La transmission du savoir

par Philipppe Laramée

Comment arriver à partager le savoir accumulé au fil de notre existence ? La question paraît simple de prime abord mais renferme de nombreuses variables. Il est clair que l’on ne peut tout connaître, la masse d’informations étant devenue trop importante.

Certes, il y a les moyens traditionels de partage du savoir: livres, magazines, encyclopédies. De nos jours, nous avons accès à des outils beaucoup plus performants mais ayant tout de même leurs limites: sites internets, cd-roms, bases de données, cassettes audio, vidéo-cassettes.

Nous sommes passés de l’âge où la connaissance était ésotérique (cachée, secrète), à une époque où nous sommes littéralement noyés sous une masse d’informations inutiles (exotérique). Comment faire pour apprendre et développer ses connaissances d’une façon rapide et dynamique sans avoir recourt à la lecture longue et fastidieuse d’un livre ? Comment faire pour aller au coeur d’un sujet donné sans se perdre dans des dédales labyrinthiques et l’exploration de son repère (l’internet)?

La technique que je propose ici, quoique plus humaine et plus traditionnelle que les moyens ci-haut mentionnés, nous ramène à une époque pas si lointaine où la transmission du savoir se faisait par le biais du bouche à oreille. Cette nostalgique époque, je ne la propose pas comme modèle pour l’éducation pour des raisons évidentes. Je proposerais plutôt une technique moderne d’enseignement oral sous forme d’ateliers pratiques dispensés par des formateurs improvisés.

Chacun de nous possède un masse énorme de connaissances qui ne demande qu’à être partagée. Pour s’en convaincre, il suffit de dresser sur une feuille, la liste de tous les sujets sur lesquels on se considère comme suffisamment bien renseignés pour pouvoir les enseigner.

Certes, regarder une vidéo-cassette ou lire un livre peut vous expliquer la base de la connaissance. C’est un moyen intéressant de se familiariser avec les grandes lignes de la matière étudiée. Mais que faire, une fois arrivé sur le terrain, si le sujet étudié se trouve être différent du modèle expliqué? Et que faire si vous avez des questions à poser après avoir écouté la vidéo- cassette ou après avoir lu le manuel en question ? Le formateur n’étant pas présent pour vous dispenser ses conseils et recommandations, vous êtes obligé d’apprendre sur le tas et de tâtonner à l’aveuglette recréant ainsi les erreurs possibles dues à l’inexpérience.

La salle de cours
L’école peut être située n’importe où. Pas besoin de murs ou de pupitres pour créer une école. N’importe quel endroit relativement paisible peut être un lieu propice pour donner un cours. Les petits groupes (entre six et douze), semblent être l’idéal pour ce genre de formation. Que ce soit dans un parc, ou sur une montagne, en forêt ou sur le chantier, le cours peut être dispensé sur plusieurs heures ou sur plusieurs séances.

La dispersion de la concentration
Un des facteurs à prendre en considération lors de la création d’un atelier, est la dispersion de la concentration. Prévoir plusieurs pauses est une façon efficace de garder l’attention sur le sujet sans épuiser les gens par trop d’information. Je suggère des activités physiques comme intermède entre chacune des périodes (un peu le modèle de la récréation de la petite école). Le corps et l’esprit peuvent se concentrer sur autre chose et la matière peut s’infiltrer dans l’inconscient pendant que la volonté, cette sentinelle de l’esprit, est occupée ailleurs.

La multiplication du savoir
Toujours répéter les mêmes informations peut être redondant. On peut donner la formation à des personnes de l’écovillage, en leurs dispensant la matière nécessaire à la réalisation de leurs desseins, tout en s’assurant qu’un jour, ils pourront, à leur tour, transmettre le savoir à autrui.

Rénumération du professeur
Lorsqu’il y a synchronicité dans la matière que le professeur veut enseigner et les besoins de formation des élèves, il est bon de connaître la façon dont peut s’échanger cette connaissance. L’échange de savoir est une façon intéressante de recevoir, autant que ce qu’on peut donner. La rénumération peut aussi se faire via un Système d’Échange Local (S.E.L.), par l’argent traditionnel, ou par l’unité monétaire en cours sur l’écovillage. Si le professeur exerce son métier à temps plein sur l’écovillage, un budget spécial pourrait lui être consacré sur le budget total, pour le rénumérer convenablement.

Comment organiser son cours ?
Synthétiser les idées en écrivant des phrases-clés sur une feuille de papier. Une fois les grandes lignes cernées, retranscrire les idées sur des fiches, ou sur un aide-mémoire pour se repérer lors de l’exposé. L’usage d’aide-mémoire permet aussi de se situer en cas de blanc de mémoire.

S’enregistrer sur une cassette audio ou sur mini-disque est un moyen très efficace de conserver les archives des cours donnés et permet aux étudiants de pouvoir se repérer si le besoin s’en fait sentir. L’avantage du mini-disque permet de mettre ensuite le contenu du cours sur un site web et de permettre à d’autres de bénéficier de l’apprentissage.

Vous pouvez aussi faire des schémas explicatifs et des plans techniques pour bien expliquer le sujet. L’utilisation d’un rétro-projecteur, ou d’un diaporama sont des outils très intéressants à ce niveau.

Si vous prévoyez beaucoup de matière théorique, je suggère de distribuer les notes de cours pour avoir l’attention et les yeux de vos étudiants. Le vidéo et le téléviseur sont aussi des gadgets technologiques très appréciables pour les démonstrations visuelles.

Une planche-cartonnée avec une clip pour retenir les feuilles et un élastique pour empêcher le papier de voler au vent. On peut aussi fixer une corde à cette planche pour avoir toujours à portée de main, un crayon. On peut aussi se servir d’une mini- enregistreuse à cassette pour enregistrer le savoir dispensé par le professeur, mais il faut prévoir plusieurs heures d’écriture suite à l’écoute de cette cassette. Une caméra numérique est un nouvel outil très intéressant. Prendre des centaines de photos sur tous les aspects donnés pendant le cours permet de mieux démontrer les explications à d’autres, une fois le cours terminé.

La préparation
Une bonne préparation fait toute la différence. Que ce soit dans la structure de sa pensée, ou dans l’évolution des idées véhiculées pendant le cours. Si vous avez l’intention de donner ce cours à plusieurs reprises dans votre existence, ou si vous pensez que d’autres pourraient être amenés à utiliser le cours que vous avez créé, avoir une forte structure permet de ne pas être obligé de recommencer la création du cours.

S’improviser professeur n’est pas donné à tous. Les qualités à développer pour devenir un bon professeur est la qualité d’orateur, la patience envers ses étudiants et la persévérence. Faire l’effort d’une remise à jour de l’information dispensée devrait figurer dans son code d’éthique personnel.

Pour progresser dans l’Université de la vie, ça prend de l’ouverture d’esprit et de la motivation. Il ne faut pas chercher à forcer quelqu’un à étudier un sujet s’il n’est pas motivé à l’apprendre. Il faut toujours garder en tête que c’est par l’expérience que l’on progresse le plus efficacement. Être autodidacte, c’est la façon la plus diversifiée d’apprentissage. On progresse à notre rythme, selon notre volonté. C’est d’ailleurs par la volonté que l’on accède à la connaissance.

A propos Philippe Laramée

Éditeur de Aube

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