Le commerce des droits de polluer

par Karine Lapointe

Qui ne connaît pas le Protocole de Kyoto? L’application de celui-ci, dès le 1er février 2005, fera en sorte quele marché boursier canadien se tiendra au garde-à-vous. La création d’un nouveau marché boursier mondial est en branle; et devinez quel est l’objet d’échange? Le CO2.

Le Protocole de Kyoto fut mis en place dans un but bien précis, celui de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Aussi, non seulement les associations environnementales (et la nature) y trouveront gain de cause, mais le gouvernement et les marchés boursiers canadiens sauront également y trouver leur compte.

En effet, chaque pays aura dorénavant à réduire ses émissions de gaz nocifs. Les gouvernements imposeront, pour chaque secteur économique et type d’entreprise, un objectif de réduction de CO2 à atteindre. Ainsi, celles qui excéderont leur quota devront acheter des crédits d’émissions des entreprises qui auront réussi à dépasser leur objectif de réduction. C’est ce qu’on appelle l’échange des droits de polluer. Ou, pour employer un terme plus technique, l’échange de crédits d’émissions.

Imaginez un peu le principe : moins l’entreprise émettra de gaz à effet de serre, plus elle aura de crédits à vendre ; plus celle-ci polluera, plus important sera le nombre de crédits à acheter. Dans le cas où l’entreprise n’aurait pas les moyens d’acquérir plus de crédits que le quota ainsi imposé, elle se verra dans l’obligation de réduire ses émissions de CO2, sous peine de payer d’énormes pénalités, voire même d’être dans l’obligation de fermer ses portes. Mais, dans le cas contraire, l’entreprise non polluante pourrait voir poindre d’imposants bénéfices.

Qu’on le veuille ou non, la pollution se voit devenir un joueur important sur le marché économique. Acheter des crédits d’émissions de CO2, vendre les gaz à effet de serre provenant de sites d’enfouissement, des foresteries, ou du secteur agroalimentaire…Qui l’eût cru? Sont-ce là des moyens de réduire la pollution, ou tout simplement une façon déguisée de déplacer le problème?

En définitive, seuls ceux qui en auront les moyens pourront se permettre de polluer! Pauvre, pauvre Mère Nature!

Desjardins, Stéphane. «Commerce des droits de polluer», Québec inc, Vol. 7, No 2, p. 12-16.

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