Kokomville: L’appel de Grand-Mère

par Frère Ours

Il est dit, dans la prophétie hopi, qu’un jour viendra, où les enfants des enfants des enfants des conquis s’uniront aux enfants des enfants des enfants des « conquistadores » et qu’ensemble ils rebâtiront un monde meilleur… Ce moment est ici et maintenant ! Toutes les prophéties se réalisent, il est temps d’agir!!!

En l’an de grâce deux-mille, la famille algonkienne de Kokomville, dans le parc de La Vérendrye, est venue demander secours à la famille de l’arc-en-ciel du Québec, afin de venir en aide à nos cousins les arbres de leurs terres ancestrales. Le parc de La Vérendrye est une des région les plus bûchée du Québec. Les arbres y sont massacrés de plus belle. Plusieurs frères et soeurs de l’arc-en-ciel ont répondu avec enthousiasme à cet appel à l’aide, et sont allés supporter, protester, dormir et manger, rire et pleurer, avec ces amérindiens(nes) traditionels(les) qui vivent du mieux qu’ils(elles) peuvent, comme leurs ancêtres, en harmonie avec leur environnement.

Cette alliance nouvelle et porteuse d’espoir ne s’arrêta point là. Au rassemblement de l’arc-en-ciel de l’été 2001, près de la Baie-des-chaleurs en Gaspésie, Joseph Wawati entreprit 18 heures de route pour venir partager ses connaissances chamaniques, et mener à bien une séries de 4 « sweat lodges » traditionnels. Les participants(es) devaient jeûner, sans boire, ni manger, pendant les 4 jours précédant le « sweat lodge ». J’y ai participé et j’en suis ressorti plus fort, purifié, amélioré avec granules bleues! Tous et toutes, ont bénéficié de la présence de ce sage grand frère, « homme-médecine ». De plus, lors d’un conseil de vision, nous avons décidé, suite aux recommandations de Joseph, de réaliser le prochain rassemblement de l’arc-en-ciel chez lui en terres Algonkiennes, près de Kokomville. Ils ont encore demandé de l’aide car leurs forêts sont en péril. Dans ce même conseil, Joseph remit une pipe sacrée à un ancien de l’arc-en-ciel, qui la porte aujourd’hui pour toute la famille, avec toutes les implications spirituelles et médicinales qu’elle entraîne, symbolisant l’union nouvelle et é(terre)nelle qui vient de naître de ses deux peuples.

Entretemps, Jacob Wawati, frère de Joseph, présentait une action majeure en cours contre les compagnies qui abattent les arbres pour essayer de gagner du temps et protéger leur matrimoine. Avec une équipe solide, et une forte détermination, ils ont gagné leur cause, et ont été les héros d’un instant pour le bonheur de la famille à Kokomville. Ils ont pu sauvegarder une petite partie de territoire, mais beaucoup reste encore à faire avant d’enterrer la hache de guerre.

Cette année, comme prévu, nous avons eu notre réunion de famille multicolore, à environ 20 minutes de Kokomville, sur les terres autochtones. Ce fut vraiment un rassemblement incroyablement merveilleux, mirobolant, je dirais même plus, SuperKalifragilistiqueèspidélilicieux! Les liens entre la famille Wawati et la famille arc-en-ciel se sont renforcés. Joseph, communément appelé Jo, a encore une fois animé la cérémonie sacrée du « sweat lodge » traditionel. J’ai récidivé un jeûne de 4 jours pour mon plus grand bien. Louise Wawati, soeur de Jo, a aussi assisté un « sweat lodge » réservé aux femmes, qui fut très apprécié, en plus de quelques bains de cèdres.

Nous avons participé à une grande fête à Kokomville. La table était garnie à souhait (castor, orignal, riz sauvage, etc.) C’était émouvant de voir les deux peuples manger et festoyer ensemble. Le soir de la pleine lune, au souper, nous avons eu la chance et l’honneur d’entendre un groupe de chanteurs amérindiens accompagnés de leur immense tambour de cérémonie. Spontanément nous nous sommes mis à danser en cercle autour d’eux battant la mesure au son mélodieux et plein d’émotions de leurs chants traditionnels. Ce fut un moment privilégié qui restera gravé dans ma mémoire.

Quelque chose de très grand naquit cet été. Jacob a initié la mise sur pied d’une étude sur l’impact qu’ont les humains(es) sur la forêt. Il a aussi partagé ses connaissances de la nature, sous forme d’ateliers, qu’il nous a offerts sous une maison- longue et qui ressemble un peu à un abri tempo rustique, près du tipi de Jo. J’ai assisté seulement à quelques minutes d’atelier, et laissez-moi vous dire que la quantité d’informations sur la nature que j’ai captée en ce si court laps de temps est phénoménale! Et pour supporter son étude, les algonkiens(es) de Kokomville ouvrent leurs portes à la famille de l’arc-en-ciel et tous ceux et celles qui veulent agir maintenant, afin de bâtir ensemble un village écologique sur leurs(nos) terres. On pourra y apprendre une multitude de connaissances sur les plantes, les animaux, la survie en forêt, la confection de vêtements en cuir sauvage, les rituels, les cérémonies, la guérison, etc. Le fait d’habiter la forêt en communauté écologique favorisera incontestablement la conservation de celle-ci, tout en montrant l’exemple.

La construction d’habitations écologiques est déjà prévue pour cet automne et pour le printemps prochain; il y a énormément de travail pour tous ceux et celles qui veulent oeuvrer. Les autochtones de Kokomville sont très chaleureux et ils sont prêts à nous aider dans cette démarche. Tout ceci est comme un rêve pour le petit enfant en moi. Je suis et j’ai toujours été fasciné par la tradition et l’imaginaire amérindiens. Cette sagesse inestimable nous est maintenant très accessible. Nous avons beaucoup à apprendre, mais nous pouvons aussi apporter beaucoup à cette société aux prises avec des problèmes semblables aux nôtres (destruction de l’environnement, alcool, drogues, violence, pauvreté, etc.) Je pense à l’agriculture biologique, les serres, notre conscience multiculturelle, notre ouverture sur le monde, et surtout notre respect et notre amour!

Plein d’amour à vous tous et toutes, que vous soyez rouges, noirs, blancs, jaunes ou…verts!

« Quand ils auront coupé le dernier arbre, pêché le dernier poisson, et pollué la dernière rivière, alors ils comprendront que l’argent ne se mange pas ! »

Citation amérindienne célèbre

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