Le boycott, la meilleure facon de manifester

par Maheshvari

Nous sommes à l’ère de la mondialisation, des fusions, des mégafusions, des gros qui bouffent les petits, bref des multinationales qui sont maintenant partout : eau, pétrole, génie génétique, tabac, agro-alimentaire, pharmaceutique, militaire, médias, banques, magasins à grandes surfaces, jouets, vêtements… Malheureusement, plusieurs d’entre elles ont des pratiques plutôt douteuses en ce qui concerne l’éthique, des droits humains et de l’environnement, qu’elles sacrifient sur l’autel du profit.

La plupart des multinationales sont nées à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, principalement aux États-Unis, avec l’arrivée de l’ère industrielle. Elles ont toutes commencé modestement pour prendre par la suite des proportions gigantesques, planétaires. À l’heure actuelle, une même multinationale peut posséder savon, dentifrice, couches, shampoing, déodorant, rince-bouche, serviettes sanitaires, huile à cuisson, chips… Derrière les diverses marques de café se cache parfois la même entreprise. C’est ainsi que les trois quarts du panier d’épicerie peuvent appartenir à une seule multinationale.

Certaines multinationales, pour se permettre d’offrir d’aussi bas prix, n’hésitent pas à exploiter leurs employés et surtout le Tiers Monde, dans des sweatshops de vêtements ou de jouets, par exemple, ou sur des plantations de café ou de cacao destinés au marché occidental. Les travailleurs, parfois des enfants, sont souvent de véritables esclaves qui doivent travailler 15 heures par jour sept jours sur sept pour un salaire de crève-faim en plus d’être exposés à des substances toxiques, à une chaleur intense et aux abus physiques et psychologiques. Des multinationales très connues vont même jusqu’à assassiner les travailleurs qui tentent de se rebeller ou de former des syndicats. Évidemment, on n’en parle pas dans les journaux.

Souvent, quand la pression devient trop forte, elles s’installent simplement dans un autre pays dépourvu de réglementation sur les droits humains. Si le consommateur occidental savait ce qui se cache derrière le banal produit qu’il est tout heureux d’acheter à bas prix; ce qu’il encourage en allant magasiner dans ces grandes surfaces pour économiser quelques dollars; il en serait profondément choqué et modifierait certainement ses habitudes de consommation.

Pour conserver leur monopole, plusieurs multinationales n’hésitent pas à saccager l’environnement malgré les avertissements et les cris d’alarmes des environnementalistes et des scientifiques : déforestation de l’Amazonie pour le bétail et les contenants jetables des chaînes de fast food, organismes génétiquement modifiés, pesticides cancérigènes, déversements pétroliers, gaz à effets de serre, déchets toxiques, sans parler des montagnes de déchets non biodégradables qu’elles «dompent» chez leurs voisins et qui prennent des centaines, voire des milliers d’années à se décomposer. De plus, par la surproduction à faibles coûts, elles encouragent le gaspillage, la surconsommation et les déchets. Il semble que les chantres du néo-libéralisme, ces disciples du dieu dollar, n’en aient cure de l’environnement et de l’avenir de nos enfants. Seuls le profit à court terme et le pouvoir semblent les intéresser.

De surcroît, certaines grosses entreprises s’adonnent parfois à de la publicité trompeuse, par exemple, au greenwashing, la désinformation verte, en inscrivant «naturel et sain» pour un produit qui ne l’est pas, ou en se faisant passer pour environnementalistes alors qu’elles pratiquent la déforestation. Nombreux sont les cas où, pour rassurer la confiance du consommateur et dorer leur image, des entreprises qui font l’objet de dénonciations ne se gênent pas pour mentir sur les conditions des travailleurs ou encore pour payer des sommes colossales afin de contredire, voire tronquer les études environnementales sur les gaz à effets de serre par exemple, ou l’effet des OGM sur la santé humaine.

D’autres multinationales, de l’armement celles-là, se repaissent de la guerre en fournissant des armes parfois aux deux camps! Ou s’empressent, tels des vautours sur une proie, d’obtenir de lucratifs contrats pour la reconstruction d’un pays. Parfois, c’est à se demander si elles n’ont pas provoqué une guerre dans le seul but d’obtenir ces contrats! Il se dépense annuellement 780 milliards en armement et seulement 238 milliards pour régler les problèmes humains et environnementaux, ce qui démontre l’absence de bonne volonté pour régler les problèmes de la planète.

Au niveau des médias, la concentration est de plus en plus inquiétante. Entre autres, un mariage a récemment eu lieu entre Internet, les médias et les télécommunications, une fusion du contenant et du contenu. Une unique entreprise possède maintenant des canaux de télévision et produit à la fois des émissions, des films, des disques compacts, des livres et des magazines. Cette convergence met en danger la liberté de presse, décourage la diversité des points de vue dans les médias et favorise la pensée unique, la désinformation et la propagande en faveur d’une élite. On n’a qu’à se rappeler l’influence qu’ont eue les médias américains sur l’opinion de leur peuple au sujet de la guerre en Irak.

Enfin, les grandes multinationales achètent les dirigeants, ne paient pas d’impôts, et avec le chapitre 11 de l’ALENA, elles peuvent maintenant poursuivre les gouvernements qui refusent de servir leurs intérêts. Elles ne se gênent pas pour enlaidir le paysage, faire disparaître les petits commerçants locaux et toute la vie sociale qui allait avec et détruire la culture des pays. Leurs clients, qui croient faire une bonne affaire en achetant chez eux, ne se rendent pas compte qu’ils donnent leur argent à des étrangers au lieu de le garder dans leur pays et soutenir l’économie locale. Et ça, c’est encore pire que de ne pas payer ses impôts!

Que pouvons-nous faire?
D’abord, se responsabiliser, réaliser les conséquences écologiques et sociales de ses achats, puis s’informer. Car c’est en gardant le peuple dans l’ignorance que les multinationales se permettent de telles pratiques. Vérifier d’où vient le produit que nous sommes tentés d’acheter, dans quelles conditions il a été fabriqué. Parfois, nous n’avons guère le choix, comme dans le cas du pétrole. Mais encore là, certaines compagnies sont plus dévastatrices que d’autres. Il existe de nombreux sites Internet et de plus en plus d’ouvrages sur le sujet permettant de s’informer adéquatement.

Les alternatives aux multinationales sont nombreuses : côté alimentaire, acheter directement du fermier ou privilégier les magasins locaux qui vendent des produits du terroir ou des produits biologiques et équitables. Accepter de payer un peu plus cher quitte à acheter moins. Encourager les artisans. Aller dans les marchés aux puces ou les friperies. Faire du troc. Sur le plan financier, investir dans des placements responsables, des fonds éthiques.

Nous nous sentons souvent impuissants devant ce monstre qui élargit ses tentacules aux moindres recoins de la planète. Pourtant, le véritable pouvoir repose entre les mains du peuple. Les multinationales ne peuvent rien si tout le monde décide de les boycotter ou de faire pression sur elles pour qu’elles changent leurs politiques. Ceux qui ont vu le film La Belle Verte se rappellent sûrement de la séquence du boycott généralisé qui a transformé la planète en paradis. Voilà la meilleure façon de manifester.

 

Références: 

Steve Proulx, Boycott,
Les intouchables, 2003

Boycot:
www.infact.org

Produits équitables :
www.equiterre.qc.ca

Fonds éthiques :
www.investissementresponsable.com

Sweatshops:
www.disneysweatshops.org
www.uniteunion.org/sweatshops

Tests sur les animaux:
www.pandgkills.com

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