapte à se maintenir en santé par lui-même; de même l’homme qui posséderait tous les médicaments nécessaires pour éliminer les maladies possibles resterait essentiellement très faible, pauvre et desséché, et de nouvelles maladies apparaîtraient toujours pour lui indiquer les décadences de son âme!

En réalité, tout état corporel déficient est conséquence d’une erreur logée dans l’âme humaine. Par exemple, avant que les marchés d’alimentation deviennent ce qu’ils sont aujourd’hui, il a dû se produire un décalage entre la pensée humaine et la réalité.

La science matérialiste qui ne considère dans ses investigations que l’aspect physico-chimique des aliments en est venue à dire que tous les aliments sont constitués de glucides, lipides, protéines, vitamines et minéraux (sur le plan physique c’est juste).

Puis elle a recherché ce qui semblait être l’alimentation équilibrée selon la quantité de chacun de ces éléments absorbés. Mais ce qu’on a littéralement perdu de vue, et même chassé de notre regard sur le monde végétal et animal, c’est la vie, le langage.

On ne remarque donc plus les différences fondamentales entre -manger un fruit -manger une racine -manger du sucre raffiné, car tous trois sont biologiquement essentiellement glucidiques.

Mais les affinités entre chaque humain et chaque forme végétale absorbée sont infiniment variées, subtiles, et belles… À quoi ressemblent les supermarchés aujourd’hui ? À un jardin qu’on aurait presque entièrement vidé de sa vitalité, décomposé en mille substances sophistiquées; à un corps coupé de ce qui apporte cohésion et santé à sa forme: la sagesse vivante qui est l’élément interactif et qui ne peut être saisie que par une pensée souple et vivante, attentive.

Mais la majorité des agriculteurs s’y prennent de la même manière avec la terre que les médecins avec le corps humain: on élimine les symptômes de la maladie (insectes), par l’application de traitements violents, qui renforcent le processus de destruction entamé par la création d’un écosystème déficient. Ainsi les ravageurs(insectes et symptômes) d’un côté et les traitements (pesticides et médicaments) de l’autre deviennent toujours plus puissants mais l’humain qui exacerbe à demi-conscience cette guerre est placé au centre de celle-ci; il est la terre qui perd sa vitalité interne, ses propres forces; il est avec la Terre entière la victime de ce combat dangereux qu’il engendre.

Dans ses profondeurs, il étouffe entre ravageurs et traitements; c’est le fléau du cancer. Si on suit bien le fil de ces pensées, la réflexion suivante peut naître : l’agriculture biologique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui suffit-elle à rétribuer au sol toute sa force interne? Si l’attitude adoptée face aux ravageurs reste la même et qu’on ne fait que remplacer les substances chimiques par des substances naturelles, je crois qu’il est juste de répondre: non.

Or si l’agriculteur adopte la disposition d’esprit caractérisée dans cet essai par rapport à tout ce qui se manifeste dans ses jardins, on est, je pense, sur la voie d’un oui. Non seulement d’un oui pour la santé du corps de la terre et du corps de l’homme, mais d’un autre grand oui qui est celui d’une pénétration intime des forces spirituelles humaines dans les secrets inhérents à la Terre.

De cette manière l’agriculteur devient réellement un artisan dont la fascination s’accroît nécessairement, parallèlement à l’éveil graduel qui s’opère en lui grâce à la rencontre de ses efforts de connaissance appliqués avec les mystères infiniment profonds de la Nature. Il va sans dire que l’Esprit de la Terre reprendra vigueurs et bonheurs, fécondé de toutes parts par l’amour ardent de l’Homme-Esprit!

Ici on rencontre l’agriculture biodynamique. Celle-ci n’est pas tant un ensemble de connaissances qu’on peut acquérir de la même manière que d’autres connaissances et que l’on applique d’une manière uniforme pour obtenir des résultats meilleurs. Elle consiste justement en une transformation de la pensée et en un effort concret et original pour la réalisation d’idées.

Quelqu’un peut ne jamais avoir entendu parler de l’agriculture biodynamique, mais dans la vitalité de ses idées et dans le dévouement plein d’amour pour la recherche d’une harmonie toujours plus grande dans ses procédés d’agriculture peut se révéler l’essentiel de ce que recherche la biodynamie : l’interpénétration des sagesses humaines et cosmiques. D’ailleurs beaucoup d’efforts déployés dans le domaine de l’agriculture biologique répondent à cet esprit (compagnonnage, purins, compostage).

En réalité, ce que l’on doit apprendre à réaliser pour retrouver l’essence de la guérison n’a rien à voir avec le combat des symptômes de la maladie. La vraie guérison se réalise lorsque la tâche de la manifestation de la maladie est comprise et prise en charge par l’humain, avant que la maladie n’ait à le faire. On se retrouve donc face à face avec la parole gravée au fronton du Temple de Delphes et que l’on rencontre nécessairement quand on choisit de croître sur le plan spirituel : « Connais-toi toi-même ». Toute forme vivante qui existe dans le monde cache en elle un secret, un message. Tout dans le monde a un rapport intime avec quelque partie de l’être humain. À nous d’épanouir notre connaissance, notre sensibilité et notre esprit créateur en saisissant ce langage énigmatique du cosmos d’un oeil nouveau…

Encore une fois j’encourage vraiment tous ceux qui désirent connaître le cosmos et eux-même à s’initier aux écrits, à l’approche anthroposophique. Je n’ai indiqué que quelques pistes explorées par cette science spirituelle; l’agriculture biodynamique, la pédagogie Waldorf, l’eurythmie, etc. Ces activités sont vécues dans le monde, élaborées, mises en application dans le concret. Saisissons le langage vivant de l’esprit à travers la nature et dessinons les racines du monde à venir, duquel nous sommes les sources naissantes, maintenant et activement !

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