Les toits végétaux

par Alexandre Quessy

Jardiner sur son toit, une évidence pour les anciens peuples scandinaves qui utilisaientt cette méthode aux matériaux abondants pour isoler leurs maisons. Nous pourrions gagner beaucoup à transformer nos villes à la manière des mythiques jardins suspendus de Babylone. Voici donc les principes généraux des toitures végétales et quelques avantages d’utiliser cette technique.

Mais, qu’est-ce qu’un toit végétal ? Privilégier la végétation extensive
Les toitures à végétation intensive comprennent la culture de plantes, et même d’arbres d’assez grande dimension. Seules l’imagination et les capacités techniques sont la limite. On les appelle aussi toitures-jardins et elles permettent l’aménagement de jolies terrasses sur toit. Nous privilégierons ici la toiture à végétation extensive, nettement plus abordable. Les toitures à végétation extensive nécessitent peu de travaux de mise en place et d’entretien. On n’utilise que quelques types de végétaux, surtout des mousses et des plantes herbacées, sur un substrat de faible épaisseur, soit de 8 à 10 cm de terre environ.

La technique en bref
Il est plus facile de les aménager sur un toit d’une pente de moins de 35 degrés. Une végétation extensive étant très légère, des toits de tous types peuvent être convertis. Béton, bois, acier, tout s’y prête. Une des techniques consiste à placer sur le toit une membrane de géotextile d’une étanchéité de qualité industrielle suivie de simples ballots de paille entiers. Enfin, on y dépose une petite couche de terre, de préférence celle qu’on a retirée lors de la construction de la maison.

Un peu plus cher à installer
L’aménagement est, bien sûr, plus dispendieux que celui d’un toit conventionnel. Cependant, les coûts varient énormément selon le type de toiture et d’aménagement choisis. Pour une toiture conventionnelle, les coûts se situeraient entre 1,50$ et 10,00$ du pied carré, selon les matériaux choisis. Pour une toiture végétale aménagée par un professionnel, on parlerait plutôt de 8,00$ à 20,00$ du pied carré. Or, une toiture végétale extensive aménagée soi-même, mais selon des règles très précises, pourrait coûter seulement un tiers du plus qu’un toit sans végétation ! La morale de cette histoire : faites-le vous-même ! (Source: Analyse des coûts par Katrin Scholz-Barth, du HOK Planning Group à Washington). Économiser l’énergie et l’argent !En fait, si on tient compte des économies énergétiques à long terme engendrées par leur pouvoir isolant, les toitures végétales s’avèrent en fin de compte plus avantageuses que leurs rivales conventionnelles. On estime que, considérés sur l’ensemble de la durée de vie de la toiture, les coûts sont de moitié moins chers pour un toit recouvert de végétaux. Cette différence s’explique par les importantes économies d’énergie réalisées, surtout en climatisation l’été et en chauffage en début d’hiver quand il n’y a pas encore de neige, et par la durée de vie prolongée d’un toit ainsi protégé. Des experts de Chicago ont estimé que le recouvrement de l’ensemble des toits de leur ville par des plantes occasionnerait des économies d’énergie de l’ordre de 100 000 000 $.

Mieux respirer
La densité urbaine empêche une libre circulation de l’air, ce qui retient les toxines et poussières et affecte notre santé. Bien sûr, les végétaux ont un pouvoir de filtration des gaz polluants non négligeable. Une étude de la NASA conclut même qu’une surface herbacée pourrait absorber 0,2 Kg de poussière par mètre carré par année ! Cela représente une diminution d’environ 70% par rapport à une zone sans arbre. Après tout, il faut garder en tête que la qualité de l’air que nous respirons à l’intérieur est directement reliée à celle de l’extérieur.

Tempérer le climat
La température en ville est habituellement chaude et sèche. Les murs nus reflètent la chaleur du soleil selon leur couleur et les matériaux utilisés. Or, une présence suffisante de plantes pourrait garder la température fraîche et humide grâce à leur transpiration et ainsi contrer l’effet d’îlot de chaleur urbain..

Réduire les eaux de ruissellement
Les végétaux ont la faculté de retenir l’eau avant qu’elle ne s’écoule. Un couvert végétal sur un substrat d’environ 8 cm pourrait retenir jusqu’à 70% d’une averse moyenne en été. L’eau qui s’en écoule doit passer par les diverses couches de substrat, ce qui filtre les contaminants et ralentit de quelques heures la crue de l’eau vers les égoûts. La réduction de l’eau de ruissellement a pour effet de réduire l’érosion des sols et le transport des contaminants. Pour la collectivité, cela entraîne aussi une réduction des coûts pour le traitement et le transport des eaux usées.

Penser permaculture
Cette technique s’inscrit dans une démarche similaire à celle de la permaculture. Ces nouvelles surfaces de culture peuvent devenir des sources nouvelles de nourriture grâce à la production de fruits et légumes. Il s’agit également de voir quelles sont les espèces les mieux adaptées au micro-climat et aux régimes hydriques, de vent et d’ensoleillement des lieux. Une attention particulière sera donnée au choix d’espèces rustiques locales. Une bonne observation des conditions dès le début augmente les chances de succès et des pertes de temps par la suite.La permaculture devient intéressante quand on utilise les différents êtres vivants pour modifier l’environnement à notre avantage. Par exemple, un conifère placé au nord d’une habitation fournira un abri contre le vent froid durant l’hiver alors que des feuillus faisant barrière au sud contre le soleil apporteront fraîcheur et humidité en été. On intègre ici écosystème et habitation humaine. C’est la maison bio-climatique.

Entretien minimal
Idéalement, on fera l’aménagement en prévoyant faire le moins d’entretien possible. Il pourra idéalement se résumer en un arrosage en cas de sécheresse et un désherbage au besoin. Notez que les toits inclinés vers le sud et très ensoleillés ont plus tendance à se dessécher que leurs voisins qui font face au nord.

Prendre soin de notre environnement quotidien
En plus d’offrir des attributs esthétiques évidents et un espace pour un jardin communautaire, les jardins au sommet d’immeubles contribuent à isoler des bruits aériens et à recréer un habitat pour la faune urbaine. Ces petits îlots naturels contribuent à maintenir la biodiversité et à atténuer l’impact négatif de nos pratiques de construction et d’aménagement urbain.

Suivre nos exemples européens
Pour favoriser cette technique, les politiciens verts d’Allemagne ont octroyé des avantages fiscaux à ceux l’utilisant. 8 millions de mètres carrés de toiture y auraient été végétalisés durant la seule année 1999. La ville de Berlin et la région de Stuttgard regroupent un très grand nombre de réalisations. Pour comparer, la France n’aurait qu’environ 100 000 mètres carrés de toits modifiés.

Quand la volonté politique y est, bien des choses sont possibles. Ce que nous devons faire pour rendre cette pratique courante chez-nous, c’est sensibiliser la population, encourager les entreprises locales qui offrent des matériaux et des techniques reliées, et en faire la promotion auprès des municipalités et commerçants. Agronomes, aménagistes, agriculteurs, architectes, urbanistes, analystes en efficacité énergétique, tous peuvent mettre la main à la pâte. On ne se trompe pas en investissant dans le long terme en tant que société. Mais surtout, dès maintenant, nous pouvons investir un minimum de temps et d’argent à jardiner notre bout de toiture.

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