Lacs et rivières tressés de rêves…

par Caroline Giguere

‘Entre les rivages des océans et le sommet de la plus haute montagne est tracée une route secrète que vous devez absolument parcourir avant de ne faire qu’un avec les fils de la Terre.

Khalil Gibran

Cette route secrète vous mènera là où l’homme a rarement mis le pied, là où la nature est encore intacte. La forêt y est dense, la végétation abondante et la pollution absente. Ces endroits magiques sont cachés; seuls les grands passionnés de la nature y ont accès. La rivière est leur route et le canot, leur moyen de transport.

Le canot, merveilleuse création amérindienne, permet de se rendre là où les autres moyens de locomotion échouent. Il se faufile sur les petites rivières rocailleuses et il se portage* bien sur les épaules pour se rendre d’un lac à un autre ou pour contourner les obstacles.

Historique
Autrefois, le canot était indispensable aux Amérindiens pour se déplacer. Il était fabriqué en écorce de bouleau et quelquefois en orme ou en sapin. Ce chef-d’œuvre d’équilibre et de légèreté a vite été adopté par les colons français qui l’utilisaient pour aller marchander des fourrures avec les Amérindiens ou pour se rendre d’un poste de traite à un autre. Aujourd’hui , le canot est devenu un loisir pratiqué par des personnes qui souhaitent vivre une aventure unique en nature. On le considère aussi comme un sport qui permet de se surpasser physiquement et psychologiquement,  tout en se divertissant. Des techniques ont été élaborées pour manœuvrer le canot efficacement. Le dépassement de soi par la réussite de ces manœuvres est un des aspects sportifs de ce loisir.

La technique
Dans un canot, on peut asseoir habituellement deux personnes mais il existe aussi des canots solos où une seule personne prend place au centre. Il existe même des canots appelés rabaska qui peuvent accueillir jusqu’à 12 personnes !

L’instrument utilisé pour se déplacer en canot s’appelle un aviron. Il est souvent fabriqué en bois mais on le fabrique aussi en aluminium et en matériaux composites (abs). On le tient en posant  une main sur la poignée et l’autre par-dessus le col.

Les partenaires doivent avironner chacun de leur côté respectif pour que les manœuvres soient efficaces. La position à genoux est nécessaire car elle abaisse le centre de gravité permettant ainsi une plus grande stabilité.

Il existe deux types de manœuvres: les manœuvres d’eau calme (lac) et les manœuvres d’eau vive (rivière). Lorsque nous faisons du canot sur un lac, notre but est de nous déplacer le plus efficacement possible d’une rive à l’autre. Alors qu’en rivière, l’important est d’éviter les obstacles et de descendre des rapides sans dessaler*. Les manœuvres sont donc très différentes.

Sans trop entrer dans les détails, voici quelques coups d’aviron de base qui feront de vous un canoteur efficace sur un lac.

Propulsion
Aller de l’avant, c’est primordial ! Un bon coup d’aviron doit être fait en entrant la pale au complet dans l’eau, de l’avant vers l’arrière, parallèlement au rebord du canot. La pale étant perpendiculaire au canot, elle effectue un mouvement d’une amplitude moyenne. Il n’est pas nécessaire d’aller chercher l’eau à l’extrémité du canot , c’est un effort inutile.

L’appel
Comme son nom l’indique, il s’agit de ramener l’eau vers soi en plantant l’aviron parallèlement au canot puis en le ramenant vers soi. Ce qui permet de pivoter du côté opposé d’où l’on avironne.

L’écart
Au contraire de l’appel, l’avironneur écarte l’eau du canot. Il peut appuyer son aviron sur le plat-bord du canot afin d’avoir plus de force. Ce coup permet ainsi de faire pivoter le canot du côté d’où l’on avironne.

Où canoter ?
Au Québec, des lacs et des rivières, on n’en manque pas ! Il suffit de savoir s’ils sont appropriés à la pratique du canot. Les rivières doivent être suffisamment profondes et larges et elles doivent avoir un bon débit d’eau. Il est aussi important de choisir une rivière qui nous offre un niveau de difficulté adapté à notre expérience du canotage. Les rivières sont donc très populaires au printemps car elles offrent un fort débit d’eau causé par la fonte des neiges. Les lacs doivent être profonds et d’une superficie moyenne car le vent cause des vagues et des remous dans les lacs de grande surface.

Évidemment, la facilité d’accès à ces lacs et à ces rivières déterminent souvent notre choix. Est-il facile de s’y rendre ? Peut-on facilement se trouver un endroit où dormir sur les rives? Peut-on stationner une voiture près du plan d’eau ? A-t-on un moyen de revenir à notre point de départ pour retourner à la voiture ?

Les parcs nationaux et provinciaux, comme le parc de la Mauricie et le parc de la Jacques-Cartier, sont très bien organisés pour répondre à ces besoins. C’est une option intéressante pour apprivoiser ce loisir. D’autres rivières méritent également le détour. Je pense par exemple à la rivière St-Anne, la rivière Matawin, la rivière Mékinac, la rivière Rouge, pour ne citer que celles-ci.

Le campement
Arrivé à destination, on savoure enfin l’instant présent. L’installation du campement est un moment privilégié pour s’approprier, ne serait-ce que quelques temps, une partie de cette nature qui s’offre à nous. Dans les parcs , des sites sont aménagés pour les campeurs afin de minimiser l’impact de leur présence. Il faut utiliser l’espace de façon à laisser le moins de traces possible de notre passage, voire repartir en laissant le site plus propre qu’à notre arrivée. Un organisme à but non-lucratif, Leave no trace, s’est donné la mission de faire la promotion d’un camping respectueux de l’environnement. Il propose plusieurs principes à prendre en considération.

« Brume qui danse au froid matin
Ailleurs nous appartient
Lacs et rivières tressés de rêves
Les nomades y trouveront enfin la liberté »

Les sept principes du Sans Trace

1. Prévoir et préparer à l’avance son excursion

Renseignez-vous sur la réglementation en vigueur et les particularités de la région que vous souhaitez visiter. Soyez prêts à faire face aux intempéries, aux risques naturels ou à une urgence. Planifiez votre excursion afin d’éviter les périodes de forte fréquentation.

2. Voyager et camper sur des surfaces durables

Les surfaces durables sont les sentiers et les sites de camping existants, les dalles rocheuses, le gravier, l’herbe sèche et la neige. Un bon site de camping se trouve, mais ne se fabrique pas. Altérer un site n’est pas nécessaire.

3. Gérer les déchets de cuisine et les déchets humains

Remportez ce que vous apportez. Inspectez les lieux de halte et de camping pour ne laisser aucun déchets ou reste de nourriture. Emportez tout déchet, reste de nourriture ou détritus. Déposez les excréments humains dans des trous profonds de 15 à 20 cm creusés dans le sol à plus de 70 mètres de tout campement, sentier ou source d’eau. Masquez chaque trou après l’avoir rebouché.

4.Préserver l’environnement

Laissez les pierres, plantes et tout autre objet naturel tels que vous les avez trouvés. Évitez de transporter ou d’introduire des espèces indigènes.

5. Minimiser l’impact des feux

Faites des feux de petite taille en utilisant uniquement du bois mort ramassé au sol et pouvant être brisé à la main. Réduisez bois et braises en cendres, éteignez chaque feu complètement et dispersez les cendres refroidies.

6. Respecter la vie sauvage

Observez la faune à distance. Ne suivez pas, n’approchez pas les animaux sauvages. Ne donnez jamais de nourriture à un animal sauvage. Ceci peut être néfaste à sa santé, peut altérer son comportement et l’exposer à un prédateur ou tout autre danger. Protégez la faune et votre nourriture en stockant vos rations et vos déchêts dans un endroit sûr.

7. Respecter les autres usagers

Soyez respectueux des autres visiteurs et de la qualité de leur expérience. Laissez dominer les sons de la nature. Parlez doucement et évitez la pollution par le bruit.

Le canotage et le canot-camping sont des activités idéales pour se ressourcer et se recentrer sur nos vraies valeurs qui guident nos rêves. L’exploration de nos forêts québécoises peut se faire par plusieurs chemins. Ce symbole de liberté vous mènera sans l’ombre d’un doute, vers ces nouveaux horizons.

 

Références: 

Les sites de canot-camping du Québec: www3.sympatico.ca/louis.verrette
Fédération québécoise du canot et du kayak: www.canot-kayak.qc.ca
Cartes topographiques des lacs et des rivières québécoises : http://toporama.ctis.nrcan.gc.ca
Parcs provinciaux: www.fapaq.gouv.qc.ca
Parcs nationaux: http://parkscanada.pch.gc.ca
Leave no trace: www.lnt.org

Lexique: 

Portage : Transport d’un canot ou des bagages sur les épaules lorsqu’il y a un obstacle à contourner. Les chemins créés dans la forêt par le passage des voyageurs se nomme aussi de la même façon.

Dessaler : Terminologie utilisée par les colons qui transportaient le gibier en canot. On salait la viande afin de mieux la conserver. Lorsque le canot chavirait, on disait que celle-ci « dé-salait » et l’expression s’est rendue jusqu’à nous !

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