L’Agriculture Soutenue par la Communauté, vue par une jardiniere

par Isabeille Couillard

En tant qu’artisane et aspirante éco-villageoise, je vous présente dans cet article une avenue agricole très intéressante. Vous avez sûrement déja entendu parler de l’Agriculture Soutenue par la Communauté (ASC). C’est un système de partenariat entre l’agriculteur et le consommateur (partenaire ). Le partenaire paie d’avance, en moyenne, 350 $ par saison, en échange de paniers hebdomadaires de légumes biologiques. Les paniers sont livrés à un point de chute de quartier, où le partenaire s’engage à venir le chercher à toutes les semaines (entre 15 et 23 semaines).

C’est un partage de risque, car l’agriculteur ne peut assurer aux partenaires que la saison sera favorable. Mais, Dame Nature est dans la plupart des cas, très généreuse et les consommateurs sont majoritairement ravis. Ils ont droit à des légumes bio frais cueillis, très diversifiés et ils économisent de 10% à 50% du prix commercial. Que d’avantages ! De plus, en payant d’avance, le partenaire aide au roulement économique de la ferme en lui fournissant la liquidité nécessaire au démarrage du printemps (achat des semences, du terreau, etc …)

Le Réseau québécois de projet ASC, compte à ce jour, 62 fermes et 8000 partenaires, une évolution considérable si on compare qu’en 1995 il y avait 1 ferme et 25 partenaires ! Cette popularité croissante est en partie due à l’implication de l’organisme Équiterre, qui en fait la coordination et la promotion. Un tel projet demande de l’organisation, mais pour plus d’équité, la ferme peut léguer certaines tâches aux partenaires.

L’ASC se veut communautaire, car une ferme peut former un comité (aussi appelée groupe noyau) impliquant des partenaires volontaires. Ce groupe-noyau peut soit coordonner les points de chute, faire du recrutement, de la trésorerie, des inscriptions, de l’information (Bulletin) ou organiser des activités (cueillettes, Fête des Récoltes…) C’est vraiment une belle forme de fraternité!

L’ASC: Facile / pas Facile
Faire un potager, ça paraît facile à première vue mais à mon avis, ça permet d’apprendre par essais et erreurs. Par contre, lorsqu’un jardinier s’implique dans un projet ASC, il est préférable d’être expérimenté. En payant d’avance, le partenaire a des attentes en qualité et en quantité de légumes. L’agriculture est toujours à la merci de Dame Nature, donc, le jardinier doit mettre toutes les chances de son côté. Équiterre recommande, pour une ferme débutant sa première année, de prendre la responsabilité de seulement 20 paniers et d’avoir une formation agricole et/ou quelques années d’expériences.

La main-d’oeuvre
En plus de produire de beaux légumes, les fermiers doivent confectionner des paniers allant de 7 à 10 variétés. Cela demande beaucoup de manutentions : la cueillette, le nettoyage, le tri des légumes, la répartition en parts égales, l’empaquetage et la livraison. Pour ce faire, l’agriculteur s’assure d’une bonne équipe de travailleurs .

En 2002 au Québec, le nombre de partenaires par ferme varie entre 15 et 400, donc la quantité de main-d’oeuvre s’y proportionne. Les travailleurs sont souvent de la famille, des employés, des stagières ou des bénévoles sans oublier les partenaires ASC. Plusieurs fermes échangent même une journée de travail contre un panier de légumes ou accueillent l’entraide des partenaires sur une base volontaire.

Certaines fermes ASC intègrent dans l’accord, que le partenaire doit faire un minimum de 8 heures de travaux par saison, soit manuels ou administratifs.Cet engagement repousse certains partenaires potentiels, mais pour plusieurs, cela est apprécié. Or, d’autres fermes préfèrent ne pas s’ajouter cette logistique qui demande beaucoup de patience envers les partenaires inexpérimentés.

En somme, c’est le rôle de l’agriculteur de bien planifier, comme bon lui semble, cette opportunité de partenariat qu’est l’Agriculture Soutenue par la Communauté.

Il existe aussi W.W.O.O.F. (Welling Workers on Organic Farm). C’est un réseau mondial de fermes biologiques, qui accueillent les voyageurs (wwoofers), échangeant du travail à la ferme contre de la nourriture et un toit. Une ferme bio de mon village, La Récolte d’Osiris (anciennement ASC ) accueille environ 15 wwoofers par année, venant de partout à travers le globe. C’est une ressource considérable pour cette ferme mais qui est par contre toujours incertaine. Pour le voyageur c’est certainement une belle expérience. (voir références)

L’ASC sous plusieurs formes
Si comme jardinier, préparer des paniers vous ennuie, il est possible de faire autrement. Le projet ASC Foodbank Farm de Pittsburg, ont tenté l’expérience des paniers, mais ils ont eu un faible taux de rétention des membres. Ils ont donc instauré un système de « Libre-choix » en emmenant en vrac les légumes aux points de chutes. Les partenaires prenaient ce dont ils avaient besoin et tout le monde était satisfait .Cette façon de faire demande beaucoup moins de main-d’oeuvre. On sauve donc du temps et de l’argent. N’est-ce pas merveilleux !

Une autre façon est d’inviter les partenaires à l’auto-cueillette, comme la ferme Quai Hill de New York. En début de saison, les fermiers organisent 3 jours de formation pour les partenaires, leur expliquant comment bien récolter, comment ne pas marcher sur les plants, etc. En arrivant à la ferme, chaqun sait quoi récolter (quantité ,variété…) avec l’aide de fiches au-devant des plates-bandes.Cette technique sauve beaucoup de temps au fermier mais multiplie énormément les déplacements automobiles. À vous d’en juger la pertinence !? Mais pour les familles, c’est une formule éducative, car les enfants apprennent que les carottes ne poussent pas dans les arbres!

L’accès à la terre
Un point majeur à soulever pour démarrer un ASC, c’est l’accès à la terre. Il y a la location, qui peut être une bonne option financière, mais le manque d’assurances à long terme peut compromettre la certification biologique et la pérennité de la ferme. L’achat d’une terre est aussi une bonne solution, mais difficilement accessible pour le débutant qui a peu de moyens financiers.

Il existe une solution prometteuse; la Fiducie Foncière (Land Trust), voir description dans le cahier central. Notre groupe de recherche sur les Éco-villages, travaille en ce moment pour légaliser la Fiducie foncière habitable au Québec, car cette façon de faire est commune aux États-Unis et ailleurs au Canada. C’est une formule très intéressante pour l’établissement de projets communautaires comme l’ASC (Protec- terre en Montérégie), les coopératives d’habitations ou les villages écologiques.

ASC+ Ecovillage
Un projet d’ASC est pertinent pour une communauté écologique car habituellement , il s’y fait déjà une production de légumes biologiques diversifiés pour la consommation annuelle de ses habitants. Donc, en augmentant la production culturale, il est possible de rentabiliser les récoltes en offrant des paniers tout en partageant. De plus, sur un éco-village, les résidents sont souvent attirés vers le travail de la terre, donc cela fait une main-d’oeuvre accessible.

Il est aussi possible de faire ce qu’on appelle des paniers bio à valeurs ajoutées, en y incorporant des produits transformés de la ferme tel que du pain, du fromage (autre produit laitier), des oeufs, de la viande, du miel, etc… À l’intérieur d’un éco-village, ces tâches peuvent êtres facilitées, si un reponsable par produit est délégué. Que de possibilités…

En guise de conclusion, j’encourage les jardiniers qui sentent l’appel de l’ASC, de poursuivre leur voie, car c’est pour l’avenir d’un monde plus sain et plus humain. Pour en savoir d’avantage sur l’ASC, Équiterre a publié un super guide qui a comme titre; « Je cultive, tu manges, nous partageons ».

Je voudrais remercier cet organisme, Équiterre, qui fait un magnifique travail de sensibilisation environnemental auprès des québecois(es) et qui grâce à son implication change le monde à sa façon .Merci! Rendons-grâce aussi aux agriculteurs qui ont l’énorme responsabilité que chacun ait à manger. Merci!

Partage, unicité et asc !!!

 

Références:

Equiterre
www.equiterre.qc.ca

WWOOF Canada
www.wwoof.ca

Je cultive, tu manges, nous partageons
Elizabeth Hunter
Ed. Équiterre, 2000

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