La beauté naturelle: de quoi y perdre son latin !

par Danielle Russell

La plupart des gens connaissent les termes utilisés dans l’industrie des aliments tels que polyinsaturé, glucide, hydrate de carbone ou ceux des ingrédients comme isolat de protéine de soya, gomme de guar et maltodextrine. Ceci n’a pas toujours été le cas. En fait la divulgation obligatoire, somme toute récente, des ingrédients sur les emballages des aliments, a grandement aidé la population à s’éduquer, à apprendre à faire des choix , et aussi à exiger des manufacturiers une plus grande transparence.

Dans le domaine des soins personnels et de la cosmétique, le réflexe est moins bien développé:

Ingrédients: Butyrospermum parkii, triglyceride caprylique, hexadécan-1-ol, kaolin, Pogostemon cablin, Musa sapientum, anhydrique titanique, sulfate de magnésium sulfate, p-hydroxybenzoate de méthyle.

Voilà les termes que vous pourrez lire bientôt sur vos petits pots de soins quotidiens, si enfin, après de longues années d’inertie, Santé Canada entérine la modification au règlement de l’étiquetage des cosmétiques déposée en 27 mars 2004. En attendant, la divulgation des ingrédients demeure “volontaire” et peut donc légalement les inclure tous, seulement les ingrédients actifs, des ingrédients sélectionnés par le manufacturier ou rien du tout. Quand seront adoptés les changement proposés, il faudra encore compter au moins 3 ans avant de voir tous les ingrédients, listés en ordre décroissant, appelés selon la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques (INCI) qui est un amalgame latin/anglais en vigueur en Europe, aux États-Unis, en Australie et au Japon, entre autres. Une période de grâce permettra aux manufacturiers d’écouler les stocks et matériaux déjà imprimés.

Avec le temps, l’expérience et les références disponibles, on comprendra qu’il s’agit de :

Ingrédients : beurre de karité, huile de noix de cocotier fractionnée, cire végétale, argile blanche, patchouli, banane en poudre, blanc de titane, sel d’Epsom et agents de conservation.

Le désir d’obtenir des produits de soins corporels plus naturels a engendré une vague de fond. De nouvelles entreprises ont vu le jour; en Europe par exemple “The Body Shop” proposait, dès les années ‘70, des recettes à base d’ingrédients naturels. Ceci à prix d’or, que les consommateurs s’empressent de débourser sans compter, contents de faire des achats plus sains pour leur santé, politiquement corrects et inoffensifs pour l’environnement.

Les géants de la cosmétique ont vite senti la bonne affaire et ont emboîté le pas avec un “style” naturel: on trouve donc dans les magasins à grande surface des shampoing, savons, crèmes et autres avec des noms évocateurs contenant des mots comme bio /organique / naturel / herbal / floral qui n’ont pourtant jamais contenu une goutte d’extrait de plante ou d’huile essentielle. Ceci grâce aux droits conférés par l’enregistrement de marques de commerces et de la propriété intellectuelle. On peut par exemple nommer une crème BIOFLEUR sans pour autant y mettre d’extrait de fleurs, ni de produits de culture biologique.

De même, dans les marchés de produits naturels, les cosmétiques sont livrés aux lois du boniment. On y trouve des concoctions de tout acabit, du naturel artisanal au commercial bien maquillé. J’ai repéré pour cet article des exemples: La “Crème du Jardinier” un miracle fait avec de bonnes intentions et des prières, celle-ci combat les irritations cutanées bizarres (textuel de l’étiquette), l’eczéma et le psoriasis. J’ai vu du savon artisanal 100% pur au lait de chèvre et à l’huile essentielle de Lilas. Or le lilas, le muguet, le chèvrefeuille, de même que les petits fruits n’offrent pas d’huile à extraire, il faut la synthétiser, et pour les bonnes intentions, elles sont difficiles à embouteiller, et encore plus à prouver.

Je me suis retrouvée confrontée à ce marché en pleine crise quand j’ai démarré, en janvier 2000, ma petite fabrique de savon et cosmétiques naturels. Armée de grandes idées et de petit savoir, face à une compétition qui peut légalement se permettre de mentir pour vendre, je me trouvais bien seule avec ma transparence. Il m’a fallu faire un effort considérable de pensée critique, bien souvent à contre-courant d’une contre-culture, pour entreprendre de véhiculer que tout ce qui est naturel n’est pas automatiquement bon et que tout ce qui est synthétisé n’est pas automatiquement mauvais. Il ne reste maintenant qu’à convaincre le client !

Dans la quête d’un monde meilleur, on a tendance à vilifier tout ce qui est synthétique. Prenons par exemple les agents de conservation qui sont ajoutés en proportions somme toute minimes, pour nous protéger d’infections bien peu souhaitables. La bonne crème corporelle est, tout comme la bonne mayonnaise, riche en graisse, eau et protéines. Nous savons bien que la mayonnaise peut être infectée de salmonelle sans présenter de changement de couleur, de goût ou d’odeur. Votre hydratant corporel aussi peut vous infecter de la salmonelle, par le biais d’une petite lésion ou d’un frottement de l’oeil. Les signes de détérioration n’apparaissent que bien après la contamination, qui peut avoir eu lieu suite à la manipulation d’aliments, de spores aériennes qui atterrissent dans un pot ou autres sources non visibles mais bien présentes. Les agents de conservation efficaces arrêtent la prolifération de quelque 300 organismes bien plus nuisibles à votre santé.

Pourtant, bien des petits manufacturiers renient les agents de conservation efficaces, pensant gagner ainsi un avantage compétitif et s’afficher comme étant plus “naturels”. Ils déclarent utiliser des vitamines anti-oxydantes ou des extraits de plantes ou, pire encore, rien du tout. Sachez que dans tous ces cas, vous êtes mal informé. Soit on a inclus des agents de conservation sans les divulguer, puisque c’est légal. Soit vous êtes exposé à un produit qui peut se contaminer rapidement à votre insu.

Comment donc décider où investir et comment choisir ? Voici un petit guide de survie pour vous aider à naviguer jusqu’à ce que les eaux troubles de l’étiquetage se transforment en lagon bleu:

À l’achat:

• Ne pas suivre les rumeurs qui circulent sur Internet. Ces bulletins sont souvent sous forme de courriels en chaîne et ont des bases pseudo scientifiques qui réussissent à faire peur au consommateur néophyte. Il ne faut pas croire tout ce qui circule sur le Web.

• Éviter d’encourager les entreprises qui offrent des produits sans énumérer les ingrédients. En pharmacie et au magasin d’alimentation naturelle on trouve des bouteilles avec des listes complètes d’ingrédients, quelques mots latins ne devraient pas vous effrayer, le manque de transparence est plus dangereux. Lire les étiquettes et essayer de voir si le produit final peut logiquement être le résultat des ingrédients inscrits.

Par exemple, l’eau et l’huile ne se mélangent pas, donc une lotion ne peut pas logiquement, contenir seulement des huiles (végétales ou essentielles) et de l’eau. Une entreprise qui camoufle des ingrédients ne mérite pas votre argent.

• Ne pas s’emballer et tout acheter la ligne à cause d’une réclame prometteuse. Si ça semble trop beau pour être vrai, les chances sont que vous serez déçus. Il est préférable d’acheter un seul format et de voir si on aime sa texture, son odeur et son effet. Gaspiller, ce n’est pas écolo.

• Choisir des produits fabriqués au Québec; nous avons la chance d’avoir déjà des manufacturiers dont la conscience sociale est bien développée et dont les produits sont excellents.

• De plus, il y a de très bonnes raisons d’acheter la production locale. D’abord, le manufacturier peut répondre à vos questions, il suffit d’un coup de fil et vous aurez l’heure juste en plus de savoir à qui vous avez affaire. Puis vous encouragez des entrepreneurs d’ici qui s’approvisionnent de fournisseurs d’ici. Voilà des emplois équitables et des fabriques soumises aux lois canadiennes en matière de salaire minimum et d’environnement. Les profits sont taxés et dépensés dans notre économie et nous en profitons tous. Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Rappelez-vous que la base des soins du corps est facile à maîtriser. Il faut quotidiennement laver, hydrater et traiter la peau pour garder les cellules en santé et souples.

Voici des solutions maison à faire soi-même:

La plus grande partie du lavage et de l’élimination des bactéries résulte de l’action mécanique du frottage qui doit durer au moins 3 minutes. Prenez donc le temps de vivre et la recette suivante vous aidera à vous débarrasser les cellules mortes et à entretenir une peau souple et lisse:

Recette de gommage:

200 ml de farine d’avoine (exfolie en douceur)

3-5 gouttes d’huile essentielle de lavande (lavande et laver ont la même racine!)

30 ml de glycérine végétale liquide ou de miel (aide la peau à se réhydrater)

Huile de noix (légère et hydratante, antioxydante et riche en acides gras essentiels)

Ajoutez l’huile de lavande à la glycérine végétale et incorporez la demi-tasse de farine d’avoine. Versez un filet d’huile de tournesol pour obtenir une pâte lisse et épaisse. Utilisez une cuillère d’inox pour ne pas contaminer le pot et frottez vigoureusement sur la peau pour enlever les taches des mains et adoucir l’épiderme. Vous pouvez conserver ce mélange dans un pot fermé pendant une semaine sans réfrigération.

La peau aime être dorlotée et la plupart des aliments riches et onctueux à goûter sont aussi de bons hydratants cutanés. Les huiles végétales pures sont souvent trop lourdes pour les appliquer directement sur la peau. Pensez au chocolat onctueux, il est un très bon masque nourrissant. La crème ou le yogourt sont bons pour affiner les pores du visage. Voici une bonne recette de masque nourrissant pour le visage:

Recette de masque nourrissant:

½ à 1 cuillerée à soupe d’argile blanche ou verte (absorbe les impuretés et nettoie profondément)

1 goutte de vinaigre de cidre de pomme (pour abaisser légèrement le PH et pour les minéraux présents)

½ cuillerée à thé au choix de yogourt ou de banane en purée (protéines végétales ou laitières)

1 capsule de vitamine E naturelle (antioxydant)

½ cuillerée à thé d’infusion de tisane à la menthe (stimulant et rafraîchissant)

Bien mélanger tous les ingrédients liquides et la banane ou le yogourt. Ajoutez l’argile petit à petit jusqu’à ce que le mélange soit lisse et crémeux. Laissez reposer quelques minutes en buvant la tisane qui reste, puis appliquez le mélange sur le visage. Toujours s’assurer que les yeux sont hors de portée de la pâte. Partagez le reste avec les voisins et ne tentez pas de conserver ce mélange pour la prochaine fois, il est périssable.

Pour traiter les zones très sèches de l’épiderme, il faut une pommade bien grasse, qu’on appliquera de préférence le soir, pour que les éléments hydratants puissent agir toute la nuit.

Recette de pommade:

3 cuillerées à soupe de cire d’abeille râpée en copeaux (pour épaissir les huiles)

100 ml d’huile d’olive vierge de première pression à froid (riche en vitamine E et en antioxydants et ne cause pas de réactions adverses même sur la peau irritée ou blessée)

3 gouttes d’huile essentielle de romarin (camphré et antibactérien)

5 gouttes d’huile essentielle de tea tree (antifongique, antibactérien et ayant un léger effet antibiotique)

Faire chauffer la cire d’abeille au bain-marie et ajouter ¾ de l’huile d’olive. Faire tomber une goutte sur une assiette froide et vérifier la consistance de la pommade. Si elle est trop ferme, ajouter de l’huile d’olive et essayer de nouveau. Les copeaux de cire peuvent varier de taille et vous pourrez ainsi choisir la texture qui vous convient le mieux. Ajouter l’huile essentielle à la fin. Versez dans un petit pot de verre et appliquez au besoin

Enfin, les signes de l’âge et le teint terne qu’on redoute tant sont bien plus le résultat de notre alimentation et de nos mauvaises habitudes. Avant de dépenser des fortunes pour tenter de remédier aux abus du passé, tentez une cure beauté simple et peu coûteuse: buvez de l’eau fraîche souvent au courant de la journée, favorisez le thé vert et les tisanes au café, respirez profondément et bien sûr, ne fumez pas, ne buvez pas de boissons alcoolisées fortes, choisissez plutôt la bière et le vin qui, au moins, offrent des nutriments, dormez assez pour vous reposer vraiment. Même à 20 ans, le corps a besoin de se ressourcer. Et enfin, souriez: les pattes d’oies sont bien plus jolies que les fronces.

Références: 

Botania
www.botania.com

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