La forêt, l’eau et nous

par Bob Eichenberger

Je fais souvent cette démonstration quand j’anime un kiosque sur la forêt. C’est un montage avec une tôle à biscuits avec de la terre dessus, une serviette qui recouvre la terre. Le tout est incliné vers une gouttière avec un peu de sable et de gravier au fond.

La tôle à biscuits est notre bassin versant, notre flanc de montagne ou notre vallée. La gouttière est notre rivière. La serviette est notre couvert forestier et j’ai mis de la terre en dessous.

Donc, je verse un verre d’eau (notre pluie) sur la serviette. L’eau ne se rend pas tout de suite à la gouttière. Quand elle l’a atteint, elle se rend avec un débit moins fort, mais égal et plus prolongé. Remarquez que l’eau est relativement propre.

Maintenant, je vais enlever notre couvert forestier et verser une autre dose de pluie. Ça descend plus vite, on perd notre sol qui s’en va recouvrir ou arracher nos frayères à poissons (le gravier). La pluie arrête, et notre cours d’eau s’assèche.

Le Couvert Forestier est plus qu’une grosse éponge, c’est un système de régularisation vivant. Toutes les parties des arbres, des peuplements, des écosystèmes interceptent, retiennent, absorbent et distribuent, par évaporation, transpiration, ou par écoulement.

Ce qui est surtout merveilleux, c’est que chacun de ces éléments accomplit chacune de ces fonctions, d’une manière imparfaite, incomplète et graduelle, pour former tout un système qui distribue l’eau de la terre parfaitement. À moins d’être endommagé par l’homme, bien sûr.

Repensons à notre flanc de montagne avec la rivière au fond. Pouvez-vous imaginer le pollen qui flotte dans l’atmosphère, les cimes des forêts avec leurs feuilles et aiguilles, les branches et les troncs, les racines des arbres et des champignons qui forment des kilomètres de réseaux par mètre cube de sol? Le tout, agissant au-dessus de toute la variété de formations géologiques qui mènent aux sources et aux nappes phréatiques?

Avant, quand j’étais petit, il pleuvait plus souvent et moins intensément. Toutes ces pluies douces étaient idéales pour la croissance des plantes. L’humidité atmosphérique se condensait plus facilement, et donc plus souvent, sur le pollen que le vent arrachait aux cimes élevées des forêts. Aujourd’hui, il arrive que cette même humidité se condense sur des particules de pollution.

Les gouttes de pluie sont interceptées par les feuilles. Les conifères en retiennent plus. Plus d’eau s’évapore. C’est pareil pour la neige. On imagine difficilement que la neige s’évapore, mais c’est ainsi. Donc, il y a moins de neige sous les conifères et les chevreuils aiment bien ça. Mais cette neige reste plus longtemps au printemps parce qu’elle est à l’ombre.

Les feuillus captent plus de neige parce qu’ils ralentissent le vent au lieu de le dévier. Mais cette neige fond plus vite, étant presque au plein soleil. Il y a aussi plus de pluie qui ruisselle le long des branches et des troncs jusqu’au sol. Avez-vous remarqué que les feuillus recouvrent plus souvent des surfaces moins escarpées où il y a moins de danger d’érosion?

Le sol a aussi été protégé par les arbres qui ont diffusé la force de frappe des gouttes d’eau. L’eau qui arrive rapidement au sol coulera en surface. L’eau qui arrive, etc.

Cette eau mettra plus de temps à se rendre aux sources où débuteront nos ruisseaux, mais elle coulera pendant plus de temps. Cette eau sera pure mais minéralisée. Parce qu’elle sera froide, elle absorbera plus d’oxygène dans les cascades. Elle sera appréciée des truites et des saumons.

Un peuplier d’une dizaine de mètres de haut peut absorber et transpirer plus de deux mille litres durant une journée chaude et humide. De cette façon, les arbres aident au drainage des sols saturés. Quand la terre arrête de laisser couler son eau (le sol a atteint sa capacité de champ»), les milliards de petites valves à transpiration sous les feuilles, les stomates, commencent à se fermer et le drainage cesse. C’est automatique! J’adore ça.

Avec la transpiration au ralenti, le feuillage protège le sol contre l’assèchement par son ombrage tempéré. Alors la terre demeure un milieu frais, humide et viable pour toute la population du sol, les mammifères, les plantes, les insectes, vers, champignons, animaux unicellulaires, bactéries… Et un sol vivant retient beaucoup plus d’eau qu’un sol minéral mort.

L’Institut d’Écoforesterie (Ecoforestry Institute), ainsi que plusieurs sommités de la biologie forestière ont énoncé que: «La quantité, la qualité et la régularité de l’approvisionnement de l’eau sont directement reliées à la qualité du couvert forestier sur le bassin hydrographique».

En parlant de bassin hydrographique… Si quelques-uns d’entre vous prévoyez un voyage dans le Sud en avion, essayez d’avoir un siège sur le bord d’une fenêtre du côté ouest. Vous allez voir les Adirondaks, un assez vaste territoire qui semble effectivement bien protégé. S’étendant des Cantons de l’Est, au Québec, jusqu’à New York, ça couvre vraiment une bonne partie du bassin versant en amont de cette mégaville.

La ville de New York a réglé son problème d’eau d’une façon assez intelligente. Les usines de purification d’eau à l’échelle de la mégalopole auraient coûté entre 6 et 8 milliards $ US. Et ça n’aurait pas garanti un débit régulier suffisant à la demande.

Au lieu, on a investi 1,5 milliard dans la protection du couvert forestier de son bassin versant. Et je me souviens même d’avoir lu, dans un numéro de Consumer’s Guide, que l’eau municipale de New York dépassait plusieurs marques d’eau embouteillée en qualité. D’ailleurs, vérifiez la provenance des eaux embouteillées disponibles dans nos dépanneurs, vous verrez que plusieurs marques viennent de New York.

Je termine donc en félicitant nos amis du Sud (ça arrive si rarement). C’est un exemple à suivre, dans nos petites municipalités comme autour de nos villes. Et je vous souhaite à tous un bon verre d’eau.

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