La Ferme de la Butte Magique

par Hélène Cadieux

« Omhala! Omhala! » L’écho d’une voix, lancée dans les montagnes vertes, se réverbère sur le rocher de la butte magique, fait vibrer les murs des maisons et le cœur des habitants. C’est Maud qui rappelle les moutons à la bergerie – Omhala, un mot grec qui signifie « Reviens à la maison ».

Le centre d’attention de ce petit domaine depuis quelque 20 ans – une bête grégaire et docile, douce et généreuse: le mouton. On entre à la Ferme de la Butte Magique dans une réalité parallèle où revivent certains archétypes ancestraux, où l’on cultive l’authenticité et le retour (ou plutôt l’avancée) vers quelques pilliers de la vie telle qu’on la connaît aujourd’hui. Hameau autoconstruit, gaiement entouré de denses forêts, de ruisseaux où ricanent les ondines et habité par 5 adultes et 3 enfants. On y pratique, à petite échelle, l’élevage de la brebis laitière, du mouton à laine et autres amis de la basse-cour, on y cultive des jardins écologiques, on transforme la laine et le lait artisanalement. On y vit en petite communauté, en symbiose avec la communauté environnante et on ouvre les portes au public dans divers cadres. La vie y valse au gré des saisons.

Il était une fois…
Le périple qui mène à la Ferme de la Butte Magique débute en 1979 lorsque Maud fait l’acquisition d’une terre à Saint-Faustin/au Lac Carré dans les Laurentides. C’est une terre boisée, sans bâtiments, ponctuée de quelques champs en friche et depuis longtemps inhabitée. Aujourd’hui, un quart de siècle plus tard, se dressent là 2 maisons, une bergerie, des ateliers, de gros jardins et des pâturages, tous entourés de forêt. Après l’achat de la terre, Maud débute la construction de la première maison qui sera de bois rond, utilisant la technique scandinave. En 1984, Diane, qui s’est entre-temps associée à Maud, suit un cours d’un an de biodynamie en Angleterre. Puis vient la grange, construite en partie en bois cordé et suivant les principes de la géométrie sacrée – le nombre d’or. Au fil des ans, un gîte du passant est annexé à la bergerie, qui sert aujourd’hui d’appartement à une locataire, Johanne, et sa fille. Diane adopte 2 enfants, et on construit une autre maison de bois rond plus haut sur la terre. Une chambre de la première maison est aujourd’hui louée et une autre sert de gîte aux WWOOFers et aux stagiaires (moi-même à l’heure actuelle). Cela fait dix ans que la brebis laitère et le mouton à laine sont élevés à la ferme.

On a nommé le domaine « Ferme de la Butte Magique » car, au sommet de la plus haute colline, sied un roc représentant une brebis et un agneau à son flanc, ruminant en toute quiétude. C’est l’endroit de prédilection où prendre des décisions puisqu’on peut voir toute la terre de cette hauteur. C’est la butte magique.

Amour et agriculture
Au plus haut de la bergerie pend du plafond un cœur fait de bois. Symbole de l’intention adoptée et transmise dans chaque action effectuée envers les aminaux, les plantes, le sol à la ferme. La biodynamie et la permaculture sont des méthodes appliquées au jardin comme à l’étable. Les animaux bénéficient de remèdes homéopathiques et de nourriture de qualité. La culture des légumes est faite à petite échelle, sur billons, sous paillis, dans un jardin coloré en forme de feuille. La terre y a texture de gâteau frais! Cette année, pour protéger le maïs des ratons, on a fait une spirale des 3 soeurs: maïs, courge et fève. Un compost de qualité est produit à la ferme selon les principes biodynamiques (ça grouille de vie!) et on offre notre aide pour le service des préparats de l’Association de biodynamie du Québec. Le plus possible, on travaille en accord avec le calendrier de Kimberton Hills afin de suivre le souffle du macrocosme.

Métiers d’antan
Outre jardinage et élevage, certains métiers sont pratiqués à la ferme, et cela grâce à la grande générosité du mouton. Grand-maman araignée a une place toute spéciale au grenier de la bergerie où la magie des rouets et l’histoire du filage sont en démonstration lors de cours ou de visites de ferme. L’atelier de Diane se trouve juste en-dessous: un mur de laines toutes en couleur et l’inspiration en toile de fond. Diane y feutre en pièces magnifiques et originales la laine qu’elle a elle-même lavée, teinte et cardée.

La bonté de la brebis s’exprime aussi, lors de la traite, par le lait que Maud transforme artisanalement pour consommation personnelle à la ferme. Sont produits: yaourt et fromages frais, dont certains caillés lactique et présure.

Du lever au coucher
À la ferme, chacun va son train, et autant le dire, il n’y a pas de journée typique, que des activités qui changent avec l’humeur de la nature et les besoins des lieux. S’il n’y a pas de routine bien définie, il y a pourtant un refrain et l’espace quotidien des couplets qui est bien défini par le train des animaux. Allons voir:

5h – Le soleil bâille et s’étire un rayons par-dessus la montagne.

5h15 – Maud remue la paupière une première fois.

6h45 – Commence le train du matin. Refrain. On nourrit la famille: Arco le canard, Perlinpinpin le lapin angora, les poussins, les poules pondeuses, Miss Tirelire, la truie, les oies, les cochonnets et qui encore? Les brebis et agneaux, le chat Tout-roux, Fanny et Fredonne, les gardiennes du troupeau, Taka, le lama. Puis on trait les brebis, Maud prépare des fromages, du yaourt. Ouf. Déjeuner pour nous, et bien mérité.

Matinée – Moi (stagiaire): travaux dans la serre, le jardin – préparer les lits, semer/planter, assister Maud, etc.

Maud: qui sait! Réparations, projets divers, travaux au jardin, soins aux animaux, construction…

Diane: si elle a de la chance – création en atelier, donne des cours de filage, donne des démonstrations, participe à des conférences.

S’il y a une visite de la ferme, Johanne, et parfois aussi Diane et Maud font de l’animation. Marie, la fille de Diane aime bien aussi s’occuper des petits groupes et fait parfois la traite.

13h – Tournée de foin aux animaux. Dîner pour nous aussi.

Après-midi – Voir le couplet du matin.

15h30 – Refrain.

19h – Souper, yum! J’avais faim!

22h – Tournée de foin aux animaux.

On répète le tout le lendemain.

Communauté et public
À la ferme, la communauté en est une qui va de soi puisque plusieurs cohabitent sur la terre, mais elle n’est pas organisée. On y vit ensemble et, généralement, chacun participe à sa manière au travail et au bien-être de la ferme. On pourrait l’appeler écohameau, dans le sens que ce qui est accompli ici est fait avec amour et respect de la terre et que plusieurs participent afin de créer cette réalité.

Cette réalité est partagée avec le public à diverses occasions. Depuis ses débuts, l’éducation est un aspect important de la Ferme de la Butte Magique. L’interaction avec le public se fait sous forme de visites de la ferme (sur réservation). Ce sont souvent des groupes d’enfants, mais parfois aussi des familles qui viennent visiter (groupes d’au moins 10 personnes). De plus, Diane offre sur place des cours d’art textile, tant au niveau du filage que de la teinture et du feutrage de la laine et d’autres matériaux connexes. Durant la saison estivale, un camp d’été pour jeunes filles est organisé par Diane, alias Madame Mitaine.

On peut donc dire que la Butte Magique est une ferme et une communauté spontanées: rien n’a vraiment été planifié, même quand j’ai demandé à Maud si c’est cela, cette ferme et ce lieu qu’elle avait imaginé il y a des années, elle a répondu que rien n’avait été planifié dès le début, sauf que c’était naturel pour elle de construire. Le reste, les brebis laitières, les moutons à laine, les jardins, le fromage, la laine, les gens qui habitent là, tout ça est venu avec le trip de faire ce qui semble intéressant et stimulant dans la vie. Jepense que Diane serait entièrement d’accord.

Références:

Coordonnées de la Ferme de la Butte Magique
(819) 425-5688

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