L’agriculture biodynamique

par Marie-Ève Picher

L’évolution de la Terre se fait main dans la main avec le développement de chaque être vivant. Cette pensée évoque le lien intime et fort qui existe entre toutes les formes de vie, qu’elles soient végétales, animales ou humaines. Elle ouvre la voie à un autre rapport homme-nature. Un rapport qui soit chargé de conscience et d’amour profond pour la Terre qui nous offre ses généreux cadeaux.

La biodynamie est une méthode qui aborde l’agriculture par une approche globale et consciente des soins à apporter à la terre. La biodynamie reconnaît, gère et utilise l’énergie générée par les mouvements des astres et par les êtres vivants afin d’obtenir des récoltes optimisées.

Cette forme d’agriculture inspire, depuis 80 ans maintenant, les agriculteurs réactionnaires à la culture conventionnelle. C’est en 1924, lors d’une conférence à Koberwitz (Silésie, actuellement en Pologne) que le philosophe autrichien et père de l’anthroposophie, Rudolf Steiner, élabora les principes de la biodynamie. Cette conférence était l’initiative d’un groupe d’agriculteurs européens s’inquiétant (déjà!) des conséquences néfastes de la fertilisation chimique (après la Première Guerre mondiale, l’ammoniac, qui ne trouvait plus sa place dans la fabrication des explosifs, était alors mis à disposition de l’agriculture comme engrais…). En inaugurant l’approche biodynamique de l’agriculture au début des années 20, Rudolf Steiner jeta les bases théoriques et philosophiques de la toute première agriculture alternative, qui allait plus tard inspirer les agriculteurs biologiques.

L’œuvre de Rudolf Steiner sur l’agriculture met l’accent sur la relation de la terre avec le cosmos. Il reconnaît que l’énergie spécifique de chacune des constellations zodiacales et des éléments classiques (eau, air/lumière, terre et chaleur) est transmise au sol et à la plante. À chaque élément sont liées trois des douze constellations du Zodiaque, ce qui donne quatre groupes appelés trigones. Chacun des quatre organes de la plante, soit racine, feuille, fleur et fruit/graine, est relié à un trigone. Par exemple, la constellation du Lion agit très positivement sur les graines de la plante puisque c’est une constellation associée à l’élément chaleur, élément favorisant la production de graines chez les végétaux.

Selon l’emplacement de la Lune dans son cycle de 27,3 jours qu’elle effectue autour de la Terre, elle se positionne devant une constellation du Zodiaque. C’est cette position qui revêt une importance décisive en biodynamie. Durant sa rotation de près de 28 jours autour de la Terre, la Lune passe devant les douze constellations zodiacales. Elle transmet à chaque fois, à la Terre, les forces de la constellation devant laquelle elle se déplace, et ce, par l’intermédiaire des quatre éléments. Lorsque la Lune passe devant une constellation qui exerce une influence favorable sur la racine, les agriculteurs biodynamiques nomment ce jour racine. Par exemple, lorsque l’astre lunaire est devant Taurus, il consacre son travail au semis, à la plantation ainsi qu’aux soins et à la récolte des plantes racines (les carottes, les betteraves, le radis et les oignons sont quelques-uns des légumes-racines. On obtiendra ainsi des plantes en excellente santé offrant ce qu’il y a de meilleur en fait de qualité, de rendement et de conservation. Ce principe s’applique aussi pour les jours feuille, les jours fleur et les jours fruit/graine.

Les recherches de Maria Thun, grande pionnière allemande de l’application de la biodynamie, prouvent que les planètes (formant les constellations zodiacales) tout comme le soleil et la lune, utilisent les éléments comme médiateurs vers la terre pour influencer le temps. Ainsi, les jours de semis qui favoriseraient une bonne croissance de la feuille avaient toujours tendance à être humides lors de ses années d’observation. Les jours où il tombait le plus de pluie durant le mois étaient toujours des jours feuille. C’est ainsi que la biodynamiste a pu observer et démontrer la raison d’être des associations faites par Rudolf Steiner entre les jours spécifiquement réservés à un organe de la plante selon l’influence des constellations, et de l’un des quatre éléments.

Si toutes ces connaissances astronomiques vous paraissent complexes, cela ne doit surtout pas vous décourager de pratiquer la biodynamie chez-vous! Puisque deux calendriers biodynamiques sont publiés chaque année : le Stella-Nature et le Calendrier des semis sont tous deux disponibles ici au Québec. On les retrouve dans certains magasins d’aliments naturels et on peut aussi les commander par le biais de l’Association de Biodynamie du Québec. Ce calendrier peut guider autant l’agriculteur chevronné que les jardiniers amateurs dans leur pratique en leur indiquant clairement quels soins doivent être apportés à quelles plantes à chaque jour de l’année.

Le calendrier biodynamique guide le fermier dans son travail agricole, en lui indiquant aussi le bon remède homéopathique à fournir à la terre selon la période de l’année, et la disposition de la lune et celle des planètes.

“La Biodynamie est une agriculture qui nourrit sainement le corps, l’âme et l’esprit tout en vivifiant la terre”, d’abord parce que sont prohibés les engrais chimiques, puisque c’est l’ancêtre de l’agriculture biologique. Les fertilisants utilisés sont faits à partir de fumier d’animaux et du compostage des déchets organiques de la ferme. Ce qui particularise la méthode biodynamique est l’amélioration de l’efficacité de ces fertilisants naturels par les préparations homéopathiques, les préparats, élaborés par Steiner et composés de substances minérales, végétales et animales. On dit des préparats qu’ils sont homéopathiques car on en utilise une très petite quantité qu’on ajoute à beaucoup d’eau (30 g de préparat pour 10 L d’eau dans le cas de la préparation de la bouse de corne). On arrose ensuite le jardin avec ces préparations qui travaillent aux niveaux vibratoire et énergétique de la terre pour favoriser une croissance et une vitalité optimales des plantes. Par exemple, sur la ferme biodynamique, le préparat de la bouse de corne est élaboré en octobre en remplissant des cornes de bouse de vache. Ensuite ces cornes sont enterrées dans la terre du jardin où elles passeront l’hiver. La corne absorbe les forces de la terre hivernale et les relie à la bouse. Au printemps, la corne est déterrée et le contenu entreposé. L’agriculteur l’épandra sur son jardin entre autres lors de la période de semis, ce qui aidera ainsi la plante à développer plus de racines et ainsi à mieux approvisionner sa partie supérieure. L’exemple de la bouse de corne n’en est qu’un parmi la multitude d’autres préparations biodynamiques utilisées pour canaliser l’énergie cosmique et en faire profiter au maximum la terre et donc les plants.

Rudolf Steiner croyait que la ferme devait être totalement autosuffisante afin d’importer le moins d’éléments possibles de l’extérieur, afin d’en préserver son individualité. Il s’agit donc de faire le plus possible avec ce qui se trouve originellement sur le site, pour ainsi créer un organisme agricole générant des produits du terroir uniques. Un agriculteur voulant appliquer la biodynamie exactement comme elle était imaginée par son créateur devrait faire l’élevage d’animaux afin de produire son propre compost “maison” et d’assurer l’équilibre le plus complet possible entre tous les éléments de la nature. À notre époque, les terres biodynamiques diffèrent de l’idée originale que s’en faisait Rudolf Steiner dans les années 20, puisque la réalité agricole contemporaine a changé; l’autosuffisance que prônait Steiner est difficilement applicable à 100 % aujourd’hui, puisque les jardins et les fermes sont beaucoup moins vastes et diversifiés qu’avant. C’est ainsi que, aujourd’hui, certains agriculteurs biodynamiques reconsidèrent cette règle en se donnant la possibilité de se procurer certains éléments des préparats ou certains fertilisants naturels dans d’autres fermes à proximité de leur terre. C’est le cas entre autres de Monique Lortie, herboricultrice et propriétaire des Jardins de l’Achillée Millefeuille, à Mont Tremblant. Ses jardins biodynamiques sont en effet soignés par un compost élaboré en partie grâce au fumier de son voisin élevant des bœufs biologiques. Elle doit aussi recourir à certaines ressources des agriculteurs de son voisinage pour d’autres éléments composant certains préparats qu’elle étend dans ses jardins. Fervente disciple de la philosophie Steiner, Mme Lortie a ainsi trouvé le moyen de pallier au fait que ses jardins de plantes médicinales et de fruits maraîchers soient sa seule culture, et qu’elle n’élève pas suffisamment d’animaux (les Jardins de l’Achillée Millefeuille ont tout de même quelques poules pondeuses!) pour subvenir aux besoins de ceux-ci en compost et en traitements homéopathiques (préparats). Elle perpétue ainsi son rôle de protecteur des spécificités de sa terre en favorisant l’emploi d’éléments de sa région. Dans la philosophie biodynamique, l’agriculteur est considéré comme celui qui relie tous les éléments vivants présents dans son jardin ou sur sa ferme, rendant ainsi ses produits agricoles authentiques et uniques tout en respectant entièrement la terre qui les lui fournit.

En faisant appel aux forces cosmiques tout en respectant l’intégrité de la Terre et de ses êtres vivants, le cultivateur en biodynamie se doit de s’impliquer entièrement dans les soins qu’il apporte au sol (un travail où le corps, l’âme et l’esprit sont sollicités). Les écrits de Rudolf Steiner, philosophe anthroposophe, rappelons-le, démontrent que c’est le contact profond avec la nature, l’engagement sincère et humble que nous prenons avec elle, qui déterminent l’essence du travail agricole que nous effectuons. On peut donc mieux comprendre le lien entre l’esprit humain et la croissance des plantes que propose la philosophie de l’agriculture biodynamique lorsqu’on connaît l’origine anthroposophique de celle-ci.

En prenant la voie de la biodynamie, c’est une véritable démarche personnelle que nous entamons, et qui nous apporte une compréhension plus globale et profonde de la vie et des énergies divines qui l’influencent. L’observation des plantes, des animaux et des astres afin de comprendre l’influence qu’a chacune de ces forces sur les autres sollicite une véritable introspection, favorisant ainsi le développement de l’intuition et du ressenti dans le travail à la ferme et au jardin. Vivre sa spiritualité les deux mains dans la terre! Wow, merci M. Steiner pour cet héritage!

La biodynamie est présente partout dans le monde, mais est surtout concentrée en Europe de l’Ouest, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Il existe actuellement une quinzaine de fermes biodynamiques au Québec, dont vous pouvez consulter la liste sur le site de l’Association de Biodynamie du Québec (www.biodynamie.qc.ca). La certification pour les fermes, jardins et produits issus de l’agriculture biodynamique s’appelle Demeter, l’une des plus hautes certifications internationales en matière d’agriculture. Mais avant que votre jardin ne soit certifié Demeter, vous pouvez consulter le très inspirant et complet ouvrage de Maria Thun, Pratiquer la Bio-Dynamie au jardin. Ce guide pratique contient autant les notions de base que les explications plus approfondies de la méthode, ce qui en fait un bon ouvrage de référence pour qui fait ses premiers pas en biodynamie.

Associer agricultures biologique et biodynamique représente certes un beau grand défi. Mais il m’apparaît évident que les efforts en valent le coup, puisque c’est le bien-être de notre corps (par l’assimilation d’aliments sains et remplis de vitalité), de notre esprit, de notre âme et de notre Terre qui s’en trouve enrichi et optimisé.

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