Le cohabitat

par Michel Desgagnés

Qu’est-ce que le cohabitat? Il s’agit d’un concept d’habitation communautaire issu du Danemark durant les années soixante, importé en Amérique du Nord durant les années quatre-vingt (voir texte sur le cohousing dans Aube #15). Le cohabitat tente de surmonter l’isolement qui découle des formes d’habitation actuelles dans lesquelles chacun se sent cloisonné dans son coin (maison, condo, appartement), privé de vie communautaire avec ses voisins et du sens de la communauté. Pour contrer cet état de fait, le cohabitat se présente sous la forme d’un ensemble d’unités dont chaque membre (ou ménage) est propriétaire, mais où des équipements et espaces communs sont aussi partagés. La maison commune représente l’élément clé de ce partage, de même que des espaces extérieurs, parfois des ateliers de menuiserie, des espaces de jeux pour les enfants, une zone récréative verte, des jardins, etc. La maison commune est toujours équipée d’une vaste salle à manger et d’une cuisine, d’un grand salon, d’une buanderie, d’une salle de jeux, de chambres d’invités et d’autres aménagements destinés à alléger les unités individuelles, d’ailleurs entièrement autonomes et fonctionnelles.

La plupart des cohabitats sont planifiés, conçus et gérés par leurs membres, ce qui les distingue des projets d’habitation d’ensemble habituels, où les propriétaires achètent leur maison « clé en main » sans choisir leurs voisins. Les cohabitats sont des voisinages intentionnels: les membres ont consciemment choisi d’y vivre en communauté. Même la conception physique d’un cohabitat facilite le contact social. Par exemple, un cohabitat typique comportera entre 20 et 30 unités disposées autour d’un espace vert sillonné de sentiers pédestres. Les voitures n’ont pas leur place au cœur du cohabitat et sont stationnées en périphérie. Des soupers sont régulièrement organisés (à raison de 3 à 4 par semaine) dans la maison commune. D’ailleurs, chaque membre s’engage plus ou moins formellement à préparer un repas durant une période fixée par le groupe (une fois par mois, par exemple).

Le projet de cohabitat de Québec

Le projet de Québec a officiellement vu le jour le 6 décembre 2004, à la suite de soirées d’information tenues par Michel Desgagnés et sa conjointe Valérie Jamin qui, en 2003, ont parcouru les États-Unis et le Canada afin de visiter des communautés intentionnelles. Ils sont revenus enchantés par leur voyage (surtout par le concept de cohousing) et motivés par le désir d’implanter cette forme d’habitation à Québec. Le 6 décembre 2004, un noyau de membres « fondateurs » était constitué de 6 ménages. Depuis, d’autres ménages se sont greffés au projet. En avril 2005, ce sont 13 ménages (totalisant 21 personnes) qui participent à la mise sur pied du projet. Notre objectif est d’atteindre entre 30 et 35 ménages. Le site du projet n’a pas été déterminé, mais nous intensifions les recherches pour qu’il se situe à l’ouest de l’autoroute Laurentienne. L’achat du terrain ne pourra se concrétiser que lorsque plus de 60 % des ménages seront arrivés et auront décidé de mettre de l’argent « sur la table ». De même, la construction des unités débutera lorsque de 80 à 100 % des ménages auront confirmé le sérieux de leur intérêt (par le biais de leur mise de fonds).

  • Intégration au projet

L’unité, l’énergie et la motivation du groupe sont extraordinaires. Mais pour plusieurs membres, une période de questionnement plus ou moins intense a précédé la décision d’intégrer activement le groupe. Effectivement, cette décision de vivre en cohabitat requiert une prise de conscience aiguë quant au degré d’implication requis et au profond changement apporté dans sa façon de vivre au quotidien, car il ne faut pas se leurrer, le fait de vivre en cohabitat ne convient pas à tous. Aussi, le groupe a mis sur pied une méthode d’intégration des nouveaux membres par le biais d’un parrainage avec un membre actif. Les membres potentiels sont invités à prendre connaissance de l’état d’avancement du projet et de son mode de fonctionnement. Le groupe a aussi défini une liste (non définitive) des valeurs individuelles et collectives ainsi que des objectifs qui le motivent, ce qui permet aux membres potentiels de s’identifier ou non au projet. Le groupe croit en la capacité de chaque personne d’évaluer la pertinence d’intégrer le groupe ou non. Le groupe n’exclut personne. Ce sont les personnes elles-mêmes qui décident de s’exclure. À titre d’exemple, un couple s’est auto-exclu après avoir jugé insurmontables les différences d’opinion et les conflits de personnalité les opposant à d’autres membres.

  • Structure du projet

Cohabitat Québec s’érige par le biais de réunions et d’ateliers destinés à structurer les phases du projet, à initier des rencontres avec différents intervenants (Ville de Québec, SCHL, Caisses Desjardins…), à définir quels sont les besoins, les valeurs et les intérêts du groupe, à monter un plan d’affaires, à se doter d’une structure légale appropriée, à chercher un terrain, etc. Le groupe s’est ainsi organisé en 5 comités: Vie communautaire, Relations publiques, Aspects légaux, Finances, Design et environnement. De plus, un comité de coordination (formé par un représentant de chaque comité) se charge de l’interaction entre les comités et s’assure que les dossiers activés se concrétisent et sont pertinemment suivis. Un site Internet permet aux gens intéressés mais non impliqués de suivre l’évolution du projet et un site Yahoo! Groupe permet aux membres actifs de communiquer efficacement en tout temps entre eux, notamment grâce à une liste de discussions. Ce site Yahoo! répertorie les fichiers, messages, photos, signets et bases de données en lien avec le projet. Une liste des membres de même qu’un agenda des différentes activités sont constamment mis à jour.

  • Financement du projet

Au mois d’avril 2005, le groupe a reçu l’appui financier de la SCHL sous la forme d’une aide financière de 17 500 $. Ce financement initial se décortique en une subvention de 10 000 $ et un prêt sans intérêt de 7 500 $. Pour l’obtenir, le groupe a démontré que le projet de cohabitat était conforme aux exigences de la SCHL, soit être abordable et/ou novateur et/ou intégré à la collectivité. Des activités admissibles ont été décrites (dont le plan d’affaires et l’analyse de marché, en cours de réalisation) et le groupe dispose d’un an pour les concrétiser. Il s’ensuivra la possibilité d’obtenir, toujours de la SCHL, un fonds de financement de projet de 100 000 $, disponible sous forme de prêt sans intérêt permettant, par exemple, de réaliser une étude de sol, d’élaborer des plans plus complets (pour nous permettre d’aller en soumission), d’acquérir des permis, d’engager un arpenteur, un architecte…

Évidemment, même si le groupe se tient à l’affût d’autres subventions disponibles, il faut demeurer conscients que le projet ne se réalisera que si chaque ménage assure sa pleine participation financière. Les coûts estimés totaux (incluant le terrain, la maison commune, les frais communs et l’unité individuelle) se comparent aux coûts d’achat d’une unité individuelle neuve selon l’option « clé en main ». C’est pour cette raison que chaque nouveau membre doit évaluer sa capacité financière avant de joindre le groupe. Le fait d’intégrer les technologies vertes pourrait exercer une incidence à la hausse sur le coût de chaque unité. Mais des solutions existent…

  • Un projet vert?

Le projet de Cohabitat Québec souhaite se doter d’un caractère vert, c’est-à-dire que son design intégrera les technologies vertes, et ce dans la mesure des capacités financières et techniques mises à notre disposition. Les possibilités sont énormes, mais toutefois restreintes par la capacité du groupe à les assumer financièrement, car le groupe souhaite que les unités construites demeurent abordables. Alors des avenues telles que les Fonds Municipaux Verts seront explorées, des partenariats entre le groupe et divers organismes et institutions qui produisent, testent et fournissent des produits écologiques seront proposés, des Salons seront visités (tels Con-Tech, qui présente plusieurs produits novateurs). Le comité Design et Environnement situe comme prioritaire le fait de concevoir un cohabitat sain, tant au niveau des unités qu’au niveau de l’environnement immédiat. Le degré d’implication de chaque ménage demeure affaire personnelle: des gestes tels que recyclage, compostage, utilisation d’appareils éco-énergétiques ne seront pas obligatoires, mais il existera toutefois des infrastructures facilitant leur accomplissement. Ce qui distinguera le cohabitat en tant que milieu vert, ce sera la possibilité d’intégrer des technologies vertes, par exemple l’utilisation d’énergies alternatives (solaire active et passive, éolienne, géothermique), la gestion écologique des eaux usées, le choix de matériaux de construction sains et performants. Lorsque le terrain aura été acheté, il sera dès lors possible de détailler les choix écologiques et environnementaux que le groupe privilégiera.

  • Calendrier du projet

Le groupe est enthousiaste et confiant quant à la concrétisation du projet. Les premiers ménages pourraient emménager dès la fin de 2007. Il va sans dire qu’un projet aussi prenant que le cohabitat nécessite l’investissement de beaucoup d’énergie: c’est une affaire de temps, d’argent et de « cœur ». À suivre…

Références: 

http://www.cohousing.org

http://www.schl.ca


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Notre groupe a proposé le terme « cohabitat » en guise de traduction française de « cohousing ». Nous utiliserons donc cohabitat dans le texte actuel.

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