La mère de famille, la femme des bois

par Sarah-Maria

Disciple: « Maître, apprends-moi le secret de la vie. »
Maître: « Commence par laver ton bol. »

Proverbe zen

Selon bien des visions, féminines et masculines, heureusement que la femme est sortie de ses chaudrons pour enfin prendre sa place dans la société. S’il est vrai qu’avec l’attitude patriarcale véhiculée par l’Église il y a pas si longtemps, la femme n’avait pas le choix de rester à la maison et de procréer, procréer… en effet, nous devons prendre conscience de la vie qu’ont mené nos grand-mères, avec des familles de 15-20 enfants (quand je pense à la mienne j’en suis fière) à porter, mettre au monde et élever…

Par contre, il y avait un côté matriarcal à ce mode de vie: pensons aux pêcheurs ou aux bûcherons qui sont partis toute la journée, c’est la femme qui se charge de l’éducation des enfants, du budget…de la gestion de la famille, finalement.

De plus en plus de femmes, aujourd’hui, décident de se consacrer à ce métier temps plein et supplémentaire (!) qu’est la mère de famille. Certaines d’entre elles, plus courageuses, vont même jusqu’à retourner au mode de vie simple d’antan, dans le bois, sans électricité ni eau courante. Je vous parlerai aujourd’hui d’Anna (nom fictif) qui vit dans les montagnes du Témiscouata avec son mari et ses 7 enfants.

Je monte la montagne enneigée pour me rendre à leur maison en haut de la montagne, quand deux enfants, l’un de dix et l’autre de cinq ans me passent presque entre les jambes…en chien de traîneau… me faisant un beau sourire avant d’ordonner à leurs chiens d’aller plus vite. J’arrive à leur grande maison de laquelle on voit des belles forêts et un lac. Je rentre, le poêle chauffe, il fait chaud. Anna est en haut dans sa chambre, où elle donne le sein à son dernier, né en octobre. Anna a accouché de presque tous ses enfants à la maison, dans son lit, aidée de son mari Sam (nom fictif). Ils sont âgés de quelques mois à treize ans, tous des garçons sauf la plus vieille. Anna m’accueille avec une tisane et un sourire un peu sauvage, habillée de robes à fleurs… une princesse-mère des bois dans son royaume… on jase, de tout et de rien, des hommes, des enfants…

À quoi ressemble une journée typique, d’hiver, mettons?

« Ben à cinq heures, Sam va allumer le poêle… ou même des fois c’est Wako (le petit a cinq ans !), il se débrouille pas mal bien ! C’est sûr que ça chauffe pas autant qu’avec son père, mais…quand il fait chaud, je me lève. Je mets de l’eau à chauffer, je prépare le déjeuner. »

Il va sans dire qu’elle fait elle-même son pain, qui est toujours délicieux… qu’elle fait rôtir sur son poêle à bois.

« Là, on ramasse, on fait le ménage, les enfants m’aident. Ah oui ! Pour le pipi ! Pour les besoins, on va dehors, on est en train de s’aménager une salle de bain en dedans. Je fais chauffer l’eau pour se laver, quand elle est chaude on se lave, ma grande fille m’aide pour les plus petits. Après ça, les plus vieux attellent les chiens et vont chercher de l’eau à la source. Une journée qu’ils sont serviables et que tout va bien, ils vont chercher le bois. » Quand j’étais là, j’étais contente de voir que les gars aidaient…tous à leur façon bien sûr…

« Là, Sam ou les enfants vont nourrir les chiens, les poules. Pis ils descendent en bas, faire le train des animaux. »

Et la femme là-dedans? « Moi je prépare le repas, je m’occupe du bébé tout le temps, j’entretiens la maison… Ah je suis capable de fendre le bois, de faire ce que les hommes font… mais j’aime ben mieux les laisser faire et faire ce que j’aime… »

Les enfants ne vont pas à l’école. Ils sont déjà allés, des périodes de temps et ont décidé eux-mêmes d’abandonner. Anna a un coin d’école bien organisé. Elle fait l’école à la maison, a des livres de maths, français, géo… mais avec toute cette marmaille à s’occuper, c’est pas toujours évident de s’organiser! Selon elle, la vraie école, c’est celle de la vie, celle de tous les jours, celle du bois. Celle de la survie. Celle de la Vie.

Parfois certains ont le goût, pour faire comme les autres amis, ou tout simplement pour vivre une éducation plus organisée. Puis ils réessayent et se tannent de rester assis sur des bancs d’école toute la journée quand ils peuvent avoir toute la forêt comme école !

Et tu trouves pas ça difficile des fois ? « C’est certain que ça prend de la volonté pour vivre dans le bois. Mais si tu as un homme qui t’aide, si tu aimes ton homme, c’est comme une bénédiction. Découvrir la vie à coeur de jour. La terre a besoin de monde qui vivent d’elle. Tu renonces au mode de vie compliqué et tu dis oui à la terre ! Mais il faut avoir un esprit positif et créatif. C’est sûr que c’est pas toujours facile ! Chaque journée est différente. »

Sam intervient  » Tous nos enfants sont une légende. On a le druide, le viking, le chaman, le guerrier… ils ont tous leur propre légende personnelle à accomplir. »

En les écoutant parler, je souris intérieurement. Je regarde Migu, que j’ai presque vu naître et à qui j’ai chanté des berceuses, qui a déjà trois ans. Je regarde deux autres qui s’exercent au kung-fu. Un autre qui couds du cuir. La plus vieille qui berce le bébé. Et je me dis: « on peut ben en dire ce qu’on veut, on peut pas s’empêcher d’avoir de l’admiration pour cette femme qui a fait ce choix-là, et évidemment l’homme qui l’accompagne ».

« On est autant dans la conscience en ce moment qu’il y a d’étoiles dans le ciel. Quand toutes les étoiles s’allument, la nature sourit… »

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