Une virée a l’école Manitou 

par Maheshvari

Savez-vous qu’on a, au Kébec, une super école de vie et survie en forêt comme nulle part ailleurs? À l’école Manitou, à St-Côme de Lanaudière, se donnent toutes sortes d’ateliers : plantes sauvages comestibles, construction de wigwam, feu par friction, tannage traditionnel, observation des animaux et camouflage, etc.

Le fondateur de l’école, John Di Fruscia, a toujours été un passionné de la nature et du bois, peut-être à cause de sa grand-mère abénaquise qui lui a transmis ses précieuses connaissances. Après une jeunesse passée à observer la nature et les animaux, John est allé apprendre des techniques de survie amérindiennes traditionnelles avec Tom Brown, célèbre pisteur américain élevé par un grand-père apache. John, qui est maintenant autosuffisant sur sa terre de 200 acres, partage ses vastes et précieuses connaissances afin de contribuer à changer les mentalités et à mettre un frein à la société de surconsommation qui fait courir la planète et l’humanité à leur perte. Il fait goûter à ses visiteurs les joies de la vie en forêt et leur donne le goût de tout abandonner pour faire comme lui : se mettre au rythme de la nature, vivre l’instant présent, savourer le silence qu’on ne retrouve plus dans les villes, respirer à pleins poumons l’air chargé de pureté, sentir l’énergie circuler dans son corps après une journée passée au grand air.

Je voulais y aller depuis longtemps. J’ai enfin pu me libérer cet été pour faire le cours de base, pré-requis pour suivre les autres cours et ateliers.

L’endroit, situé au pied du parc du Mont-Tremblant, est magnifique. Nous sommes en plein bois et nous campons. Il y a une cuisine artisanale et tout est cuit sur le feu.

Le cours de base est surtout la survie en forêt, quoi faire si on se perd, quoique les connaissances apprises sont toujours utiles. C’est un cours pour apprivoiser la forêt. Voici un aperçu de que j’ai appris durant cette fin de semaine.

John a commencé à nous expliquer comment s’orienter avec le soleil. Avant de partir marcher dans le bois, il est bon de toujours regarder où est le soleil au cas où l’on se perde. On regarde à quelle heure est notre ombre (comme si midi était devant soi) et l’on se fie là-dessus pour marcher en ligne droite.

Puis, on a appris à fabriquer un abri de survie, constitué d’une poutre, de branches de sapin, de fougères, de feuilles mortes, etc.

L’après-midi, le moment le plus excitant, on a fait (ou essayé de faire!) du feu par friction avec deux bouts de bois. Ce n’est pas évident, mais ceux qui réussissent sont fous de joie et se sentent comme Dieu le Père devant sa Création!

Le soir, devant le feu, John nous a enseigné à fabriquer de la vaisselle (cuillers, casseroles, pinces, louches) en écorces de bouleau ou en bois, avec des tisons. En passant, savez-vous comment on fait bouillir de l’eau sans casserole ininflammable? Chauffer des roches de la grosseur d’une balle de golf jusqu’à ce qu’elles deviennent blanches et les mettre dans la casserole de bois, d’écorce de bouleau ou tout autre contenant, et l’eau bouillera!

Parlant d’eau, plus elle est lente (un marais par exemple), plus elle est dangereuse, car les bactéries s’y développent davantage. Lorsqu’on trouve un point d’eau, comme un ruisseau, on devrait remonter à sa source jusqu’à 500 m, car c’est à cette distance que l’eau se refiltre, pour voir s’il n’y a pas un animal mort ou autre élément malsain. Idéalement, il faudrait la faire bouillir cinq minutes. En situation de survie, on peut également boire la sève des arbres ou la rosée, en tordant un linge ou un vêtement qui en est aspergé.

Pour ce qui est du gibier, j’ai été surprise d’apprendre que tous les animaux se mangent, mais que leur goût ne s’équivaut pas. Les meilleurs selon John, seraient l’écureuil et la mouffette! Les moins bons : le chat et le raton laveur! Quant au porc-épic, il se mange cru. Saviez-vous également que les sauterelles sont excellentes crues en salade?

Le jour suivant, John nous a expliqué les nombreux arbres et plantes comestibles. En règle générale, on prend les jeunes pousses au printemps, les feuilles et les fleurs en été, les graines et les fruits en automne et les racines et bourgeons en hiver. Il est étonnant de constater la quantité de plantes et d’arbres comestibles : noix de pin, quenouilles, samares, glands de chêne, tisanes de pin, de sapin et de feuilles de bleuets, très riches en vitamine C.

Ensuite, on a appris à tresser de la corde avec des tiges d’apocyn et d’asclépiade, qui sont les meilleures plantes pour cela. Le résultat est étonnant, de la vraie corde achetée en quincaillerie!

Pour les civilisés que nous sommes, la forêt peut être insécurisante au début. John nous explique qu’il n’est pas bon de toujours être en société, car on n’est plus soi-même. À force de ne plus avoir d’espace vital, on devient un peu tout le monde et on perd contact avec son moi profond. Un séjour seul dans le bois est une véritable thérapie qui nous remet en contact avec notre être véritable et qui nous met en face de nos peurs : peur du silence, des animaux sauvages, de l’obscurité…. Chez Manitou, on apprend les connaissances de base nécessaires à l’autosuffisance non seulement physique, mais aussi affective, mentale et spirituelle! Évidemment, en deux jours, je n’ai fait qu’un survol, mais ça m’a donné le goût d’y retourner pour bien connaître la forêt et pouvoir être autonome à tous les niveaux.

Ses cours sont affichés sur son site web www.ecole-manitou.com Il donne également des cours privés sur demande, même en hiver.

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