La construction en chanvre

par Gabriel Gauthier

La construction en chanvre a commencé en France il y a une quinzaine d’années. C’est un voisin de La chanvrière de l’aube, M.Razzeti, maître-maçon et bâtisseur à la retraite, qui eut l’idée et la superbe intuition d’utiliser la chènevotte, le résidu de la fibre industrielle du chanvre, dans la construction. Sa recommandation fut de ne pas commercialiser une matière agricole brute comme matériau de construction. Il trouvait que ça manquait de sérieux.

Les premiers matériaux pour la construction en chanvre furent donc enduits de silicate de sodium, du verre liquide.

Cependant, il n’y avait pas vraiment de raison technique valable d’utiliser un tel traitement, si ce n’est de justifier le prix plus élevé pour un matériau de construction en comparaison du prix de la litière, première débouchée commerciale de la chènevotte.

La chènevotte du chanvre, qui est le bois de la plante, est d’une haute qualité minérale et cristalline (silice), ce qui lui donne un excellent comportement avec l’eau. Elle avait nullement besoin d’être vitrifiée; cela occasionne plutôt des désordres selon la manière de l’utiliser.

Tout ceci rendit ce mode de construction coûteux et inaccessible; de par sa mise en oeuvre impliquant beaucoup de main d’oeuvre, on ne peut pas se permettre un coût trop élevé pour la matière première.

Après quelques années et chantiers de construction, un artisan du nom de Yves Kühn se lança à mettre au point un procédé de construction à partir de la matière agricole brute, pour construire des maisons entièrement en chanvre, à un coût accessible.

Il appela son procédé Canosmose: “CAN”, pour cannabis et osmose, pour les échanges à tous les niveaux. La haute teneur en silice de la chènevotte, alliée aux capacités de cristallisation du procédé Canosmose, confère au mélange des qualités constructives globales, un rayonnement et un taux vibratoire bénéfiques.

À partir de 1993-1994, plusieurs chantiers furent réalisés du sud-est de la France à la Bretagne, en passant par plusieurs autres régions. Nous pouvons construire des maisons entièrement en chanvre: murs extérieurs, doublage de toiture, cloisons et dalles d’étage phonique, ainsi que la dalle de rez-de-chaussée. L’architecture de ce type de construction est vraiment d’une simplicité organique.

  • L’ossature bois est le squelette de l’édifice: système poteau-poutre avec bois intermédiaire pour fixer les banches, ou ossature bois à l’américaine.
  • Le Canosmose, la chènevotte du chanvre, est le muscle, la chair de l’édifice: véritable enveloppe protectrice dynamisante et respirante qui noie et enveloppe l’ossature.
  • Et comme pour les êtres vivants, il y a le derme et l’épiderme: les finitions qui protègent et favorisent les échanges. Les finitions peuvent être très variées et sont souvent issues de longues traditions de savoir-faire et de techniques subtils (le bois, les enduits).

En restant dans cette simplicité, les possibilités de créativité architecturale sont immenses; le matériau Canosmose coffré est superbe pour créer des architectures tout en courbes aux ondes de formes bénifiques. L’ossature sert pour installer le coffrage d’une façon simple et où l’on viendra déposer le Canosmose par couches successives et tasser à l’aide d’un peigne étroit .

Cet art de bâtir apporte une unité constructive sans pont thermique, ni phonique, une maison tissée à la main. D’un seul acte, on crée un cocon, une coque monolitique, qui devient un véritable poumon harmonisant et régulant les variations thermiques.

On aborde ici un autre type de construction qui ne se raccorde plus au concept de l’isolation dans le sens de se couper de l’extérieur, de contenir hermétiquement de l’air à chauffer ou à refroidir. On parle plutôt de régulation thermique et hygrométrique qui est vraiment très dynamique tant pour le chaud que pour le froid.

Les qualités du Canosmose peuvent aussi être appréciées en rénovation pour niveler un plancher ou refaire ou finir les murs en enduit texturé de chanvre (support compatible; baguette à plâtre, béton, pierre, etc…), ou encore, en doublage de toiture ou de comble.

“Le Canosmose” se réalise par le malaxage de ses constituants. Le malaxeur est l’outil qui a été expérimenté et éprouvé à cet effet, car il permet de bien mélanger ce matériau qui est léger sans avoir à humidifier en excès. Les éléments qui s’unissent dans le mélange Canosmose sont issus de longues traditions et de savoir-faire universels très répandus sur la planète.

“En partant du D.T.U. 26.1 (mai 1990), l’alliance plâtre gros (gypse pur sans adjuvent) et chaux aérienne naturelle C.A.E.B. (qu’on appelle aussi chaux hydratée) , concernant les enduits traditionnels, est adaptée au besoin du chanvre (chènevotte) dans les situations voulues (…) La chaux aérienne a une action fongicide et répulsive pour les animaux et conduit le mélange à sa pétrification”.

La brique pillée ou la chamotte (terre cuite broyée) agit comme catalyseur en précipitant la carbonatation et la cristalisation de la chaux au coeur du mélange, elle hydrolise le mélange en lui préservant son pouvoir respirant et vibratoire. Elle diminue le temps de séchage et permet d’accéder plus vite aux finitions.

Le procédé et le matériau de construction Canosmose évolue et se bonifie dans le temps. Les mélanges varient d’un poste à l’autre et d’une situation à l’autre. Il faut donc connaître les nuances recherchées pour créer des mélanges appropriés pour chaque situation (pente forte, présence de bois en coffrage perdu, reprise, etc…)

L’utilisation du chanvre valorise et créé un pont entre l’agriculture et la construction. C’est une culture annuelle généreuse et abondante: culture non-irriguée, ne nécessitant pas d’apport chimique, d’une vitalité et d’un équilibre où n’interviennent pas les produits phytosanitaires, pesticides et insecticides.

La rapidité de son développement ne laisse pas de place aux dites mauvaises herbes. Son implantation améliore notablement les structures du sol et le nettoie. Une bonne gestion et l’utilisation de toutes les parties de la plante en font une culture dynamique écologique d’avenir: papier plus écologique, textile, médecine, alimentation, construction, etc…

La chènevotte est obtenue par défibrage mécanique. Au Canada, cette matière première est disponible chez nos voisins ontariens qui ont des installations pour la transformation. C’est depuis 1998 que nous pouvons de nouveau cultiver le chanvre au Canada moyennant un permis et certaines conditions de la part de Santé Canada. Au Québec, on cultive principalement le chanvre pour le chènevis (la graine), qui a des débouchés alimentaires et cosmétiques.

J’ai travaillé sur des chantiers Canosmose en France avec l’association Adam d’Yves Kühn de 1998 à 2000. Je suis revenu au Québec à l’automne 2000 pour y fonder une famille. N’ayant point offert mes services, aucun gros chantier n’a été engagé jusqu’ici. À cette date, seules des rénovations ont été effectuées au Québec, chez moi et chez des amis, par cette expertise.

J’envisage sérieusement de bâtir ma maison en 2003 et d’offrir pleinement mes services dans ce domaine (assistance technique, conseils pour l’auto-construction et formation). Un malaxeur est en fabrication et pourrait être disponible cet automne. J’envisage aussi pour les prochaines années d’acquérir une défibreuse mobile pour couper les coûts de transport et avoir de la matière locale.

Si vous êtes agriculteur ou intéressé par ce mode de construction, vous pourriez faire pousser votre maison…

Au plaisir de collaborer à vos projets et vos rêves!

Pour plus de renseignements, vous pouvez me contacter

Gabriel Gauthier
www.cabanabis.com

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