La forêt nourricière

par Olivier Brière

Nous sommes une société agraire. La quasi-totalité de nos aliments proviennent de la “ culture de la terre ”. Cette “ civilisation ” n’a été rendue possible, croit-on en général, que lorsque que les premiers hommes ont quitté les arbres, l’état de Nature, pour domestiquer la plaine et devenir sédentaires. Nous nous sommes en quelque sorte affranchis de cet état naturel par le biais de l’agriculture et la forêt est devenu un lieu autre qui nous apparaît étranger. Elle constitue un bloc et nous avons bien de la difficulté à en reconnaître les parties. Le but de l’article qui suit est d’appréhender à quel point la forêt est riche en prenant comme médium un de nos bas instincts, l’appétit. Je restreindrai volontairement le sujet à quelques arbres à fruits.

Beaucoup de bonnes choses se trouvent à manger dans la forêt et pour le connaisseur, chaque saison a son délice. La tentation touche d’abord une foule de baies comestibles. Notons parmi elles :

La viorne
La souple viorne (Viburnum trifolium), ou pimbina, est une espèce arbustive poussant dans les forêts humides. Son bois peut servir pour faire des paniers et ses fruits, d’un beau rouge vif, sont juteux, riches en vitamines C, mais assez amères. Ils se cueillent facilement tout l’hiver et tardent longtemps sur les branches car les oiseaux semblent les dédaigner. Tans pis pour eux, car on en fait pourtant une gelée et une compote merveilleuses!

Les sureaux
Les sureaux (Sambucus) poussent dans les bois humides, dans les clairières et les ravins. On rencontre une espèce de sureau au Québec qui soit intéressante pour son fruit. Il s’agit du sureau blanc (S.canadensis). On les mange crus ou on les cuisine sous forme de rafraîchissantes liqueurs, de vins fruités, de goûteuses confitures. Pour la qualité et la grosseur des fruits, on a développé des cultivars améliorés dont les variétés Donao, Franzi et Hashberg sont les plus populaires. Un petit mot sur les fleurs : elles possèdent un ferment naturel qui permet d’en faire une boisson rappelant le champagne.

L’amelanchier
Que ceux qui rêvent d’abondance songent un peu à l’amelanchier ! La générosité habite ces petits arbres! Tôt au printemps, ils se couvrent de blanc quand les premières feuilles sont autour d’un vert tendre. Et puis, succédant à cette jolie parure, les fruits, une multitude de fruits! Ils ressemblent assez aux bleuets par la texture et la taille, mais sont d’un arôme plus discret. Le goût, la texture, la grosseur, les qualités de cuisson des baies changent énormément d’un sujet à l’autre. On peut les manger crues, cuites ou surgelées, dans des desserts, dans des jus ou en faire des conserves. On les cuisine (ou pas) pour en faire des tartes, des glaces, des confitures, ou seuls avec de la crème et du sirop d’érable. Mmmm! Pour suppléer au goût délicat et à la taille menue de la baie, nos voisins de l’Ouest ont développé des cultivars intéressants (Thiessen, Honeywood). Soyez rapides dans la cueillette, car les oiseaux volent bas!

L’argousier
Enfin, l’argousier (Hyppopha‘ rhamino•des) est un arbre que l’on verra de plus en plus dans le paysage québécois dans les prochaine années. Originaire d’Europe et d’Asie, il est extrêmement résistant au froid, adaptable à tous types de sols et joli! Ce n’est pas pour son doux feuillage gris qu’on le convoite, mais plutôt pour ses baies orange vif dont on tire près de deux cent produits dans le vieux continent. On consomme communément le jus acide des fruits en prenant soin de l’adoucir d’un sucre. Mais pourquoi, pourquoi donc n’est-il pas plus commun? Eh bien, il sait se défendre des cueilleurs impatients par de vigoureuses épines!

Des ressources infinies!
Le sujet est vaste, mais l’étude en est passionnante. Nous aurions pu aborder les noix avec des arbres tels que les noyers noir et cendrés, les chênes à gland doux et à gros gland, le caryer et d’autres… Et pour ce qui est des ressources fruitières proprement dites, même si les ressources abondent sur le sujet, nous demeurons somme toute assez conservateurs dans les variétés cultivées. Pommes, poires, prunes, cerises, kiwis peuvent être cultivées sous nos conditions (c.f. catalogue de la ferme à Pointe du Moulin). Finalement, tôt au printemps, la consommation de bourgeons à des fins thérapeutiques (gemmothérapie) ou non, nous amène vers de splendides découvertes: les bourgeons du bouleau jaune et leur goût de thé des bois, certaines fleurs d’érable avec leur goût d’asperge, les rosacées qui ont en général une saveur plutôt douces…

Bref, l’exploration par les sens de l’univers qui nous entoure est alors source de santé puisque nous profitons des éléments les plus nutritifs de l’arbre. Essayez pour voir! L’appétit est un mode d’apprentissage extrêmement motivant!

Contacts, sources et ressources :
-Mycoflor vend des semences et des arbres et se spécialise dans la culture de fruitiers et de champignons. On y donne des cours de culture de champignons. Contactez Richard O’Breham, 7850, Chemin Stage, Stanstead, J0B 3E0, tél.: (819) 876-1077.

-La Ferme Pointe du Moulin se spécialise dans la culture maraîchère et fruitière biologique. Le catalogue des jardins et de la pépinière est impressionnant. Vous y trouverez ce que rêviez de chercher (!). Contactez Ken et Lorraine Taylor, 2103, boul. Perrot, N.D île Perrot, J7V 8P4, tél.: (514) 453-9757.

Références: 

-Schneider, Anny. Arbres et arbustes thérapeutiques, Les éditions de l’Homme, 2002, 379 pages.

-Laird Farrar, John. Les arbres du Canada, Fides, 1997, 502 pages.

-Turner, Nancy et Adam Szczawinski, Fruits et noix sauvages comestibles du Canada, Musées nationaux du Canada, 1981, 210 pages.

-Plant For A Future, site internet dédié à la permaculture, à la culture des plantes (arbres et arbustes inclus) vivaces et annuelles en fonction de leur utilité pour l’humain: www.pfaf.org

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