La Communication Non-Violente

par Jean-François Villeneuve

Une technique et une manière écologique d’entrer en relation avec soi-même et les autres 

L’origine de la CNV
La communication non-violente (CNV) a été développée voici plus de 36 ans par Marshall B. Rosenberg, docteur en psychologie clinique de l’Université du Wisconsin.  C’est la recherche de moyens rapides et sûrs pour favoriser la paix qui l’a conduit à instaurer au fur et à mesure son enseignement de la CNV.

C’est en 1984 que fut fondée aux États-Unis l’organisation à but non lucratif :  le Centre pour la communication non-violente (CCNV).  Ce centre a pour objectifs de promouvoir les  capacités à entrer en relation avec soi-même et avec les autres, de partager les ressources et de résoudre les conflits dans un esprit de bienveillance à l’aide du processus de la CNV.  L’organisation, maintenant internationale, offre des séminaires de communication dans plus de trente pays.

Une approche écologique en communication?
Je considère la Communication Non-Violente (CNV) comme une approche écologique en ce qu’elle donne priorité au respect de la vie qui fourmille en tout individu. Les questions suivantes sont d’ailleurs la base de la CNV :

1) Qu’est-ce qui est vivant en nous et en l’autre?

2) Qu’est-ce qui peut être fait pour rendre la vie plus merveilleuse ?

La CNV favorise la vie présente à l’intérieur de l’individu en mettant l’attention sur les besoins des êtres humains.  L’objectif n’est alors plus de vouloir argumenter sur ce qui est bien ou mal, ni de tenter d’identifier qui a tort ou qui a raison.

En fait, mon intention première en pratiquant la CNV n’est pas que l’autre fasse ce que je veux mais plutôt de créer une connexion dans laquelle les besoins de chacun sont respectés.

Prémisses de la CNV 

-Nous essayons tous d’assouvir nos besoins.

-Nous nous portons mieux lorsque nous savons répondre à nos besoins dans un esprit de coopération, plutôt que d’une manière agressive.

-Nous nous portons mieux lorsque nos actions sont motivées par l’empathie et la compassion, plutôt que par la peur, la culpabilité, la honte ou la contrainte.

-Chacun de nous a des ressources personnelles remarquables s’il reçoit l’empathie qui lui permet de se mettre en lien avec ces dernières.

Les quatre étapes de la CNV
La communication non-violente est composée de quatre étapes simples qui demandent un certain entraînement pour être maîtrisées.

L’observation des faits
La première étape en CNV est d’identifier les faits d’une situation donnée sans faire intervenir ses propres interprétations. Par exemple, si le fait principal d’une situation conflictuelle est le retard d’un de mes collègues de travail à un rendez-vous, il s’agit de ne pas y ajouter d’interprétations telles que “il est en retard parce qu’il ne trouve pas notre travail important” ou “parce que c’est un paresseux”.

Identification des sentiments vécus
Dans cette situation, je pourrais me sentir en colère.  Là encore, il s’agit seulement d’identifier et d’être en contact avec les sentiments sans y ajouter des éléments du genre “j’ai raison de me sentir en colère face à un comportement aussi irrespectueux”.  C’est en effet dans ce type d’interprétation que réside la violence.

Identification du besoin
Sous chaque émotion se cache un besoin qu’il est utile d’identifier.  La colère nous donne l’information qu’il existe un obstacle à la satisfaction d’un de nos besoins.  Dans notre situation, par exemple, je peux être en colère parce que j’ai besoin d’accomplir une somme de travail importante lors de cette réunion.  Ici, une des clefs du dénouement est de formuler la situation en disant “je me sens … parce que j’ai besoin de … “ plutôt que “je me sens … parce que tu …”.  Nous dirions ici “je me sens en colère parce que j’ai besoin d’accomplir une somme importante de travail et que ton retard réduit le volume de travail que nous pourrions réaliser “ plutôt que « je suis en colère parce que tu es en retard”.  De cette manière, ce n’est plus l’autre qui est la cause de mes sentiments mais la source réside plutôt dans le fait qu’un de mes besoins n’est pas satisfait.  En fait, la même situation aurait pu déclencher un sentiment de bien-être si j’avais eu besoin de me reposer avant la rencontre.

Faire une demande concrète et positive
En CNV, pas plus les autres que la vie n’a le devoir de satisfaire mes besoins.  C’est moi qui ai la responsabilité de trouver des stratégies pour répondre à mes besoins.  Une des manières efficaces de satisfaire mes besoins est de formuler des demandes concrètes et positives (demander de faire une action plutôt que de ne pas faire une action).  Dans cette situation, je pourrais simplement dire “pour notre prochaine rencontre, pourrais-tu être présent à l’heure convenue ?  C’est important pour moi puisque j’ai besoin d’accomplir une importante somme de travail lors de ces rencontres.”   Il est important ici de se rappeler que, lors d’une véritable demande, l’interlocuteur a la liberté de dire “non”.

Mon expérience personnelle et professionnelle
La CNV m’a grandement aidé à mieux identifier mon vécu émotif et  à répondre à mes besoins de manière pacifique pour moi-même et les autres. Il est important pour moi d’avoir accès à une approche qui me permette de sortir de cette tendance si violente qui pousse à donner tort et raison, ainsi que de sortir du monde des modèles à atteindre dans lequel je suis un être inadéquat si je ne les atteins pas.

Je ne pourrais passer sous silence que j’utilise aussi la CNV auprès des enfants dans une école primaire pour les aider à résoudre leurs conflits et que je suis vraiment touché des résultats qu’ils obtiennent.

Une approche à approfondir
J’ai débuté le cheminement en CNV par l’apprentissage des quatre étapes, avant d’approfondir par la lecture de livres de références et par la participation à des ateliers.  C’est un tout nouveau modèle de communication pour moi, et sa maîtrise devra passer par l’enrichissement de l’expérience et des réflexions, mais je considère sans aucun doute, que la joie que me procure la satisfaction de mes besoins et la connexion intime que je développe avec les autres en vaut la peine!

 

Références:

Cessez d’être gentil soyez vrai !
D’Ansebourg, Thomas (2001).
Montréal : Éditions de l’Homme.

Les mots sont des fenêtres (ou des murs).
Rosenberg, Marshall B. (1999).
Paris : La Découverte & Syros.

La Communication Non-Violente au quotidien.
Rosenberg, Marshall B. (2003).
France : Éditions Jouvence.

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