Journée internationale sans voiture

par Celan Lavalé

À vélo dans le trafic on n’a pas tellement le temps – sinon pour vivre! Intensément dans l’instant présent: instinct de survie.

Cependant, quand notre pensée prend de la distance sur une route tranquille, on peut ruminer, élaborer des idées et s’y distraire (et, plus lentement encore, marcher: c’est reconstruire la ville au goût de sa pensée).

Par exemple: qu’est-ce que la liberté? Notre liberté de mouvement en ville… Et qu’est-ce que le civisme? Avoir de l’égard pour la voie d’autrui… Comment ces notions jouent-elles ensemble? Liberté, civisme… Comment sont-elles délimitées?

Pour commencer, en se posant un cas difficile: pluie drue, glaciale, apocalyptique et (ajoutez-y un adjectif de votre cru), puis le piéton traverse une rue sur la lumière rouge. Est-ce une liberté égocentrique que prend le piéton ou n’est-ce qu’un simple geste de civisme d’accepter, en tant qu’automobiliste, qu’un piéton en conditions « désagréables » s’arroge des droits? (Et si tous les piétons faisaient pareil? Ce serait l’anarchie, le dysfonctionnement d’un système routier conçu pour être le plus fluide possible. Qu’est-ce qui change quand « tout le monde le fait »?)

Un cas plus facile maintenant: utiliser sa voiture le 22 septembre, Journée internationale sans voiture, est-ce l’infatuation complète de la liberté égocentrique? Est-ce le manque de civisme porté à son comble d’un système de transport devenu despotique à force d’être omniprésent? (« Tout le monde le fait »). En retour de quoi, marcher, marcher en plein milieu de la rue, est-ce le civisme de ressouder le sentiment de communauté sur la simple idée d’une reprise de possession? De brandir pour partager une énergie festive?

Ces questions ne sont pas simples, mais elles le sont un peu. Sans la présence des automobiles, elles le seraient, plus simples, comme dans « simplicité volontaire ».

Une invitation ou deux, comme ça en passant: pour discuter de ces questions, le 22 septembre allez pique-niquer au milieu du croisement de deux boulevards achalandés. Allez jaser avec les automobilistes congestionnés (en en faisant poliment les otages immédiats d’une grande fête pas pensée pour eux); jouez au hockey Cosom, au frisbee, au rugby, faites du ski sans neige comme des clowns, comme des débiles! Ou, en toute simplicité, amusez-vous! Baladez-vous entre amis sur la rue: c’est fou ce qu’un seul piéton obstiné (mais aimable) peut causer comme bouchon sur toute une rue…

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