La médecine andine

par Emmanuelle Denis-Filion

Le vent, l’air, l’eau, le feu et la terre. Les cinq éléments qui forment la base de la médecine andine. Chacun sa couleur, chacun son émotion et son organe. Le vent est vert, acide et représente le foie et la vésicule biliaire. Son émotion est la colère. L’air est blanc, piquant, représente poumons et gros intestin et son émotion est la tristesse. L’eau est noire, salée: rein, vessie et peur. Le feu pour sa part est rose, amer: coeur et intestin grêle. Son émotion est la joie. Finalement, la terre est jaune, sucrée, représente l’estomac, le pancréas, et son émotion est la sécurité.

Le tout forme une roue qui représente la vie toujours en mouvement. Le cercle circule du vent, au feu, à la terre, à l’air et à l’eau pour retourner au vent. Lorsqu’un des éléments est en excès ou en déficit, il y a alors un déséquilibre, une section de la roue qui vole de l’énergie à un autre secteur. Ce qui empêche l’énergie du cercle de circuler de manière fluide. Vient alors le moment d’analyser le cercle, le champ énergétique de la personne (à l’aide d’une chandelle, des plantes) pour déterminer d’où vient le déséquilibre. Vient-il d’un foie congestionné par l’alimentation, par une colère réprimée ou encore d’un excès d’air (tristesse) dans les poumons?

Comme support à cette roue, la médecine andine a comme principe de base qu’il existe en ce monde plusieurs formes de vie, différentes fonctions, différents cycles, différentes consciences mais une même source: l’énergie divine. C’est une médecine qui se veut holistique, traitant autant le corps que les corps subtils (énergétiques), sans oublier de questionner la personne sur sa vie, son passé, ses pensées et les émotions qu’elle vit. Autant les symptômes physiques que les racines énergétiques des symptômes sont traités.

C’est également une médecine du rituel qui utilise les pierres, les plantes, les couleurs, les sweat lodges (huttes de sudation) et la prière pour stimuler l’énergie vitale et le subconscient de la personne à la guérison. C’est une médecine qui a été conservée par les chamans des Andes.

Parfois, ces chamans font encore usage de plantes hallucinogènes ou plantes de pouvoir, mais un vrai chaman le fera avec extrêmement de prudence en évaluant bien la personne au préalable pour voir si cette dernière est disposée à en faire l’expérience. Ces plantes augmentent la capacité de celui qui en fait usage à entrer en contact avec les mondes invisibles et peuvent entraîner beaucoup de problèmes chez une personne qui n’est pas bien préparée.

Plusieurs autres principes font partie du savoir andin et sont complémentaires à la roue. Comme par exemple l’importance des deux pôles qui permettent la vie: positif et négatif, chaud et froid. Il y a aussi deux lois de base pour la guérison, c’est-à-dire que cette dernière s’opère toujours du dedans vers le dehors et de haut en bas.

Chez les gens de l’Équateur, il est facile d’observer l’influence de la médecine andine. À chaque tisane, à chaque moindre symptôme, ils parlent d’une plante qui réchauffe ou d’une maladie qui est froide. Ils expliquent que la grippe commence comme une maladie froide (dépression du système immunitaire) et que, avec la venue du mucus et de la fièvre, elle se transforme en maladie chaude. Ils expliquent que le processus de la grippe suit les lois de base, c’est-à-dire qu’elle fait son chemin de haut en bas, en commençant par une congestion nasale, des maux de tête, puis en descendant à la gorge, aux poumons jusqu’à se terminer par une diarrhée.

À l’aide de ces principes, du cercle, de l’analyse des symptômes et du corps énergétique, celui qui pratique la médecine andine peut déterminer quel élément a besoin d’être fortifié, lequel doit être diminué et avec quelle plante le cercle va se remettre à circuler normalement. Par exemple devant une personne qui a une diarrhée et la possibilité d’utiliser 5 plantes différentes (qui ont toutes des propriétés qui diminuent la diarrhée), il se demandera à quel élément appartiennent chacune de ces plantes (selon le goût de cette dernière) et quel élément doit être fortifié chez cette personne. Chaque plante contient les cinq éléments mentionnés ci-haut, soit le feu, la terre, l’air, l’eau et le vent, mais 1 ou 2 de ces éléments prédomine toujours. Par exemple, la rose est terre dû a son goût sucré, la citronnelle est vent, le fenouil est également terre. Ainsi, si le praticien conclut que la diarrhée provient d’un excès de feu et d’un manque de terre, il conseillera à la personne de restreindre les aliments amers (feu) et de boire des tisanes de plantes sucrées (terre) et piquantes (air). En augmentant les éléments terre et air, l’énergie accumulée dans l’élément feu se remettra à circuler.

La guérison de la personne commencera habituellement par une limpia, c’est-à-dire un nettoyage des corps énergétiques avec des plantes. Puis quelques plantes en particulier seront recommandées ainsi que des restrictions alimentaires determinées selon les principes ci-haut. Le tout sera complémenté parfois d’un sweat lodge, d’un jeûne ou de massages, dépendant des besoins de la personne. Les plantes utilisées par le chaman viendront du milieu où il vit pour optimiser la guérison. Très rarement, le chaman utilisera une plante qui ne vient pas de sa région ou qu’il n’a pas cueillie lui-même. Cette pratique vient de la croyance qu’un humain qui se nourrit d’aliments qui proviennent d’une autre partie de la Terre crée forcément un déséquilibre dans son corps et que tout ce dont il a besoin pour vivre et se guérir se trouve dans sa région. La médecine andine insiste beaucoup sur le fait que les plantes qui croissent dans un climat sont là pour pallier aux maladies que ce climat pourrait apporter, pour équilibrer en quelque sorte.

Par exemple, la noix de coco croît en climat chaud et possède des propriétés rafraîchissantes, hydratantes, calmantes avec son goût doux-sucré ; alors que le pissenlit nous envahit à chaque printemps pour aider les foies intoxiqués par un hiver trop sédentaire, afin de renaître. Ainsi, tout autour de nous peut se trouver la médecine dont on a besoin.

De tous ces principes et pratiques, un bel exemple a été créé à Riobamba en Équateur. Un hôpital de médecine andine y a été construit, à un endroit où toutes les médecines se côtoient. On y retrouve des médecins allopathiques, des psychologues, des praticiens de médecine alternative (naturopathes, massothérapeutes) et des praticiens de la médecine andine, chamans et sages-femmes.

C’est un excellent exemple de travail d’équipe, de tolérance et de ce qui nous attend peut-être demain si tous les praticiens de médecine, quelles que soient leurs techniques, décidaient de travailler ensemble.

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