La chronique du Ti-Tamis: Spécial Survie

par Sarah Maria
(avec l’aimable collaboration de Patrick Gravel dit Pipeau)

La nature a ses mystères et si nos ancêtres connaissaient bien les trésors qu’elle recèle, nous avons encore bien des choses à apprendre d’elle. La plupart des arbres et des plantes nous offrent à chaque saison tant de choses pour vivre l’autosuffisance : nourriture, logement, médecine, contenants, ustensiles… voyons quelques-uns de ces trésors. Nous ferons à l’intérieur de cet article une brève tournée des quatre saisons.

Printemps
Premièrement, les eaux de l’érable et du bouleau étanchent notre soif tout en nettoyant notre corps. Efficaces laxatifs! Viennent ensuite les racines gorgées de toute leur force: bardane, quenouille, piause, syrpe des étangs, sagittaire, claytonie. Et saviez-vous que les bourgeons de plusieurs arbres sont comestibles, et même délicieux? Les hêtres et les érables sont dans le palmarès, ainsi que les bourgeons d’aulne qui, une fois bouillis, donnent un potage inusité.

Bouleau
La nature foisonne ainsi d’aliments qui nourrissent notre corps et le purifient: les jeunes pousses et fleurs de tussilage tôt au printemps, jeunes feuilles de pissenlit, d’aster, de marguerite, de barbarée, de moutarde, d’orpin, d’oseille, feuilles et fleurs de violette, jeunes feuilles d’aster, pousses d’épilobe, seront délicieuses crues ou en salade. Les têtes de violon (fougère à l’autruche, voir Aube no 6) seront délicieuses à la vapeur, on peut les accompagner de tiges de tussilage en asperges, de feuilles de hêtre et de jeunes feuilles d’ortie. Plus tard, on pourra aussi faire bouillir dans deux eaux les tiges d’asclépiade et les jeunes feuilles d’aulne, ces dernières ayant un goût semblable aux épinards.

Haute gastronomie des bois
Les feuilles de vigne sauvage: Ébouillanter des feuilles de hêtre, les disposer en alternance, en croix. Mettre une cuillerée de riz sauvage au centre de la feuille et rouler! Mettre les roulés dans des pots hermétiques, avec de l’huile et du vinaigre. Stériliser les pots dans l’eau bouillante vingt minutes. Miam.

Vive la quenouille!
Une petite pause dans la danse des saisons pour parler de cette plante si généreuse. Au printemps, ses jeunes pousses sont un excellent légume blanc. On n’a qu’à ôter ses premières feuilles autour et on savoure ce délicieux légume cru ou bouilli. Le rhizome, tout comme le pollen, donnait aux anciens une délicieuse farine. Au coeur de l’été, un autre trésor se cache au centre de la quenouille. Lorsqu’on pèle les feuilles, on découvre un tendre et délicieux petit coeur! On peut se servir de son épi pour faire des mèches de lampe, ses feuilles isolent les abris, ses fibres font des cordages et des filets…

L’été
Les racines de salsepareille (aralia nudicaulis) mâchouillées, malgré leur goût intensément astringent, se révèlent énergisantes en cas de fatigue. On peut également s’en servir pour fabriquer une root beer sauvage, à laquelle on rajoute des feuilles de thé des bois (gaulthéria procumbens) pour le petit goût caractéristique du salicylate de méthyle. Ce principe actif, qu’on retrouve notamment dans la pensée sauvage, la reine des prés et surtout dans l’écorce de saule, est à la base de l’aspirine. On s’en servira en cas de fièvre et d’inflammations diverses.

Soleil trop chaud?
La poudre de l’écorce du peuplier baumier fera une excellente protection contre les coups de soleil, on n’a qu’à s’en poudrer le corps! S’il est trop tard, on fera une infusion avec les fleurs fraîches de millepertuis pour calmer la brûlure, ou avec de la menthe pour rafraîchir

Lors d’une blessure
La bourse à pasteur mâchouillée arrête automatiquement le sang, et l’achillée millefeuille préparée de la même façon, donne aussi de bons résultats lors d’hémorragies. Pour désinfecter et protéger des corps étrangers, on perce délicatement les petites bulles sur l’écorce du sapin et on applique la sève sur la plaie. Vous recouvrez avec une feuille qui tient bien, c’est le défi! Elle tiendra mieux si elle a été passée un peu à la vapeur. Une algue fait aussi bien l’affaire. Attention: si vous la laissez à l’air, les poussières pourront entrer dedans et vous allez coller partout! Le plantain écrabouillé (pour varier un peu les mots!) accélère la cicatrisation et calme les piqûres d’insectes.

La méchante herbe à puce
On calme les démangeaisons avec de l’écorce de cornouiller hart-rouge (cornus stolonifera) bouillie. Cette décoction peut prendre de quelques heures à une journée à agir.

Pour éloigner les insectes
Les feuilles de clintonie boréale (clintonia borealis) écrasées ou mâchouillées font un jus vert qui éloigne les moustiques… de cinq à trente minutes, selon les personnes! C’est quand même très utile lorsqu’on est assailli-e en promenade. Mais comme dirait l’autre: “ Y a rien comme un bon feu d’boucane pour éloigner les bébittes!” L’idéal, c’est de jeter des herbes fraîches dans le feu et de se parfumer à cette fumée.

On pourra déguster l’été:

…les pousses d’épilobe bouillies en asperge, les boutons de marguerite et de pissenlit en câpres, les fleurs de sureau rôties. On peut aussi faire sécher les fleurs de sureau et en faire une intéressante farine à pâtisserie. On peut se faire des bonnes salades de chou gras, de cresson et de moutarde, qu’on décorera magiquement avec des fleurs d’épilobe, de pensées, d’euphraise, d’églantier, de trèfle rouge…

C’est le temps des petits fruits…
Les bleuets, les framboises, les mûres, les fraises des champs, les baies de thé des bois (en petite quantité seulement! ), de quatre-temps (cornus canadensis), d’amélanchier, du viorne bois d’orignal (viburnum lantanoïde), du viorne pimbina (viburnum trilobum), du sureau, les prunes sauvages, les gadelles, alouette! Tant de fruits poussent en abondance chez nous.

Pause bouleau
Dit Ush Kuai en Innu et Wîgwas en Algonquin, le bouleau est arc voûté, porte qui s’ouvre sur un autre monde… une incision légère permettra de recueillir sa peau étanche en mai-juin. Bien sûr avec conscience, donc préférablement sur un arbre déjà mort. Quand on fait une incision dans une écorce, on y va délicatement et on applique un cataplasme d’argile sur la plaie.

Les ancien-nes s’en servent depuis toujours pour recouvrir leurs wigwams et faire flotter leurs canots des voyages. On peut en faire des contenants, des paniers, des ustensiles. On peut s’en servir pour enrober les cataplasmes. On peut se servir de ses champignons et en faire des infusions antibactériennes, antifongiques, antivirales et anti-oxydantes. Son écorce interne dite cambium donne une farine d’urgence et, en infusion, traite la constipation. Son bois flexible plié permet de construire des structures pour des habitations et des cadrages de raquettes. Merci arbre blanc!

Automne
On cueillera dans les marais et le lit de certains lacs le riz sauvage. Pour les protéines, on récoltera les noix du noyer cendré, du chêne et du noisetier. La noix de l’hêtre, cet arbre qui garde la mémoire des étés feuillus, est délicieuse et nutritive; on peut aussi la cueillir tôt au printemps.

C’est le temps de faire l’écureuil: cueillir les racines qu’on mangera l’hiver, les mêmes qu’au printemps. Les tubercules des topinambours, nos anciennes pommes de terre, sont savoureux. C’est le temps aussi des macérations de toutes sortes pour nous aider à passer l’hiver.

Hiver
On fera des paniers avec des branches de saule et de hart rouge. L’écorce d’aulne bouillie donne un soupe qui soulage l’estomac. L’écorce interne du peuplier faux-tremble, de l’érable, du pin blanc et du bouleau donnent des farines en cas de famine.

On pourra se faire des confitures avec les fruits rouges du pimbina qui gagnent du goût après les premières gelées, tout comme les fruits du sureau. Il faut ajouter du sirop d’érable à cause de l’acidité. On se fera des décoctions ou de la bière (voir Aube no 4) avec les branches épineuses des conifères pour faire le plein de vitamine C. On peut aussi en tout temps récolter l’usnée barbue (voir Aube no 8 ) sur les branches des conifères et les polypores, les champignons de lutins secs sur les feuillus, contre toutes les infections.

D’ailleurs, avec le polypore noir du bouleau jaune, on peut faire une poudre servant à allumer des feux!

Il est important de considérer de façon sacrée toutes ces ressources. On peut les expérimenter et s’en servir, avec parcimonie. Prenons conscience que leur santé et leur reproduction sont importantes pour l’équilibre de l’écosystème dont nous faisons partie. Il y a plus de cent plantes comestibles au Québec. Plusieurs d’entre elles ne sont pas mentionnées, par manque de place ou parce qu’elles sont en voie d’extinction. Il y en a encore tant à connaître. À vous de vous laisser initier par la forêt et de les découvrir avec respect!

Rendons grâce à la Terre qui nous donne généreusement la nourriture, la médecine et les outils nécessaires à une autosuffisance sauvage…
Références: 

La Flore Laurentienne, Frère Marie-Victorin, Gaétan Morin éditeur

Flore Printanière, Gisèle Lamoureux et collaborateurs, Fleurbec éditeur… et tous les autres Fleurbec, si précieux.

Les livres d’Anny Schneider, souvent mentionnés dans mes chroniques,

Indian Herbology of North America

… et grand merci aux anciens qui nous ont partagé leurs enseignements.

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