L’écodéfi des femmes

par Carole Ricard

Les femmes sauront-elles se solidariser et appliquer les principes de développement durable dans leur vie? Sauront-elles forcer nos décideurs publics à prendre soin de la santé des gens et de l’environnement par des mesures de précaution plutôt que d’attendre le résultat de recherches concluantes lorsqu’il y a un doute raisonnable quant au danger pour la santé et/ou l’environnement?

Le Colloque qui avait lieu à Montréal les 20, 21 et 22 janvier 2005 sur la santé et l’environnement, organisé par le Réseau québécois des femmes en environnement était d’abord axé sur les impacts environnementaux majeurs de la pollution de l’eau, de l’air, des sols, les changements climatiques et la contamination de la chaîne alimentaire. Les informations étaient fournies par des spécialistes d’Environnement Canada, du Consortium Ouranos, de Sanexan, de l’Institut national de la santé publique du Québec, du Centre St-Laurent, du Secrétariat International de l’eau et le Dr Daniel Martineau de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

En second lieu, il visait à ce que les femmes comprennent mieux les sources d’agression contre leur corps telles que les métaux lourds, les pesticides et les OGM, ainsi qu’à mieux saisir les impacts que ces polluants peuvent avoir sur les systèmes immunitaire, respiratoire, reproducteur et sur le cancer. Les présentations de l’INRS, de l’Institut Armand-Frappier, du Dr Pierre Ayotte du CHUL, de Rosemonde Mandeville de Biophage – qui se prépare activement à la guerre bactériologique en fabriquant des fortifiants de notre système immunitaire –, de Régine Maury-Brachet de l’Université de Bordeaux en France, de professeurs de l’Université Laval, l’UQÀM, de l’Université McGill et de l’Université de Montréal ont été très efficaces en ce sens.

De tout ceci, on peut conclure que la pollution augmente et inquiète les femmes autant que les chercheurs. Il ne faut pas aller loin pour trouver des exemples troublants de pollution. Depuis 1991, les habitants de Roxton Pond en Estrie vivent d’eau embouteillée, dû à la contamination souterraine des eaux par la compagnie multinationale Stanley tools. À Shannon, située près de la base militaire de Valcartier, où on a retrouvé des TCE (trichloréthylène) et divers métaux lourds tels le zinc, le plomb et le cuivre, les habitants sont inquiets et ne savent toujours pas l’effet de ces contaminants d’anciens sites de tirs de la Défense Nationale sur les eaux souterraines de leur ville. L’organisme Eau-Secours ne se fait d’ailleurs pas rassurant en clamant que la plupart des systèmes d’aqueducs municipaux ne sont pas inspectés correctement. Monsieur Christian Gagnon du Centre St-Laurent nous a fait part de la liste et de la quantité de rejets industriels et municipaux (la partie de l’eau que les villes n’arrivent pas à nettoyer) qui contaminent chaque jour le Fleuve Saint-Laurent. On mesure, on analyse, on étudie, mais rien n’est fait pour stopper ces rejets alors que toutes les recherches nous démontrent qu’il y a RISQUE pour l’environnement et l’être humain. On nous parle de la complexité des études due à la liste des contaminants qui s’allonge et de leurs interactions, à la transformation des métaux lorsqu’ils se fondent avec les eaux usées. Et ne croyez pas que le problème n’est dû qu’aux industries! Chaque jour, vous jetez indirectement (par votre urine) des antibiotiques, des anovulants, des anti-inflammatoires et plus directement des détergents et des produits chimiques de tous genres sans vous préoccuper de l’impact que VOUS avez sur l’eau, la vie des plantes aquatiques, des poissons et la contamination des eaux du fleuve.

De plus, lorsqu’une population est contaminée, les effets sont irréversibles et passent de génération en génération tant que les individus exposés sont encore en mesure de se reproduire.

Les témoignages d’Esther Hinostroza Ricaldi de l’Association Filomena du Pérou(1) dénonçant la pollution par les métaux lourds de la compagnie américaine Doerun et le manque de responsabilisation de celle-ci face aux victimes, ainsi que celui de Chree Mullay, professeur à l’Université McGill pour nous parler des 8 000 personnes décédées dans les 15 jours suivant le rejet de 27 tonnes de gaz toxiques par la compagnie Union Carbide à Bhopal en Inde(2) en 1994 et des 200 000 personnes qui en sont toujours affectées, ont grandement ému et convaincu les participantes qu’il ne fallait pas que se produisent d’autres catastrophes de ce genre. On constate que malgré les liens de cause à effet démontrés, les victimes ne sont pas ou peu indemnisées, perdent leur emploi à cause de leur piètre état de santé, ce qui les mène directement à un état de pauvreté s’ils ne le vivaient pas déjà. Les compagnies polluantes, pour leur part, continuent de changer de pays en polluant leurs nouveaux pays d’accueil et en laissant derrière elles des pays polluéset affectés par la pauvreté.

L’exposition constituait le seul élément optimiste de ce colloque, regroupant 40 exposants formés d’organismes qui agissent pour la protection de l’environnement, ont des projets verts, travaillent pour une économie équitable, font la promotion des énergies renouvelables, contre les pesticides, construisent écologiquement, vendent des produits écologiques, font de la recherche pour de nouveaux produits verts ou pour trouver des solutions aux iniquités sociales dans le monde, conservent le peu d’espaces naturels qui nous restent ou font des merveilles avec des objets recyclés. Bravo à l’UQCN (Union québécoise pour la conservation de la nature), l’Association québécoise pour la lutte contre la pollution atmosphérique, au Centre d’expérimentation des véhicules électriques du Québec et son projet ÉcoParcs, aux Petites Mains (une entreprise d’insertion sociale) qui nous ont fabriqué nos sacs de coton, à Archibio qui nous aide à bâtir écologiquement et à tous les autres.

Est-ce que 450 femmes qui ne se connaissent pas, réunies pendant 2 jours dans un hôtel de Montréal, peuvent entraîner un changement social important?

En déterminant des pistes d’action individuelles autant que collectives, les femmes ont quand même repris espoir en leur solidarité. Par exemple, la création d’un répertoire de professionnels, de pistes d’actions, de projets, de réussites pour guider des actions précises. Madame Monique Fitz-Back, de la Centrale des syndicats du Québec, propose de briser l’isolement des femmes qui œuvrent pour la santé et l’environnement, puisqu’elles agissent à contre-courant.

L’idée d’un regroupement international des femmes semble être un besoin reconnu par les participantes et le RQFE évaluera la possibilité de le créer ou se rallier aux réseaux internationaux existants en y ajoutant une cellule féminine.

Afin d’encourager les engagements individuels, un arbre de vie avait été préparé où chacune pouvait y ajouter son engagement personnel pour 2005. Quant aux engagements collectifs, le Réseau québécois des femmes en environnement présentera un mémoire au ministre Mulclair lors de ses consultations publiques sur le développement durable.

En tant que femme, ce colloque m’aura rappelé la force des féministes d’il y a quelques années. Sommes-nous rendues à l’écoféminisme au Québec? Et ce, malgré le fait que certaines féministes croient toujours que c’est par l’environnement que les femmes ont été soumises et abusées dans le passé: l’homme voulant dominer son environnement aurait abusé la femme de la même manière qu’il l’a fait avec l’environnement. Nul doute que la femme qui a retrouvé ses racines et s’est rapprochée de la nature, de ses enfants, de ses cycles menstruels et psychiques est à même de sentir de façon viscérale que LA VIE est ce qui est PRIORITAIRE sur tout et qu’un environnement sain permet de combler les besoins minimum vitaux sans trop de difficulté. Les femmes comprennent aisément qu’elles n’ont pas besoin d’attendre le résultat de recherches concluantes pour savoir que lorsqu’on verse des matières toxiques dans le Fleuve, on détruit sa flore et sa faune. On fait suffisamment de cuisine pour savoir qu’avec de mauvais ingrédients on ne réussit jamais une recette, tout en risquant de rendre nos convives malades. Avons-nous vraiment besoin pour être en santé, heureuse auprès de notre conjoint et de nos enfants, de toute cette pollution électromagnétique, de ce bruit, de ces objets insolites proposés par les multinationales produisant des biens de consommation? Pourquoi faut-il attendre un burn-out, une faillite, une séparation, une maladie grave ou un accident pour nous rendre compte à quel point la SIMPLICITÉ est la solution et pour remettre nos PRIORITÉS là où elles devraient être?

Lorsqu’on est dans le doute, on se branche à notre senti qui nous dit ce qui doit être fait ou pas. Reconnaissons simplement le pouvoir de ce senti des femmes encore colletées à la terre, celles qui sont encore humaines et mettent leurs priorités dans tout ce qui vit avant le matériel, les revenus, les biens de consommation rapide et leur peur de la force destructive des hommes. Soutenons-les, soutenons leurs projets, aidons-les à se regrouper et surtout, prenons soin de nous!

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